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Eurasien
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  • Premier article le 17/11/2009
  • Modérateur depuis le 16/07/2010
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Derniers commentaires



  • easy easy 24 avril 2011 11:51

    Le marketing, le buzz, le business par la provocation, tout le monde ici et ailleurs l’aura déjà dit et répété.


    Je vais paradoxer.

    Chacun essaye de traiter la mort qui le menace de la manière qu’il peut en s’accrochant, en se projetant en s’incluant dans toutes sortes d’infinitudes ou éternitudes susceptibles de lui survivre, de transporter quelque chose de lui dans l’infini du temps et de l’espace. Ecrire un livre, proposer une chanson, inventer une machine, effrayer les gens ou provoquer un scandale font partie des solutions pour exorciser notre propre angoisse de mort en implantant une part de nous (la part intellectuelle le plus souvent) dans l’Esprit des temps. Tuer JFK est une des solutions les plus expéditives pour être transporté dans la sur-vie, dans l’au-delà de la mortalité.

    Comme toutes nos croyances sont auto-enfumage, elles sont toutes fragiles et au fond, nous ne faisons rien d’autre que d’essayer en permanence soit d’en rajouter (comme le faisait au quotidien le facteur Cheval) soit d’en déchirer, mais en tous cas nous travaillons, nous pétrissons constamment notre auto-enfumage. Nous recherchons constamment notre solution de postérité ou d’immortalité.

    La solution consistant à tripoter des transcendances d’éternité bien établies est tout à fait logique. Comme le biais de l’art est certainement le biais qui, de nos jours, est celui qui offre le plus de liberté morale en même temps que pas mal de fric, il est logique que certains d’entre nous se classent artistes pour effectuer ces tripotages.





    Pour en venir plus exactement à ces cas de tripotage vandalisme portant sur les religions, elles produisent chez les croyants au moins deux sentiments paradoxaux.
    Un sentiment (plutôt triste) de devoir de protection envers son Dieu qui colle avec le devoir de protéger son auto-enfumage. Inutile de développer.
    Mais aussi un sentiment d’exaltation (plutôt gai) puisqu’on sort du plan-plan ennuyeux et de l’empoussièrement pour passer à l’action mobilisatrice, à la croisade (au sens très large).

    JFK avait été tué par « un des nôtres » et n’avait donc pas trop provoqué de mobilisation (gaie). Il aurait été tué par « un pakomnou » ça aurait été une aubaine pour se mobiliser (gaiement)

    Les avions de 2001 s’étant écrasés sur des symboles trop Big-money et trop Big-brother, le résultat a été mitigé et divise de plus en plus les Occidentaux. 
    Ils se seraient écrasés seulement sur la Statue de la Liberté, le résultat aurait été beaucoup plus fédérateur (donc gai) pour tout le bloc libertiste et archangiste.


    Concernant plus précisément l’image du Christ, toute atteinte à son symbole réalisée sous une forme tout aussi symbolique, ne peut pas manquer d’exalter la puissance du symbolisme. Une croix dans l’urine ce n’est pas un caillou dans l’urine. L’utilisation, le ciblage du symbole de la Croix par un vandale atteste sa puissance, prouve que malgré les siècles et le laïcisme, elle est intacte. 

    Et par dessus le marché, ce symbole synthétisant tout le message du Christ qui est que l’Homme rejoint Dieu par la souffrance, par le martyr accepté (martyr imposé par l’intolérance) se retrouve, dans tous les cas où il est saccagé, mutilé et où l’on expose la mutilation de la mutilation, mis en abyme.

    C’est qu’il est paradoxal de placer le symbole du martyr du Christ dans du velours et des ors.

    Lorsqu’à l’occasion d’une bataille quelconque, un Christ (forcément en croix) se retrouve brisé au pied d’un autel, il n’est pas très logique de le réparer, de lui reconstituer le bras ou la tête arrachée. C’est sous la forme « encore et toujours martyrisée » qu’il représente le mieux la situation actuelle. Il faudrait exposer le Christ brûlé d’Oradour-sur-Glane en l’état.

    Plutôt qu’un bénitier, c’est un urinoir qu’il conviendrait de placer à l’entrée des églises. Avec la croix à la place de la mouche. C’est ainsi qu’on exprimera le mieux le fait que le martyr du Christ est sans fin, infini.

    De la même façon, dans les mosquées, c’est un Coran en feu qui devrait être exposé en bonne place. 




    Quittons le religieux et passons à d’autres transcendances (toujours porteuses d’infinis)

    A partir du moment où l’on constate que la valeur France (Outchh c’est fort vague et bien fourre-tout mais passons) est martyrisée, on doit sur-dire et sur-montrer en quoi elle est attaquée et mutilée. C’est cela que nous faisons, les uns les autres, à longueur de medias et de forums. 

    Si l’on constate que la langue française subit une mutilation et qu’on a soi-même investi dans sa perpétuation pour sur-vivre, on s’accomplit gaiement en écrivant et en parlant en « bon » français, mais aussi en exposant des exemples de « mauvais français ».

    Si l’on veut faire la promotion de l’architecture, on peut faire une exposition où l’on montre de « belles réalisations » et en vis-à-vis, des « réalisations hideuses »


    Quand on veut promouvoir la tolérance, on peut certes faire un film sur Gladys Aylwards, George Hogg, le Franciscain de Bourges, Nelson Mandela ou Norman Bethune qui en démontrent l’avantage mais on peut aussi faire un film sur la Shoah ou le massacre du Rwanda. 


    Kadhafi n’a donc pas eu forcément tort de conserver en l’état les immeubles de Tripoli que les Américains avaient bombardés. Mais les Anglais auraient dû conserver la carcasse de Lockerbie.

    Ainsi, le bilan du Piss Christ n’est pas forcément défavorable à ceux qui ont investi dans le christianisme et ils devraient songer à créer une exposition regroupant tous les Christ brisés et incendiés.







    Lorsque j’étais un gamin comme celui de « Jeux interdits », à Saigon, j’avais trouvé par terre un Christ de 6 cm, originellement placé sur une croix mais là, il se retrouvait sans sa croix. Comme j’étais bricoleur, j’avais immédiatement entrepris de fabriquer une croix en bois d’hévéa et au moment de clouer la statuette de ferraille sur ma croix, j’ai ressenti une énorme confusion de sentiments.
    J’étais trop gamin, pas assez éduqué à la pensée artistique pour reconsidérer l’opération et j’ai donc planté mes trois petits clous sans entrevoir d’autres options. N’empêche que c’est très troublant et je recommande à chacun de vivre cette opération, ça lui offrira un voyage dans les insondables arcanes de l’âme.

    Claude Monet avait vécu ce genre de trouble en peignant sa bien-aimée Camille, morte.
    Et je ne doute pas du trouble important qu’a ressenti Andres Serrano en réalisant ce geste. Trop souvent, quand nous regardons une opération de ce genre, nous oublions de considérer l’intense émotion, la lévitation, l’infinitude, qu’a ressenti celui qui l’a réalisée. C’est pourtant essentiel pour lui. 



  • easy easy 23 avril 2011 16:14


    De même que l’écart est parfois mince entre couardise et intelligence, il est parfois mince entre pessimisme et lucidité.


    M’enfin, je veux bien admettre qu’il est pessimiste de dire que sacrifier un bouc émissaire ne sert à rien et que le Système très maillé ne peut pas être refondé ou recloisonné.

    (Les avions qui bombardent Kadhafi fonctionnent au pétrole que le raïs a livré aux coalisés qui se prennent des balles qu’ils ont livrées au raïs)

    Renoncer à sacrifier un bouc émissaire conduit automatiquement à regarder les choses d’une façon moins conventionnelle d’où il ressort que nous sommes et restons tous responsables.

    Oui, le facteur spécialisation est très important. Dans les tribus primitives, chacun savait construire entièrement son arc et dans sociétés modernes, l’un fait la corde pendant que l’autre fait la pointe.

    Lors d’une bataille entre primitifs, le combattant qui cassait sa corde ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même. Les lendemains de bataille étaient silencieuses.
    Lors d’une bataille entre civilisés, le combattant qui casse sa corde songe à s’en prendre à celui qui la lui a vendue et les lendemains de bataille bruissent alors de mille accusations croisées. 
    Le fabricant de corde mis à l’index songe à son tour, selon ce principe de défaussement que valide son accusateur, à pointer du doigt son fournisseur de fibre qui va à son tour pointer du doigt son fournisseur de graines...

    Tant que nous trouvons logique de nous plaindre de notre médecin, de notre patron, et de notre boulanger, nous disons que le défaussement est normal et chacun continuera de faire ce qu’il faut pour pouvoir se défausser. Dans une société moderne, qui plus est mondialisée, les accusations tournent donc en boucle. A accuse B qui renvoie à C qui renvoie à A.
     
    Nous avons besoin de croire en l’immortalité du Système auquel nous participons. Nous avons besoin de croire qu’il est invulnérable aux attaques. Nous avons besoin de croire qu’il pourra se défausser des accusations mortelles. Nous avons besoin de croire en sa merveilleuse invulnérabilité pour moins voir notre trop déprimante vulnérabilité individuelle « Allez les Bleu ! ».

    Il nous arrive de vouloir la vulnérabilité de notre Machine quand nous nous sentons qu’elle se moque de nous mais la plupart du temps, nous la voulons invulnérable à toutes les sortes d’attaques et en ce sens, nous défendons notre Machine bien plus qu’elle ne nous défend.

    Si nous, les Français, nous sommes disposés à envoyer Tepco à la casse (cette société nous étant inconnue il y a deux mois), bien des japonais sont en train de la défendre contre les attaques qu’elle subit. Et cela parce que tous les Japonais ont projeté sur Tepco leurs fantames d’immortalité et que sa disparition sans remplacement serait très déprimante (Alors que si Tepco survit vraiment à ce cataclysme, les Japonais vont l’adorer plus encore) 

    Bien entendu la masse peut se résoudre à pendre ici ou là une ou deux personnes, de toute manière mortelles, mais le trône des chefs ne doit jamais rester vide car nous avons besoin de croire en quelque magie pour ne pas nous retrouver face à notre finitude.

    Et les responsabilités et défaussement en boucle, ça évoque les mouvements perpétuels, le ruban de Moebius, le tonneau des Danaïdes, le rocher de Sisyphe, Charybde et Scylla, l’hydre de Lerne, le foie de Prométhée, la beauté de Sarah, c’est magique, c’est merveilleux



  • easy easy 23 avril 2011 13:58

    Chacun trouve logique de placer un champ de mines autour de ses trésors.



  • easy easy 23 avril 2011 12:18




    «  »«  »«  »«  »«  Si les actionnaires et les dirigeants de Tepco, d’Areva, de Total ou de GDF Suez étaient intégralement responsables des dommages causés par leurs placements, auraient-ils investi dans les secteurs concernés, au risque de perdre tous leurs biens, maisons, épargne et de rembourser les éventuelles victimes jusqu’à la fin de leur vie ? On peut raisonnablement en douter »«  »«  »«  »«  »«  »

    C’est vrai.

    Mais ce qui suit aussi est vrai.

    Si les clients de Tepco, d’Areva, de Total ou de GDF Suez étaient intégralement responsables des dommages causés par leurs achats, auraient-ils acheté dans les secteurs concernés, au risque de perdre tous leurs biens, maisons, épargne et de rembourser les éventuelles victimes jusqu’à la fin de leur vie ? On peut raisonnablement en douter.

    On n’est pas forcément moins responsable d’une marée noire quand on est acheteur de pétrole que quand on en est producteur.



    Alors ?
    Bin alors tout est jeu de dupes entre nous tous. Sans exception.

    Le principe premier qui anime chacun de nous, c’est de chercher quelque moyen de croire en son immortalité, par projection sur quelque entité apparaissant comme immortelle. Ce qui fait qu’au lieu d’en rester à labourer notre jardin et élever nos canards, nous en venons tous à sculpter des Vénus de Milo.

    D’où nos usines à gaz.

    Comme nous partageons tous ce fantasme d’immortalité, nos pensées coagulent sur des bidules qui ont quelque apparence magique et les centrales nucléaires ne sont qu’un de ces bidules que nous sommes tous enchantés de qualifier de merveilleux. (Dans le détail, comme dans tous les théismes, il y a des réfractaires et des cassandre, surtout après quelques catastrophes, mais le principe global que je décris reste valable)

    Concepteurs, savants, architectes, politiques, investisseurs, techniciens, journalistes, actionnaires et utilisateurs des usines à gaz, nous sommes tous complices, tous responsables.

    Le comble c’est que même les cassandre ou les José Bové d’une machine la font parfois mieux exister encore. « Maman avait prédit que j’allais me tuer en grimpant à l’arbre, j’y suis monté, j’ai survécu, je suis donc immortel » « J’ai mangé du Macdo, je ne suis pas mort, je suis donc immortel »


    Et, malin comme nous sommes, tu penses bien que chacun de nous a pigé que dans ce système en boucle, en ouroboros, en oeuf-poule qui ne surgit jamais du néant mais qui est toujours le fruit d’un bidule antérieur, il est toujours possible de renvoyer la responsabilité d’une éventuelle dégringolade de la magie, vers un autre que soi. (Tu peux toujours courir pour trouver, sur 1000 000 sujets et commentaires d’AVox, un seul où un type dit « Je suis responsable »

    De milles manières, nous sommes tous présents à tous les niveaux d’un système et tous les systèmes humains sont en boucle, se tiennent par la barbichette.
     
    Le même type a son fils qui étudie les sciences, il consomme du courant électrique, il fabrique des robinets ou des peintures qui se retrouvent dans des centrales, il place ses économies dans un FCP qui place sur des producteurs d’électricité, il vote pour un candidat qui ne promet pas du tout de casser le bidule (car il faut alors en proposer un autre encore plus immortel). Le même type, sans trop s’en rendre compte, participe, à part à peu près égale avec les autres, à l’existence des centrales nucléaires, des barrages, des marées noires, des zoos, des théâtres, des forums...

    En fait, chacun de nous est directement ou indirectement impliqué dans toutes les boucles que forment tous les systèmes. L’ensemble formant un maillage ou réseau.


    C’est pour cela que malgré les incroyables folies de chacun de ces systèmes, il est si rarement dégagé d’authentique et unique responsable et que le Gand Bazar continue de fonctionner. NOUS voulons qu’il fonctionne.

    Parfois se présente l’opportunité de dégager d’une des boucles, un plus-responsable, un Madoff, un Messier ou un Kerviel. Whaouuff, c’est alors d’la balle ! C’est à ne surtout pas rater car nous tenons là une superbe opportunité de nous défausser de nos tellement plus infimes responsabilités et de nous donner l’impression d’être sains et saints. L’élimination de temps en temps d’un sacrifié, en manière de chaise musicale, nous rassure sur la bonne santé de notre Système et sur notre honnêteté.

    En aucun cas, quoi qu’il arrive, nous ne sortirons de ce principe génialement pervers qu’est l’ouroboros.

    A moins que nous n’ayons plus peur de mourir.



  • easy easy 22 avril 2011 20:47




    «  »«  »«  » « Nous servons de la viande halal par respect pour la diversité, mais pas de poisson par respect pour la laïcité ». En une phrase est ainsi sublimement résumé le principe de préférence islamique et de mépris antichrétien des fanatiques laïques. «  »«  »«  »«  »

    Bin voilà, c’est cela que j’appelle le laïcisme. Pendant 130 ans on s’est tellement habitué à casser du curé (surtout au niveau des collectivités car ce n’est pas trop le cas au niveau individuel) qu’on ne se rend même plus compte à quel point on est devenu dur-vengeur envers les chrétiens (tout en aimant se marier et être enterré sous la croix)

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