Merci pour votre apport détaillé et argumenté au débat.
Il est difficile d’être exaustive en quelques milliers de signes. Bien sûr que rien n’est simple. Je ne parle pas ici, par exemple, des fonctions symboliques de l’alimentation, car nous mangeons bien plus que des aliments, nous incorporons du sens : c’est la madeleine de Proust, c’est la ratatouille du dessin animé homonyme, c’est aussi le chasseur-cueilleur qui s’approprie les qualités symboliques de l’animal qu’il a tué et qu’il va partager de manière précise et ritualisé avec sa tribu, ce sont également les interdits religieux parfois plus longs qu’un jour sans pain, etc.
Ici, je m’arrête essentiellement sur le caractère aberrant des régimes de papier glacé et sur les bienfaits de la régulation endogène de l’appétit... régulation que notre mode de vie, nos traditions, nos angoisses et frustrations peuvent totalement endommager.
Je ne parle pas non plus des comportements alimentaires pathologiques qui nécessitent bien plus qu’une simple prise de conscience, mais bien un suivi médicalisé constant et intelligent.
Quand vous parlez de bien pensance, vous vous placez de facto sur le registre moral. Il n’y a rien de moral dans ce que j’écris : bouffer trop ou pas assez n’a rien à voir avec le bien ou le mal.
Mais il est possible que je me sois mal exprimée.
Il y a deux points dans cet article : le premier concerne la manière dont la norme corporelle évolue à travers le temps et est imposée aux femmes (mais il vrai que la pression commence à se faire sentir aussi pour les hommes !). Aujourd’hui, le standard de beauté est un standard de maigreur. Or, toutes les femmes ne sont pas bâties pour peser 45 kg pour 1,80m !
Et ensuite, il y a cette course folle au régime aberrant, sorte de course chimérique et dangeureuse vers un idéal inaccessible. Le problème, c’est que la succession des régimes restrictifs produisent de l’obésité dans la plupart des cas.
Je parle régime alimentaire comme mode de vie qui considère la nourriture pour ce qu’elle est : des nutriments dont l’art culinaire peut faire de vrais moments de plaisir (je ne parle pas ici de la satisfaction coupable que peuvent ressentir les boulimiques à la sortie d’une crise). Passer son temps à traquer l’aliment dangereux car grossissant me semble totalement fou.
Vous trouvez que cette conception du régime alimentaire est une enfilade de platitudes et de clichés : comme j’aimerais que vous ayez raison ! Cela voudrait dire que les femmes se sont réappropriée leur corps, qu’elles sont capable de gérer leur alimentation selon leur appétit normal, c’est à dire en fonction des besoins de leur corps et non de ceux des industriels de l’agroalimenaires et de ceux (contradictoires) des industriels de l’habillement !
Un comportement alimentaire non faussé par des impératifs absurdes permet tranquillement de se maintenir en bonne santé, autour du poid de forme de votre organisme (et de celui de votre voisine !).
Et franchement, des gens bien dans leur peau, c’est quand même vachement plus séduisant que des personnes obsédées par la chasse au gramme de trop !
Je ne sais pas trop ce que vous commentez, mais cela n’a pas l’air de concerner ce que j’ai écrit.
Je ne parle pas de gavage, bien au contraire : je parle de la dictature du mince et du régime restrictif.
Toutes les femmes ne peuvent être minces. Surtout si on se réfère à la taille mannequin ! Les "femmes" qui nous sont présentées comme modèle à suivre sont des aberrations à tous point de vue : déjà, la plupart du temps, il ne s’agit pas de femmes, mais de filles tout juste pubères (14, 15 ans). Les filles de mode ont des IMC (indices de masse corporelle) affolants : elles sont maigres, voire faméliques. Très peu de ces filles sont maigres naturellement. Il s’agit là d’un défaut génétique, avec une mauvaise absorption des nutriments et/ou un métabolisme trop actif. C’est sympa en période d’abondance, mais ça craint énormément en cas de famine.
Les filles qui ne "bénéficient" pas d’un phénotype "favorable" doivent faire plus qu’un régime restritif pour se maintenir à ce niveau de maigreur. Elles usent et abusent de tas de saloperies, coupe-faim, diurétiques, vomissement, drogue, afin de rester "au top". C’est à dire qu’elles se bousillent durablement la santé et qu’elles ont un comportement alimentaire déviant, voire pathologique : et c’est ça que l’on renvoie comme standard de beauté à des milliards de femmes dans le monde (et oui, en plus, ça se standardise à l’échelle planétaire !)
À aucun moment je ne parle de se gaver. Mais d’accepter que plus de 99% des femmes ne sont pas prévues pour la taille mannequin et que l’on peut être belle et désirable en étant juste soi. La nourriture ne doit pas être le siège de cette surveillance et cette crainte constante : le système de cotrôle de l’appétit, lorsqu’il n’est pas détraqué par des impératifs stupides et irréalistes, fonctionne parfaitement bien pour maintenir l’individu à son poids de forme.
La difficulté, c’est la rééducation comportementale alimentaire pour ceux qui ont bousillé leur régulation de l’appétit pour des chimères de papier glacé !
L’allégé industriel fait surtout maigrir... le portefeuilles !
Mieux vaut oublier les édulcorants et autres ersatz : c’est souvent pire que rien.
Prenons les sucres de synthèse. À l’ingestion, nous avons le goût sucré en bouche, donc les capteurs de la bouche envoient le signal "sucre en route" au cerveau, lequel anticipe une future augmentation de la glycémie (taux de sucre dans le sang) et envoie le signal "lâcher l’insuline" au pancréas... qui fait son boulot !
Sauf que... le sucre ne vient pas, mais comme l’insuline a été lâchée dans le sang, la glycémie chute. Notre organisme se bat toujours pour maintenir un taux de sucre de l’ordre de 1g/l. Donc, vite, faut trouver du sucre et le plus simple, quand ça chute, c’est d’en manger pour recharger. Donc, le cerveau qui fait toujours bien son job envoie le signal de faim... et hop voilà la fringale qui fait qu’après une sucrette, on finit par avoir vachement envie de s’envoyer une bonne viennoiserie pleine de gras et de sucre.
Donc, soit on se tape un vrai sucre dans le café, soit on s’éduque à apprécier l’amertume naturelle du café nature !
Tiens, des fois, je me dis que ce ne serait pas inintéressant de voir une étude de corélations entre l’augmentation des diabètes acquis dans la population et la diffusion des édulcorants dans la conso courante...