La thèse développée par
J.M. JANCOVICI selon laquelle la production de richesse est le produit
RESSOURCES-TRAVAIL (Travail Humain + Travail Machine), plutôt que
CAPITAL-TRAVAIL, comme les cours d’économie classique nous l’enseignent,
explique bien mieux comment fonctionne l’économie réelle. Le Capital étant
seulement une boucle interne au système de production.
Une tension sur les
ressources (matériaux et/ou énergie) implique une diminution des richesses
produites et donc une récession. Aux chocs pétroliers successifs correspondent
effectivement les périodes de récession que nous avons connues qui ont, du coup,
engendré le recours au crédit et l’accroissement de la dette.
Voir à ce sujet, son
intervention (très intéressante à maints égards) devant la commission d’enquête
du Sénatsur le coût réel de
l’électricité. Il explique très bien cette relation entre Ressources et Travail
:
Je ne dis pas quelque
chose de fondamentalement différent.
Les infrastructures
actuelles sont complètement inadaptées à la mutation imposée à terme à notre
société. Mais nombreux sont ceux qui sont encore mal ou insuffisamment informés
de la réalité des problèmes liés aux différentes sources d’énergie et à notre
trop grande addiction à celles-ci.
D’où ma conviction de la
nécessité que le plus grand nombre possible soit incité à s’informer
correctement et prenne au sérieux ce que signifie concrètement la fin de
l’énergie abondante et bon marché. Une fois correctement informés, alors les
citoyens pourront valablement se prononceret participer aux décisions dans les choix de société qui s’imposent.
Sans cela, ça risque de
se traduire par des émeutes parce que la plupart des gens ne comprendra pas ce
qui leur tombe subitement sur la tête ! .
L’énergie devient un vrai
problème pour l’humanité du 21ème siècle après avoir été uneréelle révolution dans le mode de vie d’une
petite fraction des terriens avec une accélération fulgurante au cours du
dernier demi-siècle. C’est vraiment très récent à l’échelle historique. Notre
addiction est telle que nous voilà désemparés quand nous réalisons qu’il va
falloir apprendre à nous passer des énergies fossiles qui couvrent 80% de nos
besoins et qui ont structuré l’essentiel de la société telle que nous la
connaissons aujourd’hui. Grâce à elles, les progrès de productivité dans tous
les secteurs, agriculture, industries, services et transports, ont permis des
gains de temps, les congés payés et les acquis sociaux. Les statistiques sont
éloquentes. Le déclin commence déjà à toucher la production pétrolière de
nombreux champs, suivie de la production de gaz et, dans une génération, la
production du charbon au rythme où nous exploitons ces ressources. Et dans un
monde où la population poursuit sa croissance, cela signifie que la quantité
d’énergie disponible par tête a déjà commencé à diminuer. L’important n’est pas
de savoir quand ces ressources seront complètement épuisées mais comment nous
allons gérer, dès maintenant, leurs déplétions respectives et de quelle manière
nous allons pouvoir réorganiser les infrastructures, les villes, les moyens de
transports, tant que nous en avons encore les moyens.
Cela nécessitera des choix,
et des choix avisés d’autant plus douloureux que les données essentielles sur
ce sujet, pourtant disponibles pour qui veut bien s’en donner la peine, sont
peu connues, mal comprises ou ignorées des milieux médiatiques et politiques, y
compris dans les milieux dits « écologiques ».
La première des priorités
est probablement d’inciter les citoyens à consacrer le temps nécessaire à
étudier les données du problème et le contexte dans lequel tout cela se joue.
Les données brutes sont une chose, mais elles sontinsuffisantes tant que l’on ne prend pas conscience des ordres de
grandeur et du rapport au temps dans lesquelles doivent être analysées et
comprises.
Des exemples ?Nous sommes pratiquement au plafond
techniquement possible de la production de pétrole avant déclin inévitable,
sauf à avoir recours aux non-conventionnels très chers ou à transformer du
charbon en carburant à grand frais ; 98% des transports, sur lesquels reposent
tous les échanges de marchandises, utilisent du pétrole. Existe-t-il une énergie
capable de le supplanter en qualité et en volume transposable en une ou deux
décennies ?
Les énergies
renouvelables à la mode que sont l’éolien, le solaire, les agrocarburants (qui
exercent déjà une réelle pression sur le prix des denrées alimentaires) ne
représentent actuellement à peine 2% des ressources en énergie primaire. Est-ce
raisonnable de penser, à supposer que nous en ayons la volonté et les moyens,
que leur développement pourra remplacer à terme les 80% d’énergies fossiles sur
lesquelles repose notre organisation sociale et économique ?
Le citoyen a un vrai
devoir d’information et de réflexion à remplir pour prendre conscience des
enjeux réels et participer activement aux choix de civilisation en toute
connaissance de cause.