Le paradoxe humanitaire est, pour l’instant, insurmontable : soit tu donnes/participes, tout en ayant bien conscience que la grosse majorité de ce que tu donnes ira dans les fouilles des profiteurs et que l’infime quantité qui arrive aux destinataires qui en ont besoin n’aura jamais vocation à les sortir durablement de la merde, soit tu ne donnes pas pour ne pas soutenir le système et au bout de la chaîne, les gens crèvent.
À quoi bon diviser les coûts, si, au final, ça se fait sur le dos de ceux qui achètent en bout de ligne ? C’est une étreinte fatale : je produis moins cher en te payant moins cher, donc tu achètes encore moins cher, donc je dois encore réduire mes coûts et ce sera encore sur ta gueule et tu devras donc serrer les cordons de ta bourse et chercher à payer moins cher, etc. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus personne pour acheter et que la machine se grippe totalement.
Négation de l’affect, du sensible, de l’humain. Qui se préoccupe du destin psychique des jetés-pour-solde-de-tout-compte ? Tout va bien, Prozac est là !
Oui, aussi très significatif, le glissement entre le travailleur-artisan et l’exécutant : négation de la tête (et donc de la valeur ajoutée humaine) pour la mise en exergue des mains (et donc l’assimilation de l’homme à sa seule fonction productive, en concurrence directe avec les machines, moins coûteuses, plus disponibles). L’homme-machine, le paradigme mort de Descartes remis au goût du jour pour justifier l’écrasement de la masse salariale !
Je crois que vous avez bien résumé le problème : passer de l’économie productiviste à l’économie distributive... sauf que le dogme libéral repose justement sur le mythe de la redistribution par le haut, ce qui justifie toutes les inégalités, toutes les confiscations... et c’est justement le sujet du prochain papier que vous venez de faire avancer d’un grand bond !