Pour l’expérimenter depuis plus de 20 ans, je dirais qu’après la passion, il y a toujours de l’amour, mais que, heureusement pour nous, il n’est plus aussi intense et absolu. Il y a la tendresse, la complicité, une sorte de fusion intellectuelle et sentimentale. Je crois qu’il y a aussi ce dialogue permanent cette danse de deux qui permet de s’ajuster sans cesse l’un à l’autre et d’évoluer en même temps.
Un couple qui ne communique plus est un couple mort. La vie nous façonne et nous transforme et sans cet échange constant, nous évoluons de manière différente jusqu’à n’être plus que des étrangers l’un pour l’autre. Il y a un juste équilibre entre l’aspect fusionnel du couple et la nécessaire indépendance de chacun des protagonistes : trop de fusion devient pathologique et mortifère, il faut des activités propres pour s’épanouir et d’autres communes pour se retrouver.
L’amour au long cours est une histoire de funambules. Toujours sur le fil, toujours précaire, il demande une attention de tous les instants et une certaine légèreté, aussi. La conscience aiguë que rien n’est définitif, rien n’est figé ou permanent, mais sans être rongé par la peur de perdre l’autre, de voir s’éteindre la petite flamme dans son regard. Et quand ça arrive, malgré tout, se rappeler tous ces instants, toutes ces années qui nous appartiennent à jamais.
Je ne crois pas que le principe de diffamation soit très bénénfique à celui qui se fait allumer. C’est surtout un moyen détourné pour pas mal de monde de faire taire par le pouvoir de l’argent des opinions ou des informations qui dérangent. Pour la diffamation comme pour le reste, quand quelqu’un balance sur toi, le plus simple, c’est encore de démontrer que c’est un gros baltringue.
Bien sûr que tout le monde joue avec les limites imposées de la liberté d’expresion et je ne trouve pas ça très sain. Outre-Atlantique, les fafs et les intégristes ne se sentent pas obligés d’avancer masqués et du coup, tout est bien plus clair et le débat n’a pas à s’embarasser de faux-semblants.
À mes débuts sur les lieux d’expression en ligne que sont les forums, je débattais au Village, donc. Il y avait de très nombreux débats qui portaient justement sur la modération du forum. J’ai longtemps tenu la position de la modération 0, c’est à dire du fait que tout le monde peut absolument tout dire, de n’importe quelle manière.
Ensuite, ma vision s’est affinée à l’épreuve des faits. Quand Fersan et ses potes ont débarqué, y pas mal de monde qui a demandé à la modération de les bannir et de leur couper le kiki. Effectivement, ça faisait un peu pollution de forum. Mais la plupart d’entre eux, même s’ils défendaient des idées qui me répugnent profondément, argumentaient sur le fond. On peut toujours dire qu’ils utilisaient les règles du jeu démocratique pour mieux l’enterrer. C’est absolument vrai : Fersan et ses potes se sont toujours ouvertement déclarés antidémocrates. Ils croient en la hiérarchisation des humains, à leur inégalité intrinsèque et il est donc logique pour eux qu’il y ait une classe sociale d’élite qui décide pour la masse de la populace. Cela dit, même s’il n’était pas franchement question de faire changer d’avis l’un ou l’autre camp, l’échange d’arguments m’a permis de mieux étayer ma propre vision du monde et de mieux comprendre en quoi elle était profondément incompatible avec la leur. Cette confrontation argumentée m’a fortifié intellectuellement et idéologiquement. On sort du « j’aime, j’aime pas », pour aller dans l’élaboration des idées et des discours. D’ailleurs, ils venaient débattre avec nous exactement dans le même but : fortifier leur argumentaire face aux gauchistes.
Par contre, il y avait d’autres intervenants, dans les deux camps, qui résumaient le débat à l’invective. Et soyons clairs, dès que l’invective arrive, le débat meurt. Et le forum va moins bien. Il ne peut y avoir de démocratie sans débat. Il ne peut y avoir de débat sans confrontation argumentée des idées. Un espace d’échange ouvert à toutes les opinions nécessite donc forcément des règles de fonctionnement, de bonnes pratiques respectées par tous pour pouvoir fonctionner.
Sur un forum, un blog, tu peux tout exprimer, mais pas n’importe comment. Sinon, c’est celui qui gueule/trolle le plus fort qui a gagné et l’idée même de démocratie qui a perdu.
D’où, après des mois de blabla, l’idée d’une charte de bonne conduite pour éviter les débordements agressifs et garantir, justement, à tous, la liberté d’exprimer ses idées. Et donc, la mise en place d’une modération garantissant la poursuite des débats, au-delà de la volonté de certains de tout noyer dans des océans de merde et d’injures.