On parle d’un système, pas de personnes. D’un système qui stigmatise à longueur de temps les « bénéficiaires » des services sociaux, où il est courant de « perdre » les dossiers, les pièces, etc. Où tu n’as pas les moyens concrets de faire respecter tes droits.
Sauf peut-être — pour répondre plus directement à @Sorenz — que les emplois aidés sont très souvent des emplois non seulement limités dans le temps, mais aussi dans la durée et la rémunération. Passé d’un RSA à un mi-temps au SMIC non choisi est assez loin de ce que je considère comme état de nature à sortir les gens de la merde.
Et j’en parle précisément en connaissance de cause.
Après plusieurs mois de recherches infructueuses et de demi-RMI (ce qui ne faisait vraiment pas lourd : je payais juste la connexion à Internet à une époque où Internet était encore rare et cher, mais était aussi déjà — et peut-être encore plus, vu le peu de connectés lambdas ! — une formidable source d’opportunités dont je refusais de me couper), l’ANPE m’a imposé un emploi aidé.
J’aurais pu voir ça comme une opportunité. C’était pour alphabétiser des adultes dans une association et franchement, mon diplôme bac +5 en psychologie sociale allait être bien utile pour ces gens et vraiment cela aurait été une expérience vraiment intéressante… sauf que…
Le job était à mi-temps, à 50 km de chez moi, sans voiture et avec des transports en commun plus qu’anémiques (un bus à 5 h 30 du matin pour l’aller et un autre à 19H pour le retour, 1 h 30 de trajet) et bien sûr, pas d’aide au repas ou quoi que ce soit. Il était assez facile de calculer que d’aller à ce job me laisserait encore moins d’argent que mon demi-RMI, à moins d’être disposée à faire un seul repas par jour.
J’en avais informé l’ANPE qui m’avait simplement dit qu’ils n’en avaient rien à foutre de mes problèmes et que c’était ça ou la sanction.
C’est dire si je me suis sentie utile, appréciée, revalorisée et réinsérée dans la société.
Pour la petite histoire, juste à ce moment-là, un chef de projet que j’avais rencontré sur internet venait d’avoir enfin le budget pour m’engager pour un vrai job (autrement dit, un SMIC à plein temps, ce qui, rapport à mes qualifications… mais bon, je ne faisais quand même pas la fine bouche !) et avait diffusé une offre d’emploi à l’ANPE qui reprenait point par point mon profil… puisqu’elle avait été rédigée à partir de mon CV !
L’ANPE n’a pas diffusé l’offre et à convoqué directement sa sélection de candidats… où je n’étais pas ! Comme il n’y avait pas de profil qui collait bien, le chef de projet m’a appelée pour me demander pourquoi je n’avais pas postulé…
J’en ai déduit que l’ANPE n’en avait vraiment rien à foutre de ma gueule.
J’ai manqué rater le (bon) job, parce qu’au moment de la signature (mais vraiment au moment, quand tu as la plume qui touche le papier !), le comptable a tout arrêté, parce qu’en fait, ayant déjà eu un micro job dans les 24 mois précédents, je n’étais pas éligible à cet… emploi-jeune. Donc, de nouveau un emploi aidé et de nouveau, un truc à critères non professionnels.
Il y a eu une très longue discussion entre membres de la direction pendant laquelle j’attendais dehors en me décomposant, puis, finalement et assez miraculeusement, mes qualifications ont prévalu sur le fait que je n’étais pas un profil à salaire discount… mais ça a vraiment été de justesse.
Et grâce à ça, j’ai pu envoyer chier l’ANPE et son job à m’enfoncer dans la misère !
Et ça, ce n’est qu’un exemple parmi plein d’autres… mais c’est le mien.
Les emplois aidés ont beaucoup contribué à la stagnation, voire à la régression salariale. Devant la masse de public éligible (ça se compte en mois de chômage et non en années d’expérience ou de formation…), les employeurs n’ont eu, en effet, aucun problème à sélectionner des profils très qualifiés (voire surqualifiés) pour des postes totalement sous-payés. Bizarrement, quand il s’agit de job payés d’office moins que le SMIC, le fait d’être bardé de diplômes ne pose soudain plus beaucoup de problème.
Ce qui sort les gens de la mouise, c’est l’argent. C’est une évidence qu’il est bon de rappeler. Et ce qui les sort vraiment de la mouise, c’est la perspective de l’argent à long terme, le fait de pouvoir faire des projets.
La plupart des contrats aidés, en vrai, n’apporte rien de tout cela : à une écrasante majorité, les « bénéficiaires » reçoivent suffisamment peu d’argent qu’ils restent toujours sous le seuil de pauvreté et qu’ils doivent continuer à faire la manche auprès des services sociaux, ce qui est, comme chacun le sait, un processus particulièrement valorisant, enrichissant, incluant et propre à reconstruire l’estime de soi.
En plus de cela, ils sont toujours à durée limitée, donc, ta meilleure perspective, c’est de rester dans la merde, sachant que le plus souvent, les jobs en contrat aidé, vu leur valeur ajoutée sur le marché du travail, tu as bien intérêt à bien les oublier ensuite sur ton CV à trous !