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59 ans
Eurasien
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  • Premier article le 17/11/2009
  • Modérateur depuis le 16/07/2010
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  • easy easy 19 mars 2011 20:38


    Gilbert Collard nous dit « S’il n’y avait Marine Le Pen qui ose exprimer haut et fort le non-dit d’une France exaspérée d’être ignorée... »

    Il nous ressert donc une variation en Elle de l’air plus connu en Il « Il ose dire tout haut ce que les gens pensent tout bas »

    Cet air fait son petit effet depuis une trentaine d’années et je n’ai pas connaissance qu’il ait été chanté avant.

    Le fait d’oser dire tout haut ce que les gens pensent tout bas serait donc si extraordinaire qu’il mériterait d’être souligné même par un ténor de la rhétorique du haut vol.
    Comme je ne vois pas en quoi dire quelque chose, quelle que soit cette chose, serait extraordinairement courageux, je me vois obligé de comprendre que l’extraordinaire se trouve surtout dans le fait que les gens pensent tout bas.

    Qu’est donc ce mystérieux touba ?

    Comme le propre du touba est d’être non-dit je ne spéculerai pas sur sa consistance précise.
    Mais selon une large optique, je crois pouvoir avancer que le touba est une pensée traditionnellement honteuse. Selon une optique encore plus large c’est une pensée non chrétienne et selon un optique encore plus large, c’est une pensée non méditerranéenne.

    Car il faudrait aller chercher bien au-delà de la méditerrannée ou bien au-delà de nos 5000 ans pour trouver du touba en abondance.

    Dans la culture commune aux Italiens, aux Grecs, aux Français, aux Iraniens, aux Espagnols, aux Marocains, aux Libanais et autres Egyptiens, il est demandé, depuis 5000 ans, de surmonter sa peur de l’autre et de s’enrichir de ses pensées. Depuis 5000 ans, il nous est demandé de nous élever, d’aller vers une position moins bestiale, moins reptilienne.

    S’il y a une région du Monde où les gens se sont creusés la tête pour s’élever dans le sens de l’acceptation de l’étrange, dans le sens de la curiosité (qui peut aller jusqu’à explorer la souffrance par le biais de la torture, qui peut aller jusqu’à faire remonter à la surface des souvenirs enfouis par hypnose) ; s’il y a une région du Monde où l’on a toujours recommandé d’aimer l’étrange, la connaissance et donc la découverte (allant jusqu’à jouer avec tous les feux, jusqu’à explorer tous les recoins de la vie, jusqu’à disséquer tout ce qui vit, jusqu’à explorer les abysses les plus profonds et les astres les plus éloignés...) ; s’il y a une région du Monde où 50 peuples ont échangé, partagé et métissé cette aspiration à s’élever au-dessus de la barbarie, c’est la région méditerranéenne.

    5000 ans d’Histoire attestent que dans cette région chacun a constamment fait des efforts pour surmonter son reptile et il a été possible de cohabiter entre différents parce qu’on l’a toujours voulu. De cette extraordinaire cohabitation babélienne, il a résulté d’innombrables frictions, ras-le-bol, colères, hystéries et massacres familiaux, mais la constante culturelle est restée à toujours dépasser son rampant, son cerveau du bas, son reptile, ce cerveau primitif qui ignorait toute notion d’effort sur soi, toute notion de fraternité universelle. Pendant 5000 ans, les méditerranéens ont fait de ce qui leur restait de réflexes reptiliens un tabou.

    Et depuis un siècle que le Monde apparaît aux Babéliens comme étant de plus en plus fini, leur tabou va à s’inverser et à devenir ce fameux touba qui réclame à pouvoir être dit touho.

    Le courage dont il est question c’est donc le courage d’inverser des valeurs millénaires.



    Jusque là, tant que le Monde paraissait infini, faire du touba un tabou exigeait des efforts intellectuels, moraux et éthiques, des centaines et des centaines de conférences, de majlis, de palabres, de conciles et d’articles de paix épuisant les cerveaux les plus courageux. Ca exigeait aussi de rechercher constamment des manières de vivre ensemble sans se foutre dessus et il a fallu essayer toutes les formules de gouvernement, dont la démocratie.

    De cette mannie de rechercher tout le temps à résoudre des problèmes de plus en plus complexes, à en inventer même quand il en manquait, de cette habitude à s’échanger les recettes et les formules, de cuisine, de chimie, d’architecture, de musique, il a résulté dans cette région, un foisonnement d’innovations techniques et de développements artistiques unique au Monde.

    Tout, absolument tout ce qui nous reste et tout ce dont nous héritons de ces 5000 ans de quête commune d’une même trancendance visant à faire du plus étranger, même d’un Martien, un être envers qui on ressent une fraternité, un être avec qui on a envie d’échanger, nous vient de cette volonté commune de faire de notre touba un tabou.


    Tout ce dont nous héritons contient la marque de cette difficile quête. Tout ce dont nous héritons prouve que nous avons voulu fraterniser au-delà de notre reptile. Tout ce dont nous héritons est beau, complexe, mélangé, métissé, acrobatique, difficile à fabriquer et même à reproduire, parce que ça fait 5000 ans qu’on repousse nos limites, qu’on refuse la facilité.

    Et parmi les éléments culturels que cette obsession de la difficulté induit, il y a le romanesque, le sens du chevalier qui doit oublier le souci de lui-même pour défendre une veuve, un orphelin, à l’autre bout du monde. Un reptile ne peut pas concevoir ce genre de chose.


    Depuis environ un siècle, après le dernier sursaut orientaliste, le Monde leur apparaissant fini, les Français semblent vouloir en finir avec cette longue tradition. 

    Pourquoi pas.
    Bien ou mal, je n’en juge pas. Je ne crierai même pas à l’apostasie.

    Mais je dis qu’il n’est pas cohérent de fonder le renversement du tabou, de faire désormais du touba notre toubo en argumentant de nos carosses, de nos châteaux, de nos églises, de nos opéras, de nos vignes, de notre langue, de nos livres, de nos mignardises et de nos vergers, de toutes ces choses héritées et marquées du sceau d’une culture millénaire qui refusait le reptile et la facilité.

    Rejetons-les à la mer si nous ne nous sentons plus capables de résoudre les difficiles problèmes de cohabitation, mais n’invoquons plus aucune tradition, plus aucun dieu, plus aucune essence culturelle.

    Rejetons-les à la mer mais dépouillons-nous d’abord de tout ce que nous possédons et de tout ce que nous savons.

    Rejetons-les à la mer mais brûlons d’abord tous nos trésors.

    Rejetons-les à la mer, mais redevenons d’abord de sombres brutes.



  • easy easy 19 mars 2011 11:39

    Ah bin voilà une occasion de parler de l’assertion de Voltaire que chacun s’empresse de rappeler quand ça l’arrange.

    Je n’ai jamais lu d’analyse du geste de Voltaire. Il y a pourtant à dire.

    Fondamentalement, un individu ne fait une offre à quelqu’un que s’il ne craint rien de lui.

    Voltaire a dit qu’il se battrait jusqu’à la mort (contre un tiers), pour que son interlocuteur désigné (et lui seul) puisse dire ce qu’il veut.

    Voltaire était avocat.
    Les avocats des deux parties ne sont jamais d’accord ; c’est un fait en même temps qu’un dogme en même temps qu’une fatalité. Un avocat qui se lancerait dans une entreprise visant à empêcher l’autre avocat de s’exprimer, se disqualifierait automatiquement. Chaque avocat propose au président de censurer son adversaire mais c’est le président qui en décide. Un avocat qui ne respecterait pas cette procédure et qui chercherait à prendre la place du président serait viré.

    De plus, un avocat ne risque personnellement rien de la part de l’avocat adverse. Un avocat peut même donner de l’urticaire aux juges dont son client seul fera les frais.

    Les avocats sont experts en effets de manches et dans la bouche du très intelligent Voltaire, « se battre jusqu’à la mort » ne signifie pas qu’il irait jusqu’à se faire tuer pour que l’autre puisse dire (car il faudrait d’abord prouver que dire vaut plus que vivre). Ca signifie seulement que Voltaire se faisait un immense plaisir de parler, parler, parler, pour défendre le droit de l’autre de parler et cela jusqu’à sa belle et douce mort.

    Parler d’abord et parler plus, parler cher, parler haut, parler fort, parler jusqu’à son dernier souffle afin, soi-disant, de permettre à quelqu’un de parler. Voilà la plus belle stratégie rhétorique méditerranéenne qui soit. (Castro a pigé l’astuce) 

    Quelqu’un ? N’importe qui ? Certainement pas. Le très malin Voltaire aurait voulu dire qu’il se serait battu pour que n’importe qui puisse dire ni’mporte quoi, il aurait très bien pu le signifier explicitement. Non, Voltaire a désigné de son index celui à qui il accordait sa largesse.

    Sa largesse mais pas sa caution. Car en amont de tout, Voltaire pose qu’il n’est pas d’accord et il sait démonter tous les discours, y compris celui de Rousseau (qui a fini par couper court, par botter en touche).

    En Méditerranée, depuis 2000 ans, Ulysse, Hercule, Thésée donnant le ton, il y a toujours été de bon aloi de se poser en défenseur de la cause d’autrui plutôt que de la sienne. En Méditerranée, chacun doit dissimuler ses propres intérêts derrière une façade chevaleresque en recourant à toutes sortes de jeux de coulisses. Raison de plus quand on est avocat.

    Au total, il ressort qu’on ne joue cette tolérance que quand on est soi-même à l’aise, que quand on est soi-même une autorité. Ce geste de la part d’un Voltaire n’était qu’une profitable tartarinade et ne pouvait être fait que depuis la hauteur dont il disposait. Son assertion est surtout une tautologie.

    Par la suite, cette générosité de manche a été évoquée par des millions de gens selon deux cas de figure.
    Parfois par des gens se trouvant dans la confortable position de Voltaire et ils réitèrent alors sa farce en se posant en courageux et généreux archange sans rien débourser, parfois par des gens se sentant écrasés par des puissants et qui demandent à bénéficier de cette largesse tout en sachant très bien que c’est une tartufferie.


    En réalité on n’en a rien à cirer de pouvoir dire. La seule chose qui nous importe c’est de convaincre et d’avoir la main sur le sceptre, sur l’index.




  • easy easy 19 mars 2011 09:10

    Le mot nauséabonb, à force de le voir conjuguer à toutes les sauces, s’use très vite.

    A part ça, je ne partage pas votre analyse.

    Avant la cata, les assureurs qui assurent le Japon éparpillent leurs réserves un peu partout, ce qui valorise alors toutes ces autres choses, par exemple un immeuble à Paris.

    Dès que la cata apparaît au Japon, les assureurs voient qu’ils vont avoir 300 milliards à injecter dans le Japon en Yen, pas en quoi que ce soit d’autre qu’en Yen. Eux, et tous les autres opérateurs savent qu’il va s’opérer un transfert d’intérêt donc un change entre les autres valeurs conservées et travaillées avant la cata et le seul Yen, pour un montant à peu près cerné, mettons 300 milliards.
    Et pas plus. Pas infiniment plus.

    C’est la finitude, la précision relative de cette masse de 300 miliards à changer qui a permis à tous les opérateurs de déterminer d’un seul coup, sans trop d’erreur, quelle serait alors la cote la plus haute possible du Yen.

    Il n’y a strictement aucune vilainie dans tout ça.

    Avant la cata les besoins en Yen étaient banals. Après la cata, tous les sinistrés vont exiger des Yens livrés en cash et sur place (ils ne veulent pas d’un immeuble à Paris), Les assureurs vont donc devoir récupérer pour 300 miliards de Yen qui traînent à gauche et à droite, ils vont être recherchés, réappréciés il y a donc le plus naturellement du monde un changement de la valeur du Yen en même temps qu’une dépréciation d’autant des autres monnaies. 

    Et tout cela pendant que grimpe le prix de l’air propre, de l’eau propre, de la terre propre.

     



  • easy easy 19 mars 2011 08:48

    Les ressources de combustible nucléaire seraient proches de l’infini et équitablement réparties sur la Planète, cette voie aurait un avenir radieux même après 10 catastrophes et malgré ses poubelles toxiques pour le futur. Or ce n’est pas le cas.

    Quand on croyait le monde infini, la ressource se déduisait de la technologie. Mais depuis que le monde ressort fini, c’est la technologie qui se déduit de la ressource. 



  • easy easy 19 mars 2011 08:34

    Ca chahute, ça zigzague et ça tangue mais je vous suis.

    Vous savez, ce qui nous renverse depuis un moment, c’est de découvrir la finitude du monde.

    C’est d’ailleurs au même moment qu’on commençait à le découvrir qu’on s’est mis à fantasmer de l’agrandir en allant vivre sous la mer et sur Mars.

    Le monde étant fini, des concepts de l’époque où il semblait infini doivent tous être remisés.

    Alors qu’il est impossible de partager l’infini, le partage ressort éthiquement incontournable dans un monde fini.

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