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Eurasien
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  • Premier article le 17/11/2009
  • Modérateur depuis le 16/07/2010
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Derniers commentaires



  • easy easy 18 mars 2011 18:30

    Cette catastrophe est l’occasion d’hystériser mais c’est aussi l’occasion de reconnaître nos torts.


    Je ne ne parle pas de la partie très naturelle de la cata japonaise (au sujet de laquelle il y aurait pourtant beaucoup à dire en matière d’amélioration des remparts). Je parle ici de sa composante nucléaire.

    Fondamentalement, seuls ceux qui ont très clairement voté contre le nucléaire (donc les 3% de Verts et les 2% d’extrême gauche) ne devraient pas être considérés comme responsables de cet accident. Il n’est pas normal de ne pas commencer nos diatribes en précisant ce fait et de n’être prodigues que d’accusations d’autrui alors qu’on ne fait pas partie des 5 % d’authentiques anti nucléaires.

    95 % des électeurs ont considéré d’autres impératifs que la sécuyrité nucléaire et n’ont pas voté anti nucléaire. Mais maintenant 95% des intervenants vont à accuser les uns ou les autres mais surtout pas eux-mêmes.



    Plus haut, comme nous parlions d’une politique particulièrement méfiante qu’on devrait appliquer quand on pilote un site nucléaire, une usine Seveso, une plateforme de forage ou une usine d’incinération mais que cette méfiance était stressante et invivable, Surya m’a répondu que c’est bien regrettable d’être dans le déni du danger.

    En effet, dans une usine à gaz, qui est toujours un prototype, les opérateurs devraient constamment se dire de chaque bidule qu’il est sur le point de dysfonctionner. Et les politiques sécuritaires des sites dangereux sont déjà draconiennes. Mais il est tout bonnement impossible, humainement parlant, d’être constamment méfiant, parano.

    Seul un robot n’a pas besoin de poser son cul sur une marche pour papoter chiffons et barbecue avec un collègue au milieu d’une usine Seveso.


    Là, depuis 7 jours, l’équipe de Fukushima est forcée de se dire à chaque seconde « Il y a mille trucs qui peuvent défaillir ». Ils ne pourraient en aucun cas tenir cette pression pendant des semaines et encore moins des années. Et là, je dirais qu’ils n’ont quasiment rien d’autre à faire qu’à regarder et à fantasmer sur les pannes potentielles en plus de celles qui sont avérées. Mais une telle méfiance en temps normal, ça les obligerait à courir constamment à tous les systèmes et à les vérifier tous dix fois par jour. De même qu’un type pris de tics et de tocs va vérifier 100 fois qu’il a bien éteint le gaz chaque fois qu’il quitte son appartement. Une hyper vigilence est inhumaine. Nous avons besoin de décontraction, de confiance, sinon ce n’est plus de la vie mais de la survie.


    Surya me dit aussi qu’un patron devrait informer ses salariés des vrais risques et non pas permettre que s’installe un climat de confiance. Il y a de ça dans la pratique et dans toute la mesure de la charge maximale de stress de méfiance qu’un individu peur supporter. Mais lorsque nous jetons une vilaine saleté dans une poubelle, inscrivons-nous sur cette poubelle un mot de prévenance ou de sécurité à l’intention des éboueurs ?
    Lorsque nous appelons les pompiers pour qu’ils récupèrent notre chapeau perché en haut d’un arbre, est-ce que nous disons au brave qu’il prend trop de risques inutiles ?
    Lorsque nous permettons à notre chien de crotter un trottoir, est-ce que nous entourons le piège d’un dispositif épargnant les gens ? Lorsqu’il est écrit sur les bidons de produits qu’il ne faut pas les jeter dans les égouts et que nous le faisons quand même, est-ce que nous avertissons les opérateurs des usines de traitement des eaux qu’ils courent un danger ? Lorsque nous conduisons à moitié endormi, est-ce que nous mettons un bandeau signalant aux autres que nous sommes dangereux ? Lorsque nos freins sont usés, est-ce que nous hurlons aux gens de se garder de nous ? Lorsque nous avons le Sida, est-ce que nous nous précipitons pour prévenir ceux que nous approchons ?
    (A cette heure-ci, il n’y a encore que deux peuples au Monde où les gens portent un masque pour protéger autrui de leur contagiosité) 

    C’est cent fois par jour que nous mettons les autres en danger et que nous le dénions.




    Je cite ici quelques exemples pour montrer que la direction d’une usine à gaz cherche à maintenir une certaine méfiance (qu’ils appellent vigilence) mais vous verrez que ça pèse tellement qu’il y a une limite de charge impossible à dépasser.

    Déjà on n’entre pas sur un site classé sans passer par un poste de sécurité qui nous liste ce qu’il faut faire et ne pas faire. On gare sa voiture en reculant (pour pouvoir repartir vite sans manoeuvrer). Pas de GSM allumé (étincelles, rayonnements). Aucun objet dans les couloirs. Connaissance des point de regroupement, immeuble par immeuble.

    Un jour, sur le site Aventis d’Alforville, un sous-traitant s’arrête avec sa fourgonnette sur une des 36 allées de circulation. Là, il allume son portable, fume un clope et jette son mégot dans une grille d’égout. Un agent du site l’a pris en flag et il a été proscrit du chantier (un site est un chantier permanent). Les égouts d’un site industriel peuvent très souvent contenir des rejets inflammables.


    Panneau d’affichage avec le nombre de jours sans accident (record à battre).
    Chaussures de sécurité, casque et lunettes antiprojection à chaque entrée de labo. Aucun animal. Interdiction de courir pour rien. Interdiction de marcher ou de traverser n’importe où. Tout est balisé.

    Quand on intervient comme sous-traitant, on remplit une liasse indiquant cent choses dont les risques que nous prenons et les outils que nous allons utiliser. Aucune possibilité de faire tourner une machine sans une cascade d’autorisations et après que les chefs de labos aient purgé les circuits de tout gaz inflammable. Impossibilité de placer ou d’utiliser quelque dispositif électrique qui ne soit antidéflagrant.

    Je vais vous donner un exemple de stress élevé permanent. C’est chez Aventis. On y teste toutes sortes de produits pour des tas d’autres industries. Non seulement on doit manipuler des produits qui cassent des chromosomes en enfilant deux paires de gants de nature différentes mais on doit aussi préserver la virginité ou pureté des produits qu’on teste. Si l’on a besoin de tester un rouge à lèvre sur la peau d’une souris, cette souris doit avoir passé toute sa vie sous bulle stérile. (une souris blanche de haute catégorie peut coûter 1000€) Or il faut bien les nourrir ces bestioles, il faut laver les cages, il faut entrer, sortir de cette zone spéciale. Bin c’est hyper tendu pour le personnel et en permanence. Ils sont donc une très petite équipe ; Ils savent que moins ils sont nombreux, moins il y a de risques de fautes et de pollution externe.
    Dans cet endroit, il y a des « primates non humains » des singes donc. Eux aussi mis sous bulle depuis leur naissance. C’est glacial de propreté. Façon 2001 d’Odyssée de l’Espace. Les cris des singes résonnent car les sols, les murs, les plafonds sont archi vides de toute chose et lisses comme des miroirs. Et dans les pièces périphériques aux vitrages fixes et entièrement dépolis, se trouvent les salles de dissection avec une paillasse centrale comportant des rainures pour les jusn un scialytique et des paillasses périphériques pour les instruments d’observation.
    Chaque fois qu’on entre dans cet endroit c’est parce qu’on a une très bonne raison car les 98% des autres employés de l’entreprise n’y entrent jamais. Partout des panneaux en interdisent l’accès. Et quand on doit absolument y entrer, il faut 30 minutes pour revêtir une panoplie de fringues spéciales et jetables.


    Toute la vie sur site des employés de ce genre d’endroit est programmée, enregistrée et contrôlée. Ils opérent comme des zombies, ils ne doivent pas se laisser aller à de la rêverie ou de l’improvisation. Du coup, ainsi placés sur des rails, ils sont incapables de réagir à quelque chose qui n’a pas été prévu ou nomenclaturé. Si leurs pensées allaient par exemple à s’interroger sur le mauvais sort fait aux animaux, non seulement ils feraient des erreurs mais ils plomberaient l’ambiance déjà pesante. Celui qui exprime une pensée libre est blâmé par ses collègues et sera écarté car considéré comme non fiable donc dangereux. Le rigorisme des procédures de sécurité permet donc à la direction de contrôler son niveau de qualité directe mais aussi d’empêcher les états d’âmes de survenir. On est tellement stressé par les mesures de confinement et de sécurité qu’on ne peut pas se poser des questions supplémentaires. 

    Et il y a moins de dépression dans les environnements où règne un rigorisme de sécurité disons physique et au profit de l’employé que dans les compartiments de l’entreprise où la sécurité va surtout à protéger les seuls intérêts de l’entreprise et ses secrets.



  • easy easy 18 mars 2011 16:12

    Pauvre Furax, vous ne comprenez probablement pas pourquoi JL vous cherche poux.

    En ce moment de basculement de l’axe du Monde, JL considère impératif d’établir que je suis sophiste. Alors quand il a vu votre avatar gris clair, son cerveau a cru reconnaître le mien d’où sa très rapide saillie. 
    La sophistique, la confiture, il devait déballer tout ça à la va-vite au risque de s’étaler et s’est effectivement trompé de personne.

    A moins qu’il vous ait correctement identifié mais que son obsession à traiter de sophistes trop de gens à la fois aura fini par créer quelque surchauffe dans son esprit et que ce lapsus n’en serait qu’un des indicateurs. 

    « Easy sors de mon corps » 

     smiley



  • easy easy 18 mars 2011 14:02

     C’est aussi l’occasion de dire un mot sur deux sortes de produits que nous utilisons.

    Il y a les produits de série et il y a les prototypes.

    Lorsque Renault lance la production d’une tite bagnole, alors que ça fait un bail qu’il fait des voitures, alors que le nouveau modèle ne diffère du précédent que par son design, alors que des prototypes ont été fabriqués, alors qu’il y a eu des centaines de corrections faites sur présérie, il se produit encore des centaines de problèmes différents.
    Et malgré toutes ces corrections, le constructeur se retrouve parfois à devoir rappeler des véhicules en circulation parce qu’il a découvert un lézard passé inaperçu pendant des années.



    Contrairement aux ordinateurs, aux montres, aux brosses à dent et aux voitures, les usines sont toutes des prototypes.

    Chaque centrale nucléraire est un produit unique dont la construction a tenu partiellement compte des avanies des centrales précédentes mais qui est encore bourrée de défauts.
    Il faudrait donc une grande conscience des opérateurs pour rechercher, pendant son fonctionnement, ce qui pourrait passer à la panne et refuser de s’endormir sur le ron-ron des moteurs. 

    Or une obsession de recherche de risque est hyper stressante et est incompatible avec le discours rassurant qu’on doit tenir aussi bien vis-à-vis des populations que vis-à-vis des employés de la centrale.

    Et si par extraordinaire l’on appliquait une politique de mise en examen constante d’une centrale, il faudrait que son enveloppe pécuniaire de « travaux modificatifs » soit sans limite.

    Une centrale nucléaire ne devrait jamais être confiée au secteur privé.



  • easy easy 18 mars 2011 12:54


    J’aime beaucoup ce papier.

    Surya aborde un sujet inédit, celui des tests à faire en France et de leurs éventuelle mise en vrille.

    Un test peut toujours partir en vrille. C’est d’ailleurs pour ça qu’on limite leur nombre et leur ampleur.
    Mais bon, c’est le jeu du progrès. Quand on a fini un pont, on doit le tester et on y place des charges, des surcharges. S’il casse bin...

    On limite toujours l’ampleur des tests sauf si on peut les réaliser en conditions plus sûres.
    L’exemple le plus ordinaire et parlant est celui du test des bouteilles de plongée. Régulièrement, il faut les faire rééprouver. Le testeur, au lieu de surgonfler la bouteille avec de l’air et en plein air, le fait en piscine, la bouteille étant immergée. Et au lieu de la remplir d’air comprimé, il y injecte de l’eau sous pression équivalente. Si la bouteille est fêlée ou rouillée, elle casse sans aucune explosion. On voit, sous l’eau, la bouteille s’ouvrir avec un léger poc et voilà. Le client se retrouve à devoir se racheter une bouteille neuve, rien de grave. Alors que si cette bouteille avait explosée remplie d’air à 200 bars pendant que le plongeur respirait avec, bin....très bobo. 

    Dans un bâtiment, quand on doit tester les systèmes incendie, on ne met pas le feu au bâtiment, on utilise par exemple un fumigène.

    Il y a énormément de tests probants qui sont effectués de manière pourtant décalée et non dangereuse.

    Mais il va de soi que quand on teste par exemple un circuit de mise à la terre ou un circuit sous tension, on doit d’abord prendre certaines précautions, en particulier d’isolement du système en question.

    Certains systèmes, surtout quand ils sont lancés en production, ne peuvent pas être isolés (un haut-fourneau ne doit jamais être arrêté sinon il est perdu) 
    Les tests, dans une usine, dans une centrale, surtout nucléaire, se heurtent à cette impossibilité éventuelle d’isoler un dispositif du reste. On est alors « tenté » de faire certains tests sans isoler. C’est à peu près ce qui s’est passé à Tchernobyl et hélas, une cascade de problèmes ont mis le feu au lac. Pour éviter ce risque, bin on évite ce genre de test dangereux et on se contente d’évaluations. (On fait sauter une bombe atomique sous terre ou dans l’océan et on évalue les résultats en les corrigeant de ce contexte spécial) 

    Si l’on envisage de tester la résistance à la pression statique interne d’une enveloppe de coeur nucléaire, alors qu’on aurait pu faire un test analogue à celui des bouteilles de plongée avant la mise en route de l’usine, on voit qu’il n’est plus possible de le faire après sa mise en service. C’est donc par toutes sortes d’autres moyens qu’on va estimer sa solidité et non l’éprouver. On va d’abord la « regarder » avec des robots qui remarquent les pailles et fêlures, qui contrôlent les épaisseurs, On va sonner, comme une cloche d’église, pour détecter une anomalie de résonnance, on peut aussi faire des prélèvements de petits échantillons, etc.

    Idem pour la grosse structure en béton, on ne peut pas la soumettre à un tremblemen,t de terre artificiel de force 8 mais on peut lui faire subir un petit tremblement et vérifier comment chaque endroit réagit.

    Au total, on fait tout ce qu’on peut pour tester et corriger. Dans certains détails on garantit 100 fois le risque et on s’évite 1 000 000 accidents par jour mais dans le global on reste forcément en deçà des conjonctures accidentelles qui ont toujours de quoi nous surprendre un jour ou l’autre. 
    Quand je dis global, sur le plan des accidents, ce n’est pas seulement le global de l’usine qui importe mais aussi le global de son environnement proche, le global de ses employés, le global météorologique, le global politique, etc.

    Une voiture très sûre, pilotée par un ivrogne ou un type en colère, ça donne une situation globalement dangereuse. 

    Concernant Fukushima, je ne serais pas étonné d’apprendre plus tard, qu’une accumulation d’incuries, de négligences et de radineries ont favorisé cet accident.



    Un test c’est toujours de l’argent.
    Une amélioration c’est toujours de l’argent.
    Du bon personnel en nombre suffisant, c’est toujours de l’argent.

    Mais nous trouvons tous que notre note d’électricité est trop élevée n’est-ce pas ?



  • easy easy 18 mars 2011 11:52

    Je n’aime pas prendre les autres pour des cons. Je n’ai pas envie de penser qu’il y a des gens qui ne se rendent pas compte.

    A observer les prisonniers des camps nazis ou de nos prisons, on irait vite à se dire qu’ils n’ont pas l’air conscients de leur mauvais sort. Ils font la lessive, ils papotent du goût des frites, ils fument un clope, ils dorment, ils pissent et chient comme d’hab. Ils sourient même parfois.

    Effectivement, on a l’air con quand on est jeté en tôle et habillé en pyjama rayé ou fluo. Quand on n’a même pas de lacet. Quand on n’a même pas la possibilité de se suicider. On a l’air de ne penser à rien d’intelligent. On a l’air d’être stupide, inconscient.

    Les gens qui festoient dans une cantine de centre commercial s’accommodent de leur misère pécuniaire et embellissent leur sort par aveuglement réflexe. Il faut aimer le peu qu’on a pour ne pas devenir malade de jalousie. Quand on ne peut pas se payer des restos Michelin, on fait avec les Pizza d’el Arte et on joue à trouver ça chouette. C’est un jeu coûteux en énergie mentale, comme tous les dénis mais c’est ça ou la dépression ou l’envie de tout casser.

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