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slashbin

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  • slashbin 6 janvier 2007 06:35

    Passer par des avis, bien entendu que cela est utile si cela peut améliorer le travail. S’en servir comme publicité est autre chose.

    Je suis critique et peu constructif. Sans doute est-ce vrai. Et je joue sur les mots car il me paraît important de savoir clairement de quoi on parle, or j’avoue que quand je vous lis, ce n’est pas toujours évident. D’autre part, vous écrivez beaucoup, vous annoncez déjà les prochaines révolutions (d’où le fait que certains vous qualifient de visionnaires), mais on reste au final sur sa faim, et ce je dirais pour deux raisons principales.

    1. Ce savoir unitaire que vous cherchez, et qui si je résume correctement, combinerait science et philosophie, semble illusoire. S’il est possible de philosopher sur les sciences, et si d’une certaine manière la philosophie des sciences (même inconsciente, s’il ne se pose pas de questions dessus) qu’a un chercheur influence sa méthode de travail, je vois personnellement mal comment fusionner ces deux démarches. Le champ scientifique est devenu si vaste que sans en sortir, nous allons déjà vers une fragmentation du savoir, au risque de produire des hyperspécialistes, et des hypertechniciens, sans guère alors de pouvoir d’imagination, ce qui serait effectivement une impasse. D’où l’interêt d’un dialogue scientifique pluridisciplinaire.

    Il est donc intéressant de se demander comment nous pouvons faire des sciences, et même ce que la science apporte, et les conséquences des avancées scientifiques sur la représentation du monde dans un sens plus global (pour reprendre un exemple simple, Galilée/Copernic ont ainsi bouleversé la représentation de la place de l’homme). On se rapproche certes du domaine philosophique, mais ceci ne crée pas pour autant une unité des deux démarches. Et je prétends même que l’histoire des sciences a justement eu tendance a gommer les tentatives d’unification. Qu’un dialogue soit utile, je veux bien l’admettre. Mais derrière cette pluralité des savoirs, peut-on percevoir un « tout » ? J’en doute, sauf à chercher un « plan » (terme à définir, mais disons proche de la notion de design comme dans l’ID), et là, je n’accroche plus. Donc en particulier je ne peux me résigner à votre annonce de la découverte d’un « dessein technique ».

    2. D’autre part, il ne suffit pas à mon sens d’annoncer. Encore faut-il savoir comment partir, et avoir un minimum d’intuition sur la démarche à suivre. Ainsi, pour tenter d’être concret, quand vous écrivez « La thèse principielle, c’est que la matière est une substance technique et qu’en analysant les savoirs dans les différentes disciplines, on verra apparaître un dessein technique à l’œuvre dans l’univers. », comment cette analyse peut-elle procéder ? L’observation ne suffit pas si on ne pressent pas ce que l’on cherche (même si on peut alors trouver tout autre chose). Quels ont vos axes d’analyses et les outils à même de donner accès à ce dessein technique. Et s’il n’existe pas, comme cette même analyse serait-elle à même de mettre en évidence cette « absence » ? Pour reprendre une autre analogie avec les mathématiques dans une de mes réactions à votre précédent billet, ne risque-t-on pas d’aboutir sur une proposition qui reste indémontrable, ni vraie, ni fausse, à moins d’établir une axiomatique plus forte ? Cette axiomatique risquant alors d’être ce dessein recherché, mais alors, nous n’aurions rien montré... Nous voilà en train de poser comme postulat de que vous auriez souhaiter démontré.

    Vous me dites aussi défenseurs des savoirs institués. Reste à préciser ici aussi le mot « institués ». Et se faire opposant à la quête d’un « tout », je dirais même d’un « absolu » (avec une possible conotation religieuse, qui n’implique pas cependant l’implication du divin), est-ce renoncer pour autant à toute remise en question du schéma de construction des sciences ? Alors que celui se révolutionne sans cesse, en dehors de cette quête. Pour revenir aussi sur mes interventions précédentes, dans ce billet et le précédent, l’explosion du stochastique, qui est sous-tendu par des lois de probabilités qui peuvent être déterminées, a profondément remis en question le savoir scientifique, depuis le fameux « Dieu ne joue pas avec des dés » de Einstein, en arrivant à Prigogine justement : « Nous pouvons rationaliser le hasard, affirme-t-il, et les racines de la probabilité sont dans la nature. » Et il est vrai que les impacts philosophiques existent, car par exemple, le libre arbitre est plus en accord avec ce principe qu’une science basée sur un pur déterminisme. Cela me semble faire ici partie de votre souhait de dialogue interdisciplinaire, dépassant les seules sciences de la Nature. Mais rien ici ne me pousse à croire au besoin, ni même à la possibilité, d’un supra-savoir qui engloberait tout.



  • slashbin 6 janvier 2007 00:56

    Ce n’est pas la première fois que la Russie engendre des génies des maths. Grigori Perelman n’en est que le dernier exemple. Avant lui, il y eut Sobolev, Tychonov, Kolmogorov, Tchebychev, Voronoï, Markov... et quelque par Dantzig, car s’il était américain, son père était russe. Son le premier coup d’éclat fut d’arriver en retard un cours à Berkeley, de noter 4 problèmes inscrits au tableau en croyant avoir affaire à un devoir, alors qu’il s’agissait de 4 problèmes non résolus, et de proposer la solution à 2 d’entre eux quelques jours plus tard, trouvant simplement le devoir un peu plus complexe que d’ordinaire. Dantzig a révolutionné (pour ne pas dire a inventé) la programmation linéaire avec la méthode du simplex... Dantzig est mort en mai 2005...



  • slashbin 5 janvier 2007 19:49

    Tout d’abord, merci pour les commentaires sur les 8000 signes, je ne me suis pas suffisamment plongé dans la charte et je n’était même pas au courant de ce point. La prochaine fois, j’écrirai deux réactions smiley

    Il est amusant de voir revenir le critère d’autorité en citant un professeur de philosophie des sciences, pour deux raisons :

    1) je critiquais justement les références aux « maîtres » dans les sciences dans mon précédent commentaire ;

    2) vous semblez prompt à dénigrer les institutions universitaires, en particulier françaises, sauf quand cela vous arrange dirait-on. Voyons, un peu de cohérence...

    J’ai brièvement parcouru le CV de votre référence, car être professeur d’université ne suffit à garantir le propos, et il me semblait d’ailleurs que vous étiez un fervent partisan de ce point. Soit. Il y a aussi beaucoup d’ironie en regardant votre référence, en particulier si vous connaissiez mon propre parcours, mais sachez que ce philosophe, belge de son état, n’a pas travaillé à Montréal (par contre, il a bien rejoint la ville rose). Quant à le qualifier de spécialiste de la philosophie des sciences, j’avoue avoir toujours eu beaucoup de difficultés avec les personnes de formation unidisciplinaire (philosophie) comme Kerszberg, et s’il faut citer des philosophes belges en science, je me tournerai beaucoup plus volontiers vers des personnages comme Gérard Fourez ou Dominique Lambert (tout deux croyants...). Non seulement ces deux personnes disposent d’une solide formation physique (doctorat) et philosphie (doctorat), voire plus, mais leur littérature est beaucoup plus abordable, laissant penser qu’en philosophie, ceux qui ont le plus à dire le disent souvent de manière intelligible... Une formation scientifique poussée en marge d’une formation philosophique me semble ici un atout (d’ailleurs, n’est-ce pas votre cas ?). Je serais en tout cas très curieux de connaître l’avis de Dominique Lambert sur votre ouvrage, mais je doute de trouver les mêmes éloges.

    « Quant à la quête d’unification, elle ne signifie pas théorie du tout mais correspondances entre les éléments du tout, de la physique à la société. Cela fait partie de la démarche philosophique et des échanges de savoirs. Vouloir isoler chaque discipline, c’est amputer la connaissance de manière arbitraire. Ensuite, que cette quête soit difficile je ne le nie pas »

    Il y a ici des éléments intéressants, mais décidément, j’ai du mal à vous lire. Je suis d’accord que l’hyperspécialisation est peut-être un mal de la science actuelle, et le dialogue interdisciplinaire permet souvent d’explorer des voies riches qui auraient été ignorées sans cette discussion. Mais je ne vois pas de « tout » derrière. Quand vous parler des éléments du « tout », à quoi référez-vous ? Ce « tout » existe-t-il seulement ? Et par dialogue interdisciplinaire, parle-t-on seulement de disciplines scientifiques ou traite-t-on d’un dialogue plus large ?

    Ouf, ce message ne fait que 3039 caractères.



  • slashbin 4 janvier 2007 23:06

    Pas besoin d’être athée pour être d’accord avec vous cher Zen. On sent chez Bernard Dugué une quête d’absolu, qui peut être qualifiée de religieuse même si aucune divinité n’est évoquée. Et la manière dont il exprime ce désir rappelle les propos de Jean Staune (qui n’ont été reçus comme crédibles), avec un langage moins accessible. Mais les interventions de Monsieur Dugué me donne le sentiment de tourner en rond. Appel à une révolution, invocation de grands noms, aucune pistes de travail développées (tout au plus des prémisses d’idées, mais en dehors de mots et d’un discours pompeux, aucune articulation claire pour être à même de commencer à travailler), quête de sens (ici le dessein technique), avec une place centrale de l’homme.

    Mais pour ma part, si révolution il y a, je doute qu’elle aille dans le sens espéré par Bernard. La notion d’unification des sciences, une théorie du tout, semble de plus en plus illusoire, et ce d’autant que s’il était possible de maîtriser l’ensemble du corpus scientifique il y a un siècle, la tâche semble à présent impossible. Les mathématiques étaient considérées comme pratiquement achevées au début du 20ème siècle. Il n’y a jamais eu autant de recherches et de pistes nouvelles qu’aujourd’hui.

    D’autre part, recourir à des « maîtres » dans la science est nier le déroulement de celle-ci. Les révolutions scientifiques sont contigentes des développements techniques et des courants de pensée. Sans instruments d’observation nouveaux, point de Galilée. Si Darwin n’avait point vu le jour, la théorie de l’évolution serait vraisemblablement née, notamment via les travaux de Wallace. L’idée était dans l’air, et ne demandaient qu’à être formalisée. Plusieurs s’accordemt à penser que la relativité aurait vue le jour sans Einstein, car la physique convergeait alors vers une révision de la mécanique. Et la révolution scientifique du 21ème siècle tient peut-être dans le stochastique, et ce grâce à l’apparition d’outils informatiques qui permettent de réaliser des expériences inaccessibles auparavant. Le seul scientifique vraiment hors du commun car en dehors de son temps reste selon moi , Newton, si l’on omet ses recherches largement oubliées de métaphysique, seules recherches qui n’ont données aucun résultat concret (comme par hasard, mais certains ont la mémoire courte...).

    Les théoriciens actuels d’une logique interne, surtout dans l’évolution, peine à donner ne serait-ce que des pistes expérimentables de réponses, et s’engouffrent dans des logorhées pseudo-philosophiques dont on se demande bien sur quoi elles déboucheront, mais jusqu’à présent, ce n’est pas très concluant, alors que des évolutionnistes comme Gould ont su mettre à mal le Darwinisme classique, notamment avec les équilibres ponctuées, qui montre d’avantage de contingence dans l’evolution que les seuls mécanismes de sélection naturelle, tout en trouvant des hypothèses vérifiables, comme des cataclysmes naturels (dont des traces sont de plus en plus visibles, et correspondent et époquent de « sauts » dans l’évolution). Or la force des révolutions comme celle de Gould à été de mettre la position de l’homme de côté, au moins un temps. Ce qu’apparemment Bernard Dugué est incapable de faire... Je n’ai pas lu l’oeuvre de Kant, mais il me semble qu’un retour à la raison serait parfois bénéfique...

    Monsieur Dugué, vous vous dites désespérément isolé devant bien des obstacles, mais pouvez-vous concevoir ne serait qu’un moment que c’est la conséquence d’une voie de recherche sans raison d’être ?



  • slashbin 2 janvier 2007 06:51

    Stephen Jay Gould, néo-darwinien, remarquait dans un article d’American Scientist, que toutes les révolutions scientifiques avaient pour effet de faire tomber l’homme de son piedestal, mais qu’il finissait sur un autre, car il était difficile pour l’homme de ne pas se sentir au centre de quelque chose.

    Dans sa critique du Darwinisme classique, Gould le jugeait trop anthropocentriste, et appelait à réfuter le concept de complexité croissante, l’apparition de la complexité, et non la simplification, étant plus l’exception que la norme. A la limite du manifeste, Gould appelait à accepter la contingence de l’évolution, et que si l’histoire se répétait, il est peu probable que l’homme (tel que nous le connaissons) apparaîtrait. Il est amusant de voir que parallèlement beaucoup de critiques contre l’évolution apparaissent justement du fait que l’homme n’y trouve plus suffisamment sa place. Bref, une théorique pas assez anthropocentriste pour certains, trop pour d’autres.

    En somme, nous sommes à une étape où la science amoindrit sans cesse la place de l’homme, et nombre de personnes, y compris de chercheurs, acceptent mal cette idée. L’homme doit rester central quelque part, idée clairement exprimée par Jean-Paul II dans son acceptation de l’évolution. On peut aussi se demander si cette crise de « sens » n’est pas aussi à l’oeuvre dans les propose de Staune, ou Anne Dambricourt (la logique de l’évolution). C’est aussi ce qui transpire des propos téléologique de Dugueux dans son long discours « Ni Bible, ni Darwin ». Sauf que jusqu’à présent, rien de concret n’est sorti de cette quête, si ce n’est des discours fort creux.

    La question est peut-être dès lors de savoir si ce qui pose problème sont les limites de la science (et elle en a), ou les limites de la place de l’homme dans l’univers, place sans cesse réduite par les avancées scientifiques.

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