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easy

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59 ans
Eurasien
Déçu

Tableau de bord

  • Premier article le 17/11/2009
  • Modérateur depuis le 16/07/2010
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Ses articles classés par : ordre chronologique













Derniers commentaires



  • easy easy 9 mai 2011 10:09



    «  »«  »«  ce sont des monstres sans conscience qui mênent le monde !  »«  »"

    Ca c’est l’antienne que nous l’aurons entendue des milliards de fois, que j’avais moi aussi, aussi bien que vous, chantée comme tout le monde.

    Jusqu’à ce que je comprenne que c’est en fait tout l’inverse.


    Les êtres sans conscience sont les chiens, les chats, les souris, les abeilles, les chevaux, les éléphants.
    Voilà les êtres qui ne savent pas si longtemps d’avance qu’ils vont mourir.
    Voilà les êtres qui ne se torturent pas l’âme d’une folle angoisse.
    Voilà les êtres qui ne projettent pas sur les autres leur trouille et leur panique.
    Voilà les êtres qui encaissent toutes les sortes de violence en solde de tout compte sans les renvoyer vers qui que ce soit sous quelque forme que ce soit.
    Voilà les êtres qui n’accusent, n’accablent, ne surchargent ni ne torturent.




  • easy easy 9 mai 2011 08:55

    Dieu aurait été avisé, il ne nous aurait pas donné de conscience.

    Le tout premier effet de cette conscience est de nous avertir que nous devrons mourir. Pour peu que nous considérions que ce n’est pas bien de mourir, la conscience de notre issue fatale nous torture l’âme et nous rend fous. Nous ressentons un besoin délirant de manifester notre angoisse en l’exposant de manière plus théâtrale et ça donne à la fois ce que vous exposez et le fait que vous l’exposiez.

    La solution que certains ont trouvée pour ne plus exploser de fureur, consiste à ne plus penser, à faire le vide. Cas du Za Zen.

    L’alternative à cette voie peut-être trop non-interventionniste, peut-être insuffisamment réaliste et généralisable, consiste à être éponge active des furies humaines. Etre éponge et non miroir, ça veut dire être là, en plein dans le chantier des furies humaines, pour absorber directement les coups, pour éponger les sangs et les larmes.


    Le Net, c’est à 99% du miroir, du bouclier qui renvoie les flèches vers d’autres.
    Chacun y déverse ses angoisses en espérant que quelqu’un les absorbera pour solde de tout compte mais en fait, chacun les réinjecte à son tour.





  • easy easy 8 mai 2011 14:36

    «  »«  »« En plus si je les couche il faudrait d’abord être sûr d’avoir obtenu leur consentement... »«  »"

    OOOooohhh ouiiii !



    «  »« Liberté - Egalité - Fraternité »"

    Bin c’est non seulement de chacun de ces mots qu’il faudrait discuter mais aussi de la raison d’être des devises.



  • easy easy 8 mai 2011 14:34

    Déçu par quoi ?

    Merci beaucoup de m’offrir l’occasion d’y répondre.

    Mais vous serez déçue
     smiley



    On ne peut être déçu que par ses illusions, sur soi et/ou sur les autres

    Nous sommes tous déçus par nos illusions mais les déceptions très bien partagées ne font pas relief, pas singularités, alors personne n’en parle (parmi les déceptions bien partagées il y a celle de notre immortalité, dont nous faisons le deuil progressif aux alentours de nos 30 ans)

    En général, quand nous parlons publiquement de déception, il s’agit ni de déception très partagée ni de déception d’ordre ultra privé mais plutôt de déception par rapport à un contexte. Et s’il y a déception par rapport à un contexte, à une société, à une culture, c’est parce qu’on aura vécu un changement brutal soit au sein d’un même contexte (quand un enfant subit le divorce de ses parents par exemple) soit parce qu’on aura changé de pays, de culture, de contexte. 

    Une grenouille placée dans une eau qui monte lentement en température n’est pas surprise. Alors qu’on est très déçu par de l’eau qu’on croit froide et qu’on découvre brûlante.
    Quand on est depuis son enfance dans la réalité de « Liberté Egalité Fraternité » on ne peut pas en être déçu. Quand on découvre cette réalité après avoir fantasmé dessus pendant des années, on ne peut être que déçu.


    Dans mon cas, il y a certes la déception due au divorce de mes parents mais c’est trop ordinaire pour valoir d’être dit. J’ai surtout vécu un changement brutal de contexte social et culturel à 15 ans 



    Commençons avec un cas qui n’est pas le mien :

    En 1960, en Martinique, des planteurs Blancs disposent encore d’ouvriers esclaves. Charles de Gaulle fait une visite éclair (sa femme ne sort même pas de l’avion) à Fort-de-France, y livre du rêve-de-France et invite les Antillais à venir en France pour y travailler.
    Ils vont être séduits et débarqueront à Orly (Depuis, il y a plus d’Antillais en Métropole qu’aux Antilles).
    Tout leur voyage étant organisé et groupé, à peine débarqués ils sont immédiatement mis en cars et envoyés dans un endroit dont ils n’avaient jamais entendu parler, Crouy Sur Ourq, à 100 bornes à l’Est de Paris. Surprise. Là, on les conditionne pour qu’ils ne se sentent plus dévolus qu’à des emplois peu qualifiés et qu’ils s’y tiennent. Eux qui croyaient qu’ils allaient désormais « marcher sur un tapis rouge » se découvrent attendus pour passer l’aspirateur. Ensuite Paris, l’hiver, le gris, le froid. Ces gens qui vont à l’enterrement-métro tous les matins (Pour un Antillais, tant de monde en habit de ville signifiait qu’ils allaient à un enterrement. Et tout ça sous terre). 

    Et c’est en France qu’ils découvrent qu’ils sont considérés comme des descendants d’esclaves et que les métros Blancs les méprisent « Des Français Noirs, ça n’existe pas, Bamboula, retourne sur ton cocotier »

    Et dix ans après cette dégringolade, ils découvrent que dans leur barre HLM, les souchiens se barrent et on y place des sous-antillais, des gens encore plus méprisés qu’eux.
    Voilà comment et de quelle manière les Antillais ont été déçus. 

    Ils sont donc passés d’un état d’innocence où ils ne savaient pas qu’ils étaient surtout des esclaves à un état de culpabilité quoi qu’ils fassent. 
     


    Dans mon cas, il y a également de ça mais avec des particularités qui rendent la chute plus vertigineuse.
    Jusqu’à 14 ans, à Saïgon, entre mon père Viet et ma mère Picarde, je regardais des dizaines de films du genre péplum ou Disney ou western, je lisais aussi Hugo, Zola, Sand, Ségur, les encyclopédies. J’avais donc énormément d’images de « mon autre pays » en tête.
    Or, en tant que fils d’un traître qui couche avec une colonisatrice, en tant que bâtard B/J, j’étais absolument rejeté par les hordes de gamins rieurs qui avaient les meilleurs raisons du monde de me prendre pour cible avec leur lance-pierre. Comme mes parents feignaient d’ignorer ma singulière problématique, je n’ai pu qu’encaisser et intérioriser. Du coup, je n’ai pas du tout investi mes transcendances en terre Vietnamienne.

    Je ne plantais mes espoirs d’un monde plus fraternel que dans mon monde intérieur illustré et argumenté de tout ce qui « venait de France ». J’étais bien plus familier avec Brigitte Bardot, Jeanne Hachette et Sainte Blandine qu’avec mes voisines. 

    Quand je suis arrivé en France, en 66, Il était hors de question pour moi d’être déçu de la réalité française puisque j’avais tout misé dessus et que j’avais coupé les ponts avec le Vietnam.

    Je me suis entêté à idéaliser la France et l’esprit occidental. Ca m’a amené à prendre toutes sortes de positions longtemps idéalistes, à la manière de Lancelot-Hugo-Verne-Dunant dans les livres. Tellement idéalistes que même les Français ne peuvent pas comprendre. 

    Quand je faisais connaissance avec Notre-Dame de Paris depuis Saïgon et grâce à Hugo, je pensais que tous les Français en caressaient les pierres avec les yeux mouillés. Une fois ici, j’ai été très choqué de voir des Français pisser dessus et chier autour.


    J’ai donc été fatalement déçu par la France et, contrairement aux Antillais, non seulement je ne pouvais pas réinvestir dans ce Vietnam qui n’avait voulu ni de moi ni de mes cadets ni de ma mère, qui n’avait surtout pas voulu l’Eurasiennité génétique (alors qu’ils adoraient la mixité et le syncrétisme culturels) mais je ne disposais pas du moindre support vietnamien pour réimplanter dedans. Les Antillais en France, se retrouvent entre eux et réimplantent leurs espérances dans la diaspora qu’ils forment (ce qui ne manque jamais de générer des inventions culturelles). Moi, je suis resté aussi isolé en France que je l’étais au Vietnam.


    Je vous remercie encore de m’’avoir posé la question.



  • easy easy 7 mai 2011 14:45

    Pour des raisons complexes mais tournant autour de l’angoisse de mort et donc du besoin d’immortalité, d’ubuquité et de surpuissance, l’homme a toujours cherché à exister en dehors ou en plus de sa carcasse. Et exister en adhérant en partie à une masse est un de ces moyens de se dépasser. 

    Coaguler, mais à quoi alors ? Bin, le plus logiquement du monde, à un coagulât visible et visuel. 

    Mais tout de suite vient alors à l’esprit la solution de coaguler tous à un même coagulât.
    Bin hélas, de même que l’individu existe en tant qu’il se distingue des forêts, des lézards et du sel, en tant qu’il se distingue des autres individus, en tant qu’il supporte à les aimer, les combats, un coagulât n’existe que s’il a de la concurrence.
    Il est même important, pour chaque coagulât, que les autres parlent le même vocabulaire coagulateur. La guerre ne devient vraiment excitante que si chaque clan a bien convaincu l’autre que c’est la guerre.

     « Ma vengeance est perdue, s’il ignore en mourant que c’est moi qui le tue » Hermione/Racine.


    Alors le foot est clairement l’endroit où l’on peut le mieux jouer de la coagulation sur arguments visuels. Sur les forums aussi on procède du coagulisme, mais en utilisant des arguments de sélection relevant d’idéologie, non de visuel (Morice et vous, le savez fort bien. Assinus assinum fricat)

    L’argument visuel est celui qui est le plus rapide et c’est donc le premier utilisé lors des batailles entre des masses ; Il est capital pour chaque camp que le rival soit le plus visiblement différent possible et quand ça ne peut se faire sur la peau, ça se fait sur l’uniforme et le drapeau.


    En dehors des guerres et en tant qu’adulte, où ailleurs qu’au foot, peut-on mieux manifester notre besoin primaire de coaguler ? C’est vraiment l’endroit idéal.

    Il y a les manifs qui sont également un superbe endroit mais il y a trop souvent un côté « coup d’épée dans l’eau » dans les manifs, au sens où l’on ne parvient pas à réaliser un face à face. En dehors de se retrouver face aux sempiternels CRS, dans une manif, on ne se retrouve que face à des spectateurs neutres ou à du silence. Ce n’est pas marrant.

    Sur un stade de foot, c’est hyper excitant car à la base du jeu on a déjà deux groupes de onze qui s’affrontent (avec un même vocabulaire, un même objectif de chacun d’exister en tant que partie d’un groupe vainqueur). Et, par bonheur, on a dans les tribunes aussi, deux groupes clairement marqués. Plus coagulo-excitant que ça tu meurs.


    Les Jaunes contre les Verts, les Bleus contre les Rouge et...en finale...les Blancs contre les Noirs...


    Le grand et unique coagulât humain surviendra quand un coagulât venu d’ailleurs cherchera à nous tuer. En attendant, c’est entre nous que nous exprimons notre angoisse de mort en formant des équipes. 

    « Formez des équipes » dit le prof de gym aux enfants.

    Affrontement et jeu se confondent dans toutes nos relations aux autres.

     

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