Je ne sais pas trop par où commencer... Comment vous expliquer ?... Il s’agit de... s’ouvrir l’esprit ? Sortir de la matrice ? Quitter un système mortifère pour en adopter un qui cesse d’être basé sur la peur du manque, la peur de la mort ?
Au vu de vos arguments j’ai peur que ceci n’entre en conflit ouvert avec votre foi dans le dogme de la croissance. Au risque de s’attaquer à ce qui relève du religieux, essayons quand même, point par point, d’un peu élargir le débat :
1° Les faits sont bien tels que vous les décrivez, mais s’ils ont un intérêt dans ce débat c’est plutôt celui d’abonder dans mon sens. La dérégulation du système financier ne doit évidemment rien au hasard, mais tout à la recherche du profit maximal sur lequel est basé notre système économique. La raison d’être de la croissance économique répond aussi à ce même impératif de rentabilité des « investissements » (largement pervertis en spéculation aujourd’hui)
2° Ainsi donc le « culte » de la décroissance (terme qui ne manque pas de sel de la part d’un croissant croyant) ferait le bonheur des financiers... Ca laisse songeur... Et ce même culte serait à l’origine du protectionnisme environnemental, et l’écologie subirait le poids énorme d’anglo-saxons « convertis » à la décroissance ? Je ne suis pas sûr d’avoir tout compris. Dans le doute, je m’abstiens. « Cette haine de l’industrie est irrationnelle », dites-vous (mais un nom de quoi portez-vous un tel jugement ?), avant d’embrayer sur la nécessité de rapatrier nos industries. Ce faisant, vous évitez de vous demander si vous ne souffrez pas, vous, d’un amour irrationnel pour l’industrie qui vous empêche d’envisager qu’une autre vie puisse être possible. C’est sans doute cet aveuglement qui vous fait divaguer sur mon adhésion à un "délire de la société post-industrielle voulu par les financiers
pour que les européens accepte les délocalisations. Désolé pour vous, mais vous avez tout faux, aussi bien sur mes convictions que sur celles des objecteurs de croissance, ce qui démontre qu’en fait vous ne savez pas de quoi il s’agit.
3° « Dire que les ressources terrestres sont fini est bancal au possible » : si vous le dites de manière aussi affirmée, c’est que c’est vrai. Je ne tenterai en tout cas pas de vous convaincre que notre richesse créative des hommes aura du mal à nous permettre de recréer des matières premières. Ne me répondez pas e=mc2, vous ne feriez que répéter la sempiternelle erreur de confondre masse et matière.
Enfin, s’il est vrai que les élites rentière n’ont pas besoin de croissance pour s’en sortir, il est tout aussi vrai qu’elles ont quitté le stade de la survie depuis longtemps pour entrer dans celui de l’accumulation compulsive, et que la croissance répond à leur soif bien plus qu’aux besoins élémentaires de la toute grande majorité des humains.
Comme souvent dans les articles qui explorent les arcanes de notre système économique productiviste, les constats posés sont pertinents mais les conclusions n’en tirent pas les leçons, l’auteur refusant de reconnaître qu’il s’agit d’une crise systémique. Il est vain de vouloir ajuster le système alors que l’origine des problèmes se trouve dans la nature même de ce système : son impératif de croissance. Ecrire que "le préalable fondamental au rétablissement de cette croissance
« authentique » consistera en l’inévitable réduction du secteur
financier" revient à nier deux évidences : 1° si le secteur financier a acquis un tel poids dans la croissance,
c’est tout simplement parce qu’il représente le plus haut taux de profit possible pour les détenteurs de capitaux, ceux-là même pour qui la croissance est indispensable ; 2° l’économie de croissance est en butte aujourd’hui aux limites physiques de la planète (pénurie de matières premières, problèmes écologiques insurmontables dans une logique de croissance des biens matériels).
Là où je rejoins l’auteur, c’est lorsqu’il parle de « la main de fer des états » : la seule issue possible aujourd’hui pour le capitalisme est de se débarrasser de la démocratie. Des peuples soumis aux besoins des marchés, destinés à éponger les dégâts des crises systémiques comme l’annoncent les multiples plans de rigueur en préparation, ne pourront s’obtenir que si leurs dirigeants ne dépendent plus de leur opinion pour les contrôler. D’une main de fer, effectivement.
Pour les peuples et la démocratie, l’issue est de l’autre côté : il s’agit de désaccoupler l’économie du besoin de croissance infinie. Il s’agit de sortir de la dictature de l’économie pour remettre l’homme et l’environnement au centre du débat.
Une fois qu’on aura réalisé qu’avoir chacun sa voiture est aussi absurde que de viser à ce que chacun ait sa villa en bord de mer, on pourra commencer à discuter des modes de production d’énergie dans une optique écologique. La voiture privée individuelle est un luxe insoutenable pour la planète, et devra tôt au tard être traitée comme telle : soit réservée à une élite, soit mise au ban de la société au nom de la justice sociale et de la protection de l’environnement. Tant que cette prise de conscience n’aura pas été faite, défendre un mode de production d’énergie plutôt qu’un autre au nom de l’écologie revient à prendre celle-ci comme alibi pour poursuivre le « business as usual », bref c’est du capitalisme vert. Vert moisi.
Ha ! La technologie salvatrice des méfaits du productivisme ! C’est pas beau ça ? Quel monde merveilleux où les destructions et dégâts en tous genres servent à alimenter la sacro-sainte croissance.
Et si on prenait le temps de réfléchir à au bien-fondé de notre modèle de développement ?