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easy

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59 ans
Eurasien
Déçu

Tableau de bord

  • Premier article le 17/11/2009
  • Modérateur depuis le 16/07/2010
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Derniers commentaires



  • easy easy 22 juillet 2010 11:26

    Chère Iris,
    J’ai absolument besoin de croire en l’Autre. Ca m’est vital, sinon c’est le vide.
    Mais j’ai 58 ans et une vie très très remplie derrière moi.
    Que cette vie ait été régulièrement émaillée de preuves que les uns et les autres sont décevants, ça n’entre pas dans le compteur tant que par ailleurs il nous reste comme un ultime lot de consolation.
    Mais.. que ce lot de consolation devienne la Mère de toutes les déceptions et tout le reste refait surface.

    Alors, que l’un dans l’autre, je tienne le coup, en me disant qu’après tout, je n’aurais pas dû me faire autant d’illusions, oui. Mais je ne peux pas, quand je vois ce topic de Blartex, m’empêcher de raconter un de mes Gérard. Ca me soulage (Merci Blartex)



  • easy easy 22 juillet 2010 11:15



    Ohhh que je suis d’accord !!

    Bon ; Toujours mon cas. J’ai eu de la thune, en travaillant comme un menuisier plombier, carreleur. cuisiner.
    Récemment, suite à un crash, divorce etc. j’ai décidé de vivre avec peu. Tout en ayant une maison de 700m² (actuellement en vente) et où le laissais mon ex. vivre. j’ai loué une chambre de 6 m², je dis bien 6 m², contre un loyer toutes charges et conso incluses de 350€.. 160€ de courses bouffe chez Lidl, 40€ d’essence sans plomb dans ma moto (une Daystar, pas chère). Je me considère heureux et chanceux sur le plan matériel. Alors que je pouvais solliciter telle ou telle allocation, au minimum une allocation logement, j’ai décidé de ne strictement rien demander à quiconque. Je me démerde strictement seul. 

    Dans cet endroit (un château) situé à moins de 30 km à vol d’oiseau de ND de Paris, il y a un autre colocataire, philosophe et prof de piano. Arrivé dans les lieux avant moi, il paye, pour un grenier qu’il a rendu habitable, 250€. Il va presque tous les jours à l’autre bout de Paris et gagne 20€ par h de cours qu’il donne. Il a deux chats pour compagnie. Il s’ennivre de vin et de vidéos d’Elisabeth Schwarzkopf ou d’Anouhka Shankar et se dit parfaitement heureux sur le plan matériel (moralement, il oscille entre Trakl et Nietzsche). Et même s’il venait à vouloir se sucider, il ne lui viendrait pas à l’idée de venir exposer sa misère, ses soucis, son élégie sur un forum.

    Il a de la dignité et il est conscient que nous sommes très nombreux à nous sentir sur le fil du rasoir.

    Sur un forum aussi large que celui-ci, qui se veut journalistique, on peut venir parler de la misére du monde, des gens. Mais pas venir étaler ses propres malheurs, dire sa propre dépression. Il existe des tas d’autres forums ou endroits pour ça.



  • easy easy 22 juillet 2010 10:38


    Whafff ; JL, t’as le nerf crural de coincé, un début de zona ou un autre truc qui te fait mal quelque part ?
    On est là sur un topic sans importance nationale, on discute ici d’un des innombrables cas de gens dans la misère et tu crois que pour dire un mot à ce sujet, j’ai besoin d’inventer une histoire ?

    Les parcours des uns et des autres sont tous exceptionnels. Il n’y en a pas deux pareils. Mais le mien est particulièrement pas pareil.

    Le seul fait d’avoir vécu pendant 9 ans dans une ferme briarde en plein milieu d’une ville et à 15 bornes de ND de Paris constitue une rareté. Et si tu doutes de cette base, bin je peux livrer des photos ici. Une fois ce fait acquis, tu comprends bien qu’une telle situation attire plein de gens et provoque autant d’aventures humaines.

    Celle de Gérard étant celle qui m’a fait le plus chier au moment de vider les lieux mais à part ça, elle n’aura été qu’une toute petite partie des aventures qui se sont déroulées à cet endroit là. Et puis ça m’a servi de leçon, depuis je suis devenu aussi sage que vous autres qui ne donnez que des conseils mais surtout pas votre adresse ni vos clefs à un misérable.

    Concernant tes doutes techniques, toutes les réponses sont pourtant dans mon récit. Moi (enfin mon entreprise) était le locataire et cela pour un bail précaire de 9 ans (non renouvelable sauf miracle qui n’a pas eu lieu)
    Il m’était donc interdit de sous-louer. Le représentant du bailleur avait conservé un bureau sur place et voyait très bien que je logeais plein de monde mais il fermait les yeux, sûr que rien ne pouvait être officiel. (Pour bien se couvrir, il m’envoyait régulièrement des LR avec AR me rappelant que....attention, à terme du bail, il faudra VIDER LES LIEUX, remettre en état, etc.

    Chacun des habitants (il y avait aussi ma mère, ma soeur) recevait son courrier sur place et avait comme justificatif de domicile officiel, sa facture France Télécom. Sans avoir de bail officiel, chacun y avait donc domicile tout de même. Et Gérard, quand il s’est pointé au commissariat pour déposer plainte, il n’a pas eu devant lui un flic ayant pensé à lui demander son bail. Un gus se pointe au comptoir et dit que son domicile a été violé et il désigne le violeur, bin le flic note la plainte et plus rien ne l’empêche d’aller jusqu’au tribunal. D’autant que sur sa carte d’identité il pouvait très bien avoir mis l’adresse de la ferme.
    Comme il ne m’est jamais venu à l’idée de contester la réalité de la « domiciliation » de Gérard, bin cette domiciliation n’a jamais été remise en cause.
    Tu peux comprendre que je ne pouvais même pas imaginer de dire : Quoi ? Gérard ? Habiter chez moi ? Je ne l’ai jamais vu, je ne lui ai jamais fait de bail, il est fou !
    J’ai évidemment reconnu qu’il y habitait depuis des années (que tu payes ou pas un loyer, n’empêche pas d’habiter"

    Alors, in fine, le juge a compris ma situation et il a compris que Gérard avait surtout besoin d’être réparé en dignité. J’ai donc eu à faire de plates excuses et c’est tout. 
    Je m’étais cassé le cul pour rendre habitable un local. A part les premiers mois où il me versait un loyer symbolique, le reste du temps, il y a vécu à mes frais. Ensuite je me suis à nouveau cassé le cul pour remettre les lieux en l’état d’origine. J’ai bossé pendant toutes ces années où il poétisait et au bout du compte c’est moi qui ai dû lui demander pardon.

    Mais n’hésite pas, si un autre truc te semble clocher, vas-y, interroge-moi encore, j’en ai sous le pied et j’ai besoin de vider mon sac.

    Je ne connais pas Blartex, mais quand j’ai vu son histoire, j’ai eu trop envie de raconter mon Gérard.

    Et j’en ai un paquet d’autres du même genre. Quand je me décris comme étant un eurasien déçu, bin c’est que je suis essentiellement déçu. Et là, c’est la première fois, depuis que je suis sur AVox, que je raconte une des raisons.
     
    Aujourd’hui, gentil, moi ? Non, je pense que non. Autrefois peut-être, aujourd’hui, déçu, seulement déçu, fatigué de l’homme.

    Le champagne je n’aime pas et le caviar j’en ai mangé 1 cm3 dans ma vie. Pour les langoustes et les huîtres par contre, j’avoue, j’ai péché et pêché.



  • easy easy 22 juillet 2010 09:30

    Avant 1996, je louais une ferme Briarde à une milliardaire. C’était à 15 km à vol d’oiseau de Notre-Dame de Paris. Il y avait plus de 1000 m² habitables et des parents, des amis sont venus, qui loger dans un coin, qui faire de la peinture, ou des tricots dans un autre. Chacun me versait une participation symbolique (mon entreprise assumait le gros des dépenses, alors...)

    Un jour, un beau-frère, me demande si je ne pourrais pas trouver un coin pour un de ses super potes dans la galère. 
    Mince, grand, frisé comme un mouton Astrakan, ce Gérard Dell....est effectivement super sympa. Il gratouille de la guitare ; il écrit des poèmes, il fume ; vraiment sympa. Il n’a pas de boulot mais affirme qu’il en cherche et me dit qu’il peut me donner le quart des allocs qu’il touche. Alors je l’installe dans un lotf de 50 m² (50m² contre l’équivalent aujourd’hui de peut-être 100 €, toutes charges, taxes et consommations, place de parking dans la cour incluse. 

    Quelques mois passent sans problème particulier, mais au fil des conversations, je comprends que Gérard ne veut pas travailler. Car dans l’intervalle, là, sous son nez, dans mon entreprise, il y avait 10 gars qui turbinaient (dont toutes sortes d’éclopés de la vie et y compris un malade du Sida, mort depuis). J’offrais une chance à tous. Du travail, dans cet endroit, il y en avait et des moyens de le payer aussi. Mais Gérard estimait qu’il était indigne de travailler, d’engraisser un patron.

    Après, Gérard traînait à me payer, il décalait de plus en plus et reportait, « Le mois prochain, le mois prochain, je te promets... » Et il fumait et il poétisait ; Il écrivait des chansons. Et je l’encourageais en ne lui disant pas que ses productions me semblaient....élégiaques.

    Hors la bouffe, il vivait désoramais complètement à mes crochets (elle est bizarre cette expression)

    Et puis mon bail est arrivé à expiration, je devais partir de cette ferme. Je devais vider les lieux entièrement sinon je devenais redevable d’un surloyer-indemnité, même après mon départ.
    Malgré mes demandes répétées, le Gérard n’a rien fait pour partir. Ca devenait très pénible pour moi. J’avais de lourdes dépenses en réinstallation ailleurs et de remise en état ici, je courais dans tous les sens, j’étais sur les rotules mais le fait que Gérard ne veuille pas déloger allait me coûter quelque chose comme 20 000 € par mois dépassé dans avoir vidé. Je n’allais quand même pas appeler l’armée pour virer un ami aussi sympa n’est-ce-pas. Surtout quelqu’un d’aussi démuni, n’est-ce pas.

    Une semaine ou deux avant mon évacuation, tout était vidé et remis en état sauf le loft de Gérard, le malheureux. En son absence, (il était alors en vacances dans une station de ski) je suis entré dans son loft et j’ai remis en état d’origine tout en ne touchant pas du tout à ses effets personnels. Certes l’endroit restait donc encore occupé par le gentil Gérard mais sur le plan technique son local était redevenu comme lors de mon entrée dans les lieux (plus de Vélux, plus de point d’eau, plus de prises de courant, plus de radiateur)

    Et bien quand il est rentré tout bronzé, le Gérard, il est allé porter plainte à la Police pour violation de domicile. Bin oui, ce n’est pas parce que t’es pauvre qu’on doit te manquer de respect et se permettre d’entrer chez toi comme dans un moulin et déséquiper ton logement. C’est dégueulasse, scandaleux ! C’est ce genre d’abus hyper abusifs qui poussent les gens à bout !
    Devant un juge de conciliation, j’ai dû m’expliquer de ma très grande faute et présenter mes plus plates excuses à Gérard.

    Depuis, je fais comme vous qui sembez être nés sages.

    Désormais, quand je vois un type qui expose sa situation misérable, je lui écris un petit mot, je lui donne un conseil, je lui mets un peu de musique. Mais je ne lui donne jamais mon adresse.

    Ce n’est pas la seule chose qui m’ait déçu dans la vie, loin de là, mais ça en fait partie.

    Tiens, tout de même, il y a deux personnes qui ne m’ont pas déçues et c’étaient des Normands, des Picards. Un Georges Ed.... et un Jean-Charles Sallem.... Coucou à eux s’ils passent par ici.

    Au fait, cher Blartex, l’angoisse de la BAL, je comprends, j’ai connu ça moi aussi. Je te souhaite plein de bonnes choses.



  • easy easy 20 juillet 2010 23:31

    Bon, il est tard, ce topic arrive à son terme et j’en tire le bilan suivant ;
     
    J’ai essayé de démontrer qu’il était possible et souhaitable de faire la distinction entre notre allergie certaine et durable aux détournement de fonds publics (commis par les autres) autour de bricolages de situations familiales, et notre allergie peut-être moins généralisée et probablement évolutive (dans un sens ou dans un autre) aux pratiques sexe-amour-conjugaison-alliances d’autrui.

    Concentrés sur la question de nos pratiques intimes nous aurions alors pu faire l’inventaire des formules qui se pratiquent ici et là et dire, non pas comment on les juge puisque le sexe des autres est toujours sale et qu’on ne peut avoir que des jugements négatifs sur l’intime d’autrui, mais comment on pense que ça va évoluer et pourquoi

    (On peut être contre l’avortement mais estimer qu’il y en aura de plus en plus, ou l’inverse. On peut être pour la cigarette mais estimer qu’il y en aura de moins en moins ou l’inverse. Moi, je suis plutôt du genre Roméo et je n’aime que Juliette qui m’aveugle de tout le reste, mais je pense que je suis ringard et que les machines vont prendre une place de conjoint-partenaire croissante et dominante.) 
     
    Mais à part quelques rares intervenants qui ont essayé de travailler dans ce sens, en laissant de côté le problème des détournement de fonds publics tant il y a consensus dessus et en ne s’intéressant qu’à la question des pratiques amoureuso-sexuello-conjugales, les autres ont irrésistiblement profité de ce sujet pour dire tout le mal qu’ils pensaient de ceci ou cela (et surtout de quoi vous savez) 
    Il y en a même un qui voit dans ma démarche une intention de commettre un attentat, rien de moins.

    Conclusion. Il faut peut-être battre le fer quand il est rouge mais ne surtout pas en débattre. 

    Bonne nuit à tous 
     

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