"l’énergie consommée a toujours augmenté. Voir ce
schéma."
C’est précisément là le problème ; ce schéma ne pourra plus
fonctionner à l’avenir quoiqu’on fasse, en raison du déclin inévitable des
énergies fossiles.
« Le « meilleur calcul » me paraît beaucoup
moins simple à déterminer que ce que vous semblez dire.«
J’en suis tout à fait conscient.
« Rendre l’énergie plus chère (ce qui est le cas de
toutes les solutions alternatives) n’entraîne-t-il pas un risque d’explosion
sociale ?«
Absolument ! Si l’on ne devient pas plus raisonnable. Ce ne
sont pas les solutions alternatives qui proposent ça. C’est la pénurie prévisible
des énergies fossiles qui s’en chargera.
« est-il souhaitable de reculer devant les défis
techniques et se résigner à devoir diminuer l’approvisionnement énergétique ?
Est-il seulement possible de s’opposer à plusieurs siècles (millénaires)
d’histoire ?«
Que voulez-vous dire ? La société de consommation dans
laquelle nous vivons aujourd’hui est un épiphénomène tout à fait singulier dans
l’histoire de l’humanité. Elle est née il y a à peine un siècle et demi, avec
ce que nous appelons la révolution industrielle, grâce au charbon puis au
pétrole qui nous ont permis d’accéder au niveau de vie et aux avantages sociaux
que nous connaissons. Si ces sources d’énergie viennent à nous faire défaut,
c’est notre système économique et social qui sera bouleversé. Ça n’est pas nous
qui choisissons ; il est irréaliste d’espérer puiser indéfiniment dans un stock
non-renouvelable, donc fini. C’est tout simplement physiquement impossible.
« Question subsidiaire : vous y croyez vraiment à
votre « prise de conscience » ? Les dernières prises de conscience,
obligatoires, se sont soldées par quelques atrocités, non ?«
Je n’y crois pas. Je le souhaite, parce que c’est notre
seule chance d’éviter les atrocités que vous évoquez.
Incidemment, j’ai relevé cette phrase dans votre article
« Comment tourner la page… »
"Lauri Venoy, un autre norvégien veut
produire du carburant à partir de la liposuccion.
Il a déjà obtenu le droit de récupérer les 11 500
litres de graisse humaine produits par semaine par un hôpital de Miami, soit 550 000
litres de bio diesel pour un seul hôpital"
Vive Mac Do !
Plus sérieusement, c’est une blague de mauvais goût, ça !
Ça me rappelle le fameux film de science fiction
visionnaire, au titre très écolo de Soilent Green (Soleil vert), dans lequel
les cadavres étaient récupérés, à l’insu de la population, par la division
pompes funèbres d’une firme Internationale tentaculaire pour fournir en
protéines l’usine de sa division agroalimentaire. De cette usine sortaient des
biscuits devenus la nourriture de survie presque exclusive des citoyens vivant
dans une société de pénurie organisée par la dite Internationale !
J’ai relu votre article"Comment tourner la page du nucléaire, du pétrole et du
charbon" suite à votre invitation implicite.
Cet article me semble un peu optimiste sur la capacité des
énergies renouvelables, en qualité et en quantité, à se substituer aux énergies
d’origine fossile si je me réfère à ce qui est enseigné à l’École des Mines de
Paris sur ces énergies.
Les vidéos d’un cours captivant en 16 modules d’une durée
totale de 18h00, intitulé "Énergie et changement climatique : éléments
de base sur l’énergie au 21e siècle" sont disponibles sur l’Internet.
Les modules 7-1 et 7-2 d’une durée de 1h20 et de 0h50
portent justement sur les limites de ce qu’on peut, ou sur ce qu’on ne peut pas
attendre raisonnablement des énergies renouvelables. Je vous invite à vous y
reporter ; c’est très instructif.
Un seul bémol ; le conférencier voit en l’électronucléaire
un recours possible pour palier en partie au déficit énergétique que nous
allons de toute façon connaître.
Ceci n’entame en rien l’intérêt du reste de son discours et
de la qualité des informations qu’il nous présente.
La conclusion reste que nous n’échapperons pas à une
réduction très sévère de l’énergie à notre disposition, toutes origines
confondues.
Cet article pourrait être perçu comme alarmiste si la
catastrophe de Tchernobyl n’avait pas eu lieu et si de multiples d’incidents
plus ou moins graves ne s’étaient pas déjà produits ailleurs, en France et dans
le monde. http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_accidents_nucl%C3%A9airesOn a tous en mémoire notamment le nom de
Three Mile Island. D’autres incidents d’un niveau moins élevé, en particulier
en France, n’ont pas eu la même couverture médiatique. En Europe, les risques
sont d’autant plus importants et difficiles à gérer que la densité de la
population est forte. Lorsqu’on a sous les yeux la carte des sites
d’implantation des centrales en France, http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Nuclear_power_plants_map_France-fr.svg
on voit bien que,
sans même envisager le cas extrême d’un Tchernobyl bis une population
importante serait impliquée en cas d’accident majeur. Cherbourg,, Bâle-Mulhouse
et Colmar, les villes situées dans le couloir rhodanien Genève, Lyon, Saint
Étienne, Valence, Avignon, Nîmes par exemple pourraient être menacées par des
fuites radioactives (gaz ou fluides) mal contrôlées.
Avec la proximité annoncée du déclin des énergies fossiles,
on va certainement assister à une promotion sans précédent de
l’électronucléaire dans le monde. Mais le nucléaire n’est pas le seul domaine
où se manifeste une prise de risques inconsidérée. Dans l’urgence, nous allons
prendre de plus en plus de risques dans la recherche et l’exploitation des
ultimes gisements fossiles ; forages pas toujours bien maîtrisés à des
profondeurs de plus en plus grandes, on-shore et off-shore, exploitation des
gisements potentiels sous la calotte glacière du pôle Nord au risque
d’accélérer sa fonte et de perturber les courants marins,exploitation des schistes et des sables
bitumineux mettant en danger l’équilibre du milieu naturel et les nappes
phréatiques, recours à des techniques très polluantes pour obtenir des
carburants liquides à partir du charbon.
Toutes ces solutions temporaires à risques élevés ne feront
au mieux que reculer l’échéance d’une, deux ou trois générations ; tout ceci au
prix d’une dépense colossale en moyens humains et financiers qui nous fera
défaut au moment ou les stocks non-renouvelables de toutes ces sources
d’énergies approcherontde leur épuisement.
Le meilleur calcul serait évidemment de nous épargner ces
étapes intermédiaires hasardeuses et de consacrer ces moyens humains et
financiers à préparer une mutation profonde de la société vers une société plus
sobre en énergie. L’énormité du chantier ne devrait pas nous faire peur en regard
du péril qui nous menace si nous ne nous y attelons pas dès maintenant. Mais
c’est sans compter avec notre comportement addictif à l’énergie facile et avec
les intérêts des puissances économiques dominantes.
Notre seule chance serait qu’une prise de conscience rapide
de la population la pousse à reprendre son sort en main et à entreprendre par elle-même
cette véritable révolution de société en commençant par une réorganisation de
la vie économique et sociale locale.
L’analyse de J.M.J. me semble exemplaire, tant qu’il
n’aborde pas le domaine de l’électronucléaire, notamment quand il met l’accent sur
l’importance des ordres de grandeurs physiques et de l’échelle du temps à
prendre en compte dans les sujets traités. .
Effectivement, j’ai omis d’avertir les lecteurs sur les
risques d’un recours à la solution électronucléaire préconisée par J.M.J.
En plus de l’augmentation des risques induits par cette
solution (accidents et déchets), la multiplication de ce type d’usine est bien
loin de couvrir le déficit d’énergie découlant du déclin des énergies fossiles.
Cette solution connaîtra probablement aussi son pic, à un terme certes plus
éloigné, et ne ferait que reculer l’échéance du passage à une société utilisant
des énergies réellement propres.
Votre proposition me parait bien plus attrayante et sa mise
en application nous permettrait de nous dispenser de cette étape intermédiaire
hasardeuse. Il reste à faire un effort d’information considérable mais
fondamental pour qu’elle atteigne un seuil d’acceptabilité sociale pour la
communauté.