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  • jakem jakem 10 octobre 08:39

    @jakem
    5 et fin -

    Le gouvernement dénonce l’instrumentalisation du mouvement par LFI. Là encore, est-ce inédit ?

    La France insoumise courtise les émeutiers en renchérissant sur leurs revendications (Mélenchon demande l’abolition de Parcoursup avant d’exiger le Master pour tous), comme elle joue la carte de l’antisémitisme pour faire voter en sa faveur les habitants des territoires perdus de la République. C’est l’application à la lettre de la recommandation de la Fondation Terra Nova en 2011. Puisque les classes populaires sont irrécupérablement nostalgiques de la France d’avant, il faut faire émerger une nouvelle majorité formée des diplômés, des jeunes, des minorités et des femmes en lutte pour l’égalité. À voir les keffiehs et les drapeaux palestiniens qui fleurissent dans les manifestations lycéennes, la coalition se forme. Deviendra-t-elle un jour majoritaire ? Il faut espérer que la plupart des Français, abasourdis par les violences urbaines, sanctionneront Mélenchon en 2027.

    Sciences Po entre dans la danse. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

    Sciences Po, mais aussi l’Institut catholique de Paris, l’École des mines, l’École du Louvre, les lycées Henri-IV, Victor-Duruy et Condorcet, où pourtant tout va bien. Il ne faut surtout pas rater le train de la contestation. On est grégaire aujourd’hui pour ne pas être rangé dans le camp réactionnaire.



  • jakem jakem 10 octobre 08:38

    @jakem
    4— Ce mouvement s’inscrit-il dans la lignée de Mai 68 ou est-il d’un type radicalement nouveau ? Quelle différence avec le folklore étudiant traditionnel ?

    En Mai 68, beaucoup de bêtises ont été dites ou écrites, mais il y a eu aussi quelques perles : « Assez d’actes, des mots. » Et il ne nous serait pas venu à l’idée de brûler ou de dévaster des établissements scolaires. Nous étions, selon la géniale expression de Philippe Muray, des « mutins de Panurge », nous n’étions pas des vandales. À cette époque, j’étais jeune, c’est-à-dire conformiste. Je suivais le mouvement, je faisais comme tout le monde, je m’indignais comme on s’indignait, je me révoltais comme on se révoltait. Et puis, grâce aux livres, j’ai précocement vieilli. Je me suis arraché à la glu générationnelle, j’ai appris à penser par moi-même et j’ai savouré, bien avant d’atteindre le troisième âge, cette réflexion de Fellini : « Je me demande ce qui est arrivé à un moment donné, quelle espèce de maléfice a pu frapper notre génération pour que soudain, on ait commencé à regarder les jeunes comme les messagers d’on ne sait quelle vérité absolue. Les jeunes… Les jeunes… Les jeunes. On eût dit qu’ils venaient d’arriver dans des navires spatiaux. »

    La comparaison avec les émeutes de 2005 et 2009 vous semble-t-elle légitime ?

    Ce qui me semble légitime, c’est de pointer le rôle croissant des nouvelles technologies dans les manifestations et les émeutes. On voit en temps réel ce qui se passe ailleurs et on fait la même chose. On ne veut pas être en reste, on ne veut pas se laisser décrocher. La violence se répand et se répandra de plus en plus par contagion mimétique.



  • jakem jakem 10 octobre 08:36

    @jakem
    3— La reproduction sociale est assurée au moyen des dispositions prises pour y mettre fin. Et pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Afin de supprimer définitivement l’avantage des héritiers, on a déshérité tout le monde. On a donné la parole aux élèves avant de leur donner la langue, on a supprimé les humanités, les nouvelles élites pratiquent allègrement le redoublement du sujet (« la France, elle a des atouts ») et qui imaginerait aujourd’hui un président de la République citant quelques vers de Paul Éluard comme Georges Pompidou dans une conférence de presse au lendemain du suicide de Gabrielle Russier ?

    Quand des ministres de l’Éducation nationale cherchent à réintroduire un semblant d’exigence et de sélection, ils sont désavoués par leurs successeurs. On l’a vu avec les groupes de niveau et le choc d’autorité de Gabriel Attal. Ce que les lycéens devraient exiger, c’est le retour des humanités et de l’histoire chronologique, c’est le renforcement de l’étude de la langue française, c’est du temps pour lire. Au lieu de quoi, ils passent toujours plus d’heures les yeux rivés sur leur portable, et ils veulent un emploi du temps allégé. L’autre jour, à la télévision, l’un d’entre eux, tout en réprouvant la violence, se plaignait d’avoir cours le samedi matin, ce qui empiétait sur ses week-ends. Et le Conseil constitutionnel, à la grande joie de la jeune génération, annule une loi interdisant l’usage des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Les Sages de la rue Montpensier accélèrent la progression de l’illettrisme dans notre pays.



  • jakem jakem 10 octobre 08:34

    @jakem
    2 — 

    Ce blocus des lycées s’inscrit-il dans une faille plus large de l’école et de la transmission du savoir ?

    Les manifestations surviennent quelques jours après la publication du classement Pisa, qui révèle crûment l’effondrement du niveau scolaire en France. Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut remonter à Pierre Bourdieu et aux livres qu’il a publiés avec Jean-Claude Passeron, Les Héritiers et La Reproduction. Les deux sociologues dénoncent, statistiques à l’appui, le grand mensonge de la méritocratie. Sous couleur de suivre la grande recommandation de Condorcet : « Les peuples libres ne connaissent d’autres moyens de distinction que les talents et les vertus », la sélection, disent Bourdieu et Passeron, transmue l’héritage social en grâce individuelle. Elle fait croire aux élèves bien nés qu’ils sont les meilleurs parce qu’ils obtiennent les meilleures notes et aux enfants des classes défavorisées qu’ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes du destin qui leur est assigné, car la plupart d’entre eux n’atteignent pas la moyenne. 

    L’école a entendu Bourdieu et voulu, réforme après réforme, corriger les injustices qu’il a mises au jour. Le collège unique a été instauré. Le redoublement a pratiquement disparu. Le baccalauréat est devenu un droit de l’homme. Et la lutte contre les inégalités a conduit à accueillir les élèves plus faibles dans des classes plus avancées et, ensuite, à se régler sur leurs capacités pour ne laisser personne sur le bord de la route. Résultat : le niveau a dramatiquement chuté. La politique compassionnelle et réparatrice née de la lecture des Héritiers pénalise d’abord ceux à qui elle est censée tendre la main. Les autres peuvent toujours s’en sortir par l’enseignement privé ou les cours particuliers.



  • jakem jakem 10 octobre 08:33

    1— Le point de vue de Finkielkraut ; Le Figaro du 9 oct ; titre : Le baccalauréat est devenu un droit de l’Homme ( Attention ! la lecture de cet article est susceptible d’incommoder moyennement, voire très insupportablement, les camarades du Fureur et du Momo ; demandez conseil à votre pharmacien ou à votre imam ou à votre chef de section ) :

    Quel regard portez-vous sur le blocus des lycéens ? Est-il porté par certaines revendications légitimes ou s’agit-il de la défaite de la pensée ?

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    ALAIN FINKIELKRAUT. - Les lycéens bloqueurs s’insurgent contre le manque de moyens, le non-remplacement des professeurs, la dégradation de leurs établissements. Ils réclament 10 milliards tout rond pour cesser le mouvement. Moyennant quoi les plus motivés saccagent ou incendient les lycées et agressent des professeurs. Comment, dans ces conditions, peut-on en vouloir aux nouveaux agrégés et aux nouveaux certifiés qui sont de plus en plus nombreux à jeter très vite l’éponge ou même à choisir d’emblée une autre voie que l’enseignement ? Le contraste entre le contenu des revendications lycéennes et les moyens choisis pour les faire entendre est vertigineux.


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