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easy

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59 ans
Eurasien
Déçu

Tableau de bord

  • Premier article le 17/11/2009
  • Modérateur depuis le 16/07/2010
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Derniers commentaires



  • easy easy 8 novembre 2010 22:22

    J’ai rarement vu un raisonnement aussi sophiste



  • easy easy 8 novembre 2010 22:14


    Posons que le voyeurisme consiste à jouir du spectacle qu’offre une personne qui, toute à ses affaires ou à ses souffrances soit l’ignore, soit ne dispose pas de temps ou de moyens pour nous en faire procès. Au point qu’elle peut même se faire une raison de cette situation inéquitable et se contenter d’une moindre compensation pécuniaire.


    Et bien depuis la décolonisation, nous avons de plus en plus l’impression que celui dont nous profitions autrefois en tant que voyeur, nous a démasqué et nous le dit parce qu’il nous connaît mieux, parce qu’il peut nous faire procès dans notre langue, parce qu’il dispose de plus de temps, parce qu’il dispose de preuves, parce que notre voyeurisme perdure.


    Le voyeurisme ne figure pas dans la liste des péchés capitaux.
    Mais depuis un siècle c’est probablement celui de nos traits qui nous fait le plus honte et cela essentiellement parce que nous avons l’impression que ce trait n’est pas universel, qu’il est très caractéristique de notre communauté et que nous avons été démasqués par ceux dont nous jouissions en toute impunité. 


    Il s’agissait de jouissances de tous ordres, pas seulement scopiques, même si dans voyeurisme il y a d’abord voir.
    Ils ne sont pas rares les témoignages de touristes actuels qui n’arrivent pas à prendre place dans un cyclo-pousse au Vietnam, par honte de se sentir profiter de quelqu’un qui sait désormais clairement qu’on profite de lui (et cette nouvelle honte pose alors problème aux cyclo-pousseurs). Ils ne sont pas rares non plus ceux qui hésitent à prendre en photo des femmes Hmongs au seins obus. Des gueux d’ici ou d’ailleurs nous proposeraient de nous porter sur leur dos, aucun d’entre nous n’oserait (à moins de pouvoir porter le porteur à son tour)

    Même pour le massage, il y a désormais cette difficulté à en jouir quand le masseur peine à l’ouvrage.

    Cette honte d’avoir été démasqué joue jusque dans la restauration où nous commençons à être gênés de déranger un serveur, jusque dans le spectacle de cascadeurs, de courses automobiles, de combats de boxe, de corridas, de zoos, dans la traction attelée. Ca va si loin, cette culpabilité que nous en arrivons à avoir honte de jouir d’un foie gras, d’un chapon...
    L’oie, le bec maintenu à la verticale, le gosier violé, nous regarde d’un oeil torve « Maintenant, je sais » 


    Vénus noire est un film sur notre voyeurisme à l’époque où il n’était pas encore démasqué.
    Ce que Saartjie Baartman ne pouvait pas nous dire autrefois, alors même qu’on lui offrait un procès sur un plateau d’argent, elle peut nous le dire aujourd’hui et ça nous fait rougir jusqu’aux oreilles.

    Concernant ce que le malheureux subissait, ce n’était pas toujours de notre fait. Si une Blanche était très poilue, ce n’était de la faute à personne. Mais son mauvais sort pouvait satisfaire notre plaisir de la voir souffrir sans qu’elle puisse nous faire procès. Mieux même, contre une piécette, le mendiant, l’infirme, le bossu, le malheureux, la bonne, le groom, la strip teaseuse, peut en venir à nous remercier d’avoir joui du spectacle de sa misère.



  • easy easy 8 novembre 2010 18:38

    Voxagora nous signale que Bou Gnoul serait du Ouolof sénégalais et signifierait « Noir frotté aux Blancs »

    Je vais digresser du beau sujet proposé par Kamel en espérant qu’il ne m’en voudra pas mais j’ai trop envie de rebondir sur cette remarque


    Posons donc que cette étymologie soit exacte.


    J’en suis archi convaincu, lors d’un contact disons d’exploration, de curiosité ou de commerce entre deux communautés, la première construction négative, contrariante apparaît par le biais du concept de trahison. L’exploré, le contacté, le visité qui aime le visiteur, qui tombe sous son charme, au point de commencer à renier quelques règles de sa communauté, est considéré comme traître. L’injure, le dénigrement est d’abord intra communautaire avant de se transformer en intercommunautaire.

    Je n’ai pas remarqué dans les oeuvres de Claude Lévi Strauss de commentaires à ce sujet. Mais pour avoir vécu le cisaillement Indochine Vs France, je sais que tout le négatif d’une rencontre démarre par le biais de la jalousie et de l’accusation de traitrise.

    Pour diverses raisons, chez les Gênois, les Vénitiens, les Vikings, il n’a jamais été considéré que quitter la communauté pendant quelques mois pour explorer le Monde était une traitrise, étant entendu que l’explorateur devait ramener des infos ou trésors profitables et qu’il n’allait pas livrer à l’ennemi les clefs de la cité.

    Au contraire, chez les Japonais d’avant le contact avec les Blancs, celui qui quittait le pays, sous quelque prétexte que ce soit était considéré comme traître et exécuté.

    Posons donc qu’en Europe relativement acquise aux voyagisme, il ait été possible pour un Vénitien d’aller vivre des années en Chine et de revenir sans être pendu, au contraire. Remarquons que Marco Polo avait raconté la Chine en l’enjolivant plutôt qu’en la dénigrant. Mais malgré son regard admiratif sur la Chine, il aura provoqué plus d’émerveillement et de désir pour ce lointain pays, que de rancune, de complexe d’infériorité ou de jalousie. Tant mieux pour cet explorateur (Qui aura dit -prudemment ?- être resté chrétien).

    Dans la même tradition exploratrice, les orientalistes du XIX (les vrais et les faux) pouvaient raconter ici toutes sortes de fables et de harems, on les écoutait en fantasmant mais on ne les égorgeait pas de dépit.

    Ici, l’explorateur, même quand il raconte un au-delà plus merveilleux, est peu soupçonné de traitrise.

    Ailleurs, l’exploration est souvent plus mal considérée (La Chine, après avoir eu la plus grande flotte du Monde vouée à l’exploration, après avoir peut-être même découvert l’Amérique, a dit stop aux explorations et s’est isolée)

    Quand je lis la rencontre de Stanley et Livingstone, je vois qu’ils se sentaient supérieurs aux Arabes et encore plus aux Noirs. Mais ce n’était qu’une supériorité liée au modernisme, à la supériorité des moyens. Pas une supériorité devant Dieu. je ne pense pas.

    Prenons alors un village rwandais très isolé. Il y a un chef, un sorcier, des guerriers, un Achille ayant prouvé son courage à la sagaïe. Arrive un explorateur Blanc qui prouve qu’à distance, avec son fusil, il tue tranquillement n’importe quel éléphant ou Achille. Il va choquer, renverser l’ordre établi et faire paniquer toute la pyramide du pouvoir. Il me semble impossible que tous ces villageois ne ressentent pas d’énormes angoisses, souffrances et vexations. La moindre des choses serait que tous restent soudés autour de leur culture face à ce magicien au batôn tonnerre. Dans un tel contexte de crise, le premier ou la première d’entre eux qui avouera être séduit, charmé, sera écharpé par les siens. Ce sont ces riques de représailles terribles contre le traître qui permettent à la cohésion du village de perdurer un peu. L’Amérique devait se souder contre la séduction communiste par le Macarthysme qui chassait le traître communiste. Elle devait aussi se souder contre Ben Laden après le WTC et ceux des Américains qui seraient soupçonnés d’avoir quelque peu fraternisé avec ce diable en prennent alors plein la tronche.

    Je ne conçois pas du tout un capitaine Cook débarquant sur une île, rencontrant des indigènes et se mettant à les dénigrer, à les insulter d’emblée. Arrogant, c’est possible, et encore, mais insultant, je ne vois pas pourquoi. Par contre, je vois très bien que le premier des indigènes séduit se soit fait découper en rondelles par les siens.

    Pour les Tahitiens, les navigateurs qui couchaient avec les Tahitiennes étaient considérés non comme séducteurs mais comme des séduits. Et le capitaine Bligh avait été furieux que ses hommes aient été effectivement séduits par la culture tahitienne. L’Angleterre avait très mal pris cette séduction humiliante pour elle et avait déployé de grands moyens pour pendre ses traîtres.



    Hautes représailles des Algériens contre les Algériens ayant été séduits par la France. Hautes représailles des Français contre les Françaises ayant été séduites par l’uniforme Allemand.
    Un Hell Angel’s qui veut quitter sa bande doit d’abord obtenir son accord sinon...


    On serait donc soupçonné, insulté, dénigré et tué par les siens bien avant de l’être par des étrangers.



  • easy easy 8 novembre 2010 15:08

     smiley  smiley



  • easy easy 8 novembre 2010 14:36

    Je trouve ça bien de rappeler qui était ce saint (non pas au sens religieux mais au sens laïque et pour signifier qu’il aura fait le maximum pour être honnête et fraternel)

    Je comprends aussi le besoin de l’appeler bougnoule, afin d’interpeller les racistes qui fantasment d’un monde où tout aurait été créé par leur communauté.
     

    Mais je crois qu’il aurait alors fallu ajouter que d’une part le mot bougnoule est bien postérieur à l’époque de Saint Augustin et surtout qu’il n’y avait pas de mot équivalent à son époque. 

    Je ne suis pas historien mais il me semble que de son temps il n’existait pas forcément ce regard méprisant qui a conduit à l’invention du mot bougnoule. Peut-être qu’à son époque, s’il y avait une défiance et une allergie envers les Arabes, c’était au sens de rivalité de l’ordre de celle qu’il y avait entre les Russes et les Américains il y a 50 ans. Rivalité, insultes aussi sans doute, mépris postural aussi sans doute, mais pas mépris profond. Russes et Américains ; Français et Anglais, Anglais et Nazis se sont copieusement insultés n’est-ce pas, mais au fond, aucun des deux camps ne considérait l’autre comme étant arriéré ou stupide n’est-ce pas ?

    Ce ne serait qu’à partir du moment où le Chef Blanc a colonisé des étrangers et en aura fait ses domestiques qu’il les aurait profondément méprisés (comme il méprisait profondément ses domestiques Blancs). Au point d’inventer des mots comme bougnoule pour marquer ce profond mépris.


    Maintenant qu’on est sorti de la colonisation, que veut dire le recours au mot bougnoule ? Peut-être signifie-t-il une nostalgie de cette époque où le Blanc était supérieur en termes d’autorité. Si ce n’est que l’expression d’une nostalgie (comparable à celle qu’exprimerait un descendant de la noblesse envers la roture en traitant un quidam de laquais, de piétaille, de va-nu-pieds ou de gueux) il ne faut pas en faire un plat.


    Que des gens expriment aujourd’hui leur fantasme d’un retour en arrière par le biais d’anciennes injures est loin d’être aussi conséquent que quand nos aïeux dénigraient des gens alors qu’ils avaient une réelle autorité sur eux.

    C’est l’autorité réelle qui est le vrai problème, le reste n’est que forfanterie.



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