j’ai eu beau chercher ce piédestal, je ne l’ai pas trouvé.
il me semble que sans le « départ freudien », il n’y aurait pas de jung... et il faut reconnaître oui, que les conceptualisations lacaniennes ont l’air déconnectées de la réalité comme vous l’avancez, mais cela est faux, il s’agit juste de son style précieux qui donne cette illusion, et l’absence invoquée de fréquentes références à la clinique ne vaut que sur certains de ses écrits ; de plus la clinique n’est pas la seule source de théorisation valable.
quant à jung, oui, c’est très beau, belle extension, mais il est singulier que les freudiens ou lacaniens lui reprochent unanimement les difficultés d’application technique ; jung est une exigence en fin de compte, et elle implique qu’une pratique jungienne de la psychanalyse relèverait de la supercherie si elle ne s’appuyait d’abord sur une puissante maîtrise du freudisme, et du débat suscité alentour.
quant à résumer le freudisme à une entreprise malsaine et perverse de « normalisation », et projective... et cela à l’instant même où jung est exalté, cette combinatoire étrange relève d’une méconnaissance des textes.
dommage que vous ne fassiez pas un petit comparatif chiffré entre le DSM III et le dernier né, puisque ces gens-là ont réussi en 20 ans à « créer » plus de maladies que deux siècles de psychiatrie...
les choses sont bien plus graves que votre tableau, encore impressionniste : ce ne sont pas « quelques rédacteurs » du DSM qui « seraient » en sympathie avec les pharmacos... c’est une publication directe des firmes pharmaceutiques :
d’abord on trouve une vague molécule surnuméraire, ensuite on étudie vaguement les effets (« vaguemen » on a dit), enfin on codifie une nouvelle maladie - voilà où on en est.
dès le milieu du siècle dernier, les signes de tout cela étaient évidents avec l’« egopsycology » : Lacan rapporte l’anecdote suivante, que Jung lui aurait racontée :
Jung et Freud sont sur le bateau qui les rapproche de New York, où Sigmund va donner une série de conférences rapides (qui constitueront les Cinq Leçons) ; une petite foule est là sur le quai qui s’agite avec cris de joie, Sigmund se penche alors sur l’oreille de Karl pour lui murmurer : « ces gens-là ne savent pas que nous leur apportons la peste... »
Ce que Freud n’avait pas prévu, c’est la vitesse à laquelle le formattage d’Amérique allait anesthésier sa pratique, avant de la réduire à néant : alors que la psychanalyse freudienne a pour caractéristique de considérer plus ou moins l’instance du Moi comme une formation imaginaire, tenant lieu d’obstacle, centralisant le système défensif, et donc souvent à déconstruire en partie, afin de lever le trouble, puis, dans un deuxième temps, et en toute neutralité surtout, permettre au patient de se reconstruire à partir de ce qui lui est propre et qui va réémerger de son histoire personnelle ;
les ricains eux, auront tôt fait de dénaturer, ou plutôt d’inverser tout ça ; et ils « re-théorisent » le freudisme de la manière suivante :
le Moi comporte une partie bonne de la psyché, c’est une sécurité ! la cure va consister à renforcer ! cette partie en focalisant sur l’identification du patient au moi sain du psychanalyste !
ne rions pas, c’est toute l’Amérique...
d’où le fait que surgit Lacan, et vraiment en sauveur dans pareil contexte, insistant sur le retour à Freud ; il va réussir aussi bien politiquement que théoriquement surtout, et avec quel brio, à inverser cette tendance, en tous cas en Europe et en Amérique latine.
cette histoire récente du DSM est une toujours une traduction de cette vieille tendance, elle a des effets ravageurs d’abord sur le travail des psychiatres, qui ne sont plus que des distributeurs de médocs, mais presque directement sur le travail des psychanalystes surtout, puisque tout va dépendre du pays dans lequel vous travaillez :
si c’est en France par exemple, psychiatres éveillés, tout va bien, d’abord il sait à quoi s’en tenir côté DSM, ensuite, il sait la place du psychanalyste, la collaboration est possible.
lorsque par contre c’est un pays du tiers monde, c’est fini :
le psychiatre se prend pour la science, il a son DSM sous le bras, il participe aux défenses et résistances du patient à la cure, il sait comment jouer avec les dosages de sorte à foirer le coup ; le psychanalyste se retrouve alors en position de chirurgien opérant avec à ses côtés un enfant fou et pervers en position d’anesthésiste, or des vies sont en jeu, c’est un cauchemar indescriptible ; au point que les psychanalystes forcés de collaborer avec les agents du DSM ont désormais pour tendance de refuser les cas où les ravages des fans du DSM sont à prévoir...
rien n’est ridicule morice, tout est écrit ? il existe un texte où un homme terrorisant une cité entière finit par se réfugier dans un arbre que l’on descend au sol avant d’achever le bonhomme, sa pauvre mère, soeur de cadmos (devenue chef de la police dans une vaste et cruelle chasse à l’homme) ne se rendant même pas compte que c’est la tête coupée de son propre fils que fière, elle brandit, tellement elle était en transe... tout cela raconte la fin des bacchantes d’euripide ; dans cette logique, Boston est le pitoyable récit... d’une misère sexuelle (mais silence, on va quand même pas crâmer la pellicule en si bonne fin, la politique c’est très sérieux).
quand monsieur muscle comprend qu’il doit aussi gagner une guerre médiatique, il a deux choix - soit le blackout, soit, « pense »-t-il, montrer ses muscles.
comme monsieur muscle a beaucoup abusé d’hollywood, bien plus que de sodas, et que monsieur muscle est parangon de l’inculture, alors bon, il fait son show...
votre article est un petit chef-d’oeuvre bien ficelé de l’étonnement qui réveille.
ce que vous ne pouvez pas soupçonner, c’est de susciter vous-même l’étonnement...
ainsi, ce qui s’est « révélé » à boston ces 24 heures, est bien la réalité depuis 60 ans qui est vécue au proche-orient, mais là-bas, monsieur muscle la joue en mode blackout la plupart du temps.
c’est seulement quand les explosions peuvent être filmées de loin, que les « journalistes » s’en mêlent.
autrement, boston avril 2013, c’est des décennies de palestine, « tranquille ».
une fois bien reposée cette équation, ce qu’on qualifie de « terroriste » pourrait être à revoir dans le sens de l’humain ?
on pensera que je récupère ou détourne l’événement ; et je penserai :
c’est drôle quand sur un lapsus ou un acte manqué enfin ils se réveillent, comment l’autre versant (le sombre) de la manipulation médiatique continue à être plus agissant que le versant « révélé ».
bien moulu... et manquerait plus qu’on vous fasse payer pour y trimer, à ce grain, n’est-ce pas...
mais de quoi s’étonner ? poubelle la vie n’est-il pas la condition de plus belle la vie ?
il m’est arrivé dans des zones, à la frontière de ce monde, de toucher à ces points où l’électricité n’atteignait pas encore - j’ai beau jeu avec mon pseudo...- mais bref, on passait donc du village électrifié à l’autre pas encore ; la différence ? la télé...
eh bien croyez-moi, cette différence : tout simplement la vie.
là où les fils avaient ramené l’écran, plus d’enfants, plus de place, plus d’activité, l’hypnose, les rires bêtes, la fin.
les autres par contre : le muscle, les regards malins, la curiosité, le mouvement, les cris, un autre monde, séparé du premier de quelques minutes de marche.
on voyait alors les ouvriers chargés de poser les poteaux suivants comme des assassins confirmés...