Donc, si je te suis bien, on ne peut parler que de ce que l’on a vécu intimement, dans sa chair, de ce qui touche notre nombril ? En suivant ce raisonnement, il y a pas mal d’écrivains à jeter aux chiottes et que dire des politiques qui parlent du chômage, de la misère, du travail, de la frugalité et qui rentrent ensuite dans un 340m² bien placé au centre de Paris et qui règlent (avec le compte de la princesse) en un repas ce que beaucoup d’autres mettent plusieurs mois à gagner. Je viens d’une famille pleine de pudeur, qui souffre dignement et dans le silence. Une famille où l’on n’exprime pas les sentiments, comme si c’était de la merde qu’on étale sur les murs. Une famille, donc, où personne ne sait dire « je t’aime » où personne ne sait juste prendre un enfant qui souffre dans les bras, une famille où les bras, ça sert à bosser, pas à consoler.
J’emmerde la pudeur, la retenue et la dignité, quand il s’agit de traverser la vie comme un hall de gare, détaché, à pas pressés. J’aime me colleter à la vie, à la fureur, aux débordements du cœur et de l’esprit. J’aime que ça bouge, j’aime que ça vive, j’aime que ça crie, j’aime même la douleur, parce qu’elle prouve que tu es encore vivant ! Je trouve qu’on en crève de ne rien se dire, de ne rien partager, de ne rien s’autoriser à éprouver.
Non, je n’ai pas encore porté le deuil, parce que dans ma famille, on vit très très longtemps, mais t’inquiète, ça m’arrivera aussi. Cela dit, cela n’empêche pas l’empathie avec les autres, cela n’empêche pas de ressentir les choses, comme la peine abyssale de mes amis.
En fait, toutes les configurations sont possibles : j’ai vu des couples se déchirer la gueule et se détester cordialement pendant des décennies, mais sans être jamais capables de passer plus de 2 jours l’un sans l’autre : alchimie de la haine, totalement mystérieuse pour moi. La vie endort les passions, les pétrifie, les pourrit aussi parfois, ou les sublime. Finalement, c’est quoi l’amour, dans tout ça ?
Si vous aviez tout lu, vous sauriez que je n’étale pas ma douleur, puisqu’il ne s’agit pas de ma famille, ni même de proches, que je ne connaissais pas ce couple. J’ai vécu cette histoire à travers les yeux des petits-enfants et elle m’a ouvert un certain questionnement sur le sens que l’on donne généralement à l’amour, au deuil, à ce genre de chose.
Merci, Céline, pour ton commentaire (les autres aussi, merci, pour vos commentaires, pas d’ostracisme ).
En ce moment-même, sur mon Desktop Ubuntu (nouvelle version dans 2 jours pour les petits veinards linuxiens, mais je rappelle que la RC est déjà tout à fait moulinable !), il y a un petit compte à rebours qui affiche le chiffre 1111. 1111 jours avant de découvrir le nom du nouveau président. Au départ, il y avait plus de 1800 jours, mais qu’est-ce que je trouve le temps long ! Un petit référendum à mi-mandat eut tellement abrégé mes souffrances, mais bon, n’est pas un méchant populiste sudiste qui veut...
Tout ça pour dire que je respecte le choix aveugle de mes concitoyens pas éclairés pour un rond, que je comprends que beaucoup d’entre eux se sont fait abusé par des promesses vides qui n’engagent que ceux qui y croient, mais qu’en attendant, je subis comme tout le monde un modèle de société que je n’ai pas choisi, et que je ne vois pas d’échappatoire. Pas de mur à escalader pour s’affranchir du Sarkoland, parce que partout, de petits clones sont aux manettes. Certes, le nôtre est particulièrement affligeant, mais en dehors des gesticulations de pantins, les « réformes nécessaires » qui s’abattent sur les peuples sont partout exactement les mêmes. Une telle uniformisation humaine est une prison mentale que je trouve, pour ma part, totalement insupportable.
Certes, la relocalisation du politique, l’autonomie, ne sont pas des panacées. Il y a toujours des salopiauds avides de pouvoir en embuscade un peu partout, mais au moins, nous aurions une chance de pouvoir reprendre nos destins en main.
Je vois, de ci, de là, des initiatives qui me font penser que l’émergence d’une nouvelle citoyenneté est en œuvre. Ce sont ces signaux que je vais m’attacher à suivre et à décrire ensuite en ligne (ou ailleurs, si un putain de journal a les couilles de m’employer et de me payer !)