Votre intuition sur le rôle des intérêts dans l’économie est juste, mais les choses sont en réalité un peu plus compliquées.
Pour comprendre le rôle de la monnaie dans l’économie on peut aller sur le site de Bernard Lietaer.
La monnaie est avant tout un instrument de mesure :
- des flux lorsque l’on fait un achat,
- de la richesse lorsque l’on évalue la valeur d’un objet. L’évaluation de la richesse se fait par analogie avec des ventes comparables qui ne sont jamais des preuves (après-tout la valeur du marché au moment de la vente peut-être très différente). L’impôt sur la fortune, basé sur des estimations au doigt mouillé est un jeu d’équilibriste pour l’Etat qui ne veut pas attendre que la fortune fasse des petits.
Pour réaliser un investissement, il faut évaluer les flux induits parfois plusieurs années à l’avance, ce qui dans certains cas relève plus de la divination que de la science. De même lorsque un objet n’a pas fait l’objet d’une vente, il est quasi-impossible de faire une estimation a priori. C’est le cas pour la plupart des œuvres de l’esprit. C’est ce qui fait que les actifs immatériels d’une entreprise n’ont aucune valeur sauf s’ils ont déjà fait l’objet d’une vente.
Pour financer un investissement, une entreprise demande à ses actionnaires une augmentation de capital. Le capital est de l’argent permanent contrairement aux emprunts. Malheureusement, du fait du fonctionnement de l’Euro et du déficit du commerce extérieur, il n’y a plus de capitaux permanents. L’actionnaire est obligé d’emprunter au taux que voudront bien accorder les banques. Et là, c’est la catastrophe. Il faut rembourser capitaux et intérêts pendant plusieurs années avant de toucher le moindre centime. Le bilan financier est totalement catastrophique alors qu’ils y a plein de possibilités de placer de l’argent à court terme dans des mécanismes entièrement basés sur la prédation de ressources existantes.
Il existe une solution : remplacer les monnaies avec intérêts par des monnaies fondantes (on parle parfois d’intérêt négatifs ou d’assurance), au moins pour les investissements. Avec les monnaies fondantes, on réduit légèrement et à intervalle régulier la somme inscrite sur le compte. Ainsi, on fait participer au financement ceux qui possèdent de la monnaie plutôt que ceux qui ont des dettes. C’est également une incitation à le dépenser. La fonte compense l’obsolescence et l’usure des investissements, ce qui bloque l’inflation.
La raison de la crise n’est pas économique, elle est monétaire, du moins si nous continuons à exclure le fonctionnement de la monnaie de l’économie. Les blocages de la société française sont réels mais ne comptent pas pour beaucoup dans le résultat final.
La France avait l’habitude (dangereuse après 1973) de financer ses investissements par de l’endettement, ce qui avait du sens lorsque l’inflation était forte. Les Allemands, au contraire, traumatisés par l’hyper inflation des années 30, finançaient l’investissement par des réserves préalablement constituées. Ces réserves étaient en grande partie au mains d’industriels (ce que l’on a appelé le Capitalisme Rhénan) qui pouvaient ainsi financer leur développement. Résultat : A la création de l’Euro, les allemands avaient des réserves qu’ils pouvaient prêter à toute l’Europe et les Français avaient des dettes et devaient continuer à emprunter pour se développer. Ces différences ont créé de fait un différentiel important dans les coûts financiers des entreprises.
La France aurait pu décider après 1973 de réserver les gains du commerce extérieur à l’investissement pour maintenir sa compétitivité, mais cela n’a pas été fait et les gains se sont transformés en pertes.
Aujourd’hui, il n’est plus possible de relancer l’investissement aux conditions financières imposées par les banques. La seule solution passe par une réforme monétaire qui rendrait l’investissement plus rentable. Et si l’Euro ne veut pas se réformer, on doit pouvoir envisager un retour partiel à une monnaie nationale émise au travers d’un « New Deal ».
Tiens, il y a eu des élections en Crimée et en Syrie et on ne m’a rien dit !
Apparemment, vous lisez également les commentaires moinssés, ce qui prouve bien que ça n’a aucune importance. Ceux qui veulent se faire une opinion indépendante n’en n’ont rien à faire. Au moins, vous vous exprimez, ce qui n’est pas le cas de tous ceux qui ont moinssé et c’est bien dommage.
merci pour cette réponse. En fait, je ne suis pas du tout chagriné par ces votes, j’y vois une sorte d’hommage et la certitude d’avoir touché un point sensible. Le tripatouillage des votes ne porte guère à conséquence, c’est plutôt une réaction d’adolescents. Si je viens sur Agoravox, ce n’est pas pour avoir de l’information objective, j’ai d’autres sources pour cela. Je suis fasciné par l’observation de tout ce qui peut mettre les humains en mouvement, en particulier par l’analyse des signaux faibles. Ma formation scientifique me permet d’analyser, classifier… et finalement comprendre beaucoup de choses sur les comportements individuels, bien au-delà de ce que les auteurs pensent révéler de leur personnalité.
Je voudrais préciser à propos du vote affectif que c’est peut-être un peu plus pervers que ça n’y paraît. Beaucoup de Français envient les personnes au pouvoir et rêvent d’être à leur place. Ils ne vont donc pas tenter de détruire leur rêve. Il est plus facile de dénigrer ceux qui ne comptent pas dans la société. De plus, ceux-là ne votent pas, il n’y donc aucun risques pour les politiques à caresser les électeurs dans ce sens là. La crise morale est probablement aussi importante que la crise financière.
Pour les énarques, j’ai fréquenté à l’époque de mes études beaucoup de candidats au concours et je dois dire qu’il n’ont pas appris à manipuler l’opinion. Ils ont été choisis parce qu’ils savaient le faire naturellement. J’ai toujours été étonné par la distance qu’ils avaient avec la vérité. Autant l’écrit et le premier oral servent à choisir des personnes ayant une grande capacité de mémoire et de synthèse, autant le grand oral sert à éliminer ceux qui ne leur ressemblent pas. L’ensemble a donc une très grande homogénéité. Une autre caractéristique importante est leur rapport avec le passé. L’énarque « standard » est comme un comptable. Il ne connaît que le passé qu’il observe et analyse pour en déduire un avenir par extrapolation. Il ne peut pas intégrer les mouvements qui secouent la société pour analyser en quoi cela peut changer cet avenir.
Comment diriger le pédalo si on ne regarde que le gouvernail ?