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Accueil du site > Tribune Libre > Nommer la perversion dans une société néolibérale déshumanisée

Nommer la perversion dans une société néolibérale déshumanisée

« Un monde qui veut sombrer inverse tous les signes : ce qui a de la valeur attire le mépris et ce qui est méprisable prend de la valeur. Le mensonge règne et la vérité tue celui qui la prononce » (Günther Schwab, La danse avec le diable).

Comment nommer la perversion lorsque dans l’indifférence générale la perversion représente la logique structurant le social et se donne pour idéal un polymorphisme infantile s’affichant jusqu’au plus haut sommet de l’État ?

Le problème est ainsi posé d’emblée : qu’est-ce que la perversion si celle-ci devient la norme dans nos sociétés ?

La perversion est « l’action de faire changer en mal, de corrompre ou de détourner quelque chose de sa vraie nature, de la normalité, etc. »

Pour les psychanalystes traditionnels qui ont fortement influencé l’acception de nombreux termes utilisés dans le langage courant, il n’y a de perversion que sexuelle. Aussi refusent-ils l’idée qu’il puisse exister d’autres perversions. Pour autant, il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ou pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Laissons donc les aveugles et les sourds essayer d’appréhender la réalité en se privant de leurs principaux sens qui pourraient les aider à mieux voir et entendre[1] ce que le concept de perversion recouvre comme signifiants dans notre société d’aujourd’hui. Signalons néanmoins que c’est l’usage courant qui sert à évaluer la pertinence de l’usage scientifique du mot « perversion », et non l’inverse[2]. Ce détail est malheureusement oublié par de nombreux théoriciens. La perversion reste donc indubitablement liée à la question du mal.

Sans entrer dans les détails d’une étude étymologique du terme et de ses différentes acceptions au fil du temps, la perversion se reconnait cliniquement par un double déni : dénis de la différence des sexes et des générations ou, dans le cas de situation d’emprise, d’un déni du déni qui se matérialisent par la transgression des interdits civilisateurs fondamentaux que sont : l’interdit de meurtre, l’interdit d’inceste, l’interdit de parasitage et l’interdit du cannibalisme psychique (ou vampirisme psychique[3]). À ces doubles dénis et leurs interdits, s’ajoute l’injonction implicite d’une jouissance sans entrave : « Objet chosifié de perversion sadique et/ou sexuelle, l’autre-sujet, en particulier, est possédé pour être détruit. Purement utilitaire, réduit à un objet de consommation, une simple marchandise, l’autre n’existe qu’en tant qu’il me sert, instrument de ma seule jouissance. N’oublions pas dès lors que le déni se dénie : pour échapper à la destruction par l’objet qu’elle détruit, la perversion feint de s’en séparer. Elle opère par clivage, ambivalence, double langage : le mensonge à soi lui est indispensable, comme la canne l’est à l’aveugle[4]. »

Celui par qui la perversion arrive est qualifié de pervers : « qui est totalement dépourvu de sentiment ou de sens moral ». Ce mot à usage polysémique désigne quiconque faisant souffrir autrui comme en atteste l’emploi abusif et caricatural du concept de pervers narcissique. D’où la malicieuse question soulevée par Jean-Charles Bouchoux : « N’est-il pas pervers de traiter quelqu’un de pervers[5] ? »

Par transfert et projection, imputer à autrui ses propres états d’âme est certes un comportement pervers. « Toutefois, pour la victime, il est important que le pervers soit nommé comme tel[6]. »

Dès lors, « dénoncer la perversion et nommer le pervers, c’est toujours prendre un risque éthique qui peut aussi très souvent conduire à l’isolement, à l’éviction et l’élimination, comme le démontrent l’histoire et l’actualité. Mises au placard et harcèlement visent précisément dans la société néolibérale à faire taire et priver de parole ceux qui savent et pourraient dire ce qu’ils ont compris des dérives perverses, des mécanismes séducteurs et du fonctionnement désubjectivant des entreprises et de l’état[7]… »

Nommer la perversion n’est donc pas sans danger. C’est un acte qui demande à être réfléchi. Il comporte des écueils, des pièges ou des chausse-trappes, car « […] conformément à leur essence, la perversion et le pervers destinent à la dérision toute pensée et tout discours qui tentent de les définir et de les assigner : la récusation fluctuante de toute position subjective et de toute proposition théorique les concernant pourrait même valoir comme indice paradoxal d’identification. Il s’agit en l’occurrence d’interdire et d’empêcher toute assignation de responsabilité ou de causalité qui permettrait de percevoir et d’identifier les transgressions agies en toute banalisation du mal[8]. »

Cet indice paradoxal d’identification est effectivement un prédicteur fiable de perversion tout comme l’inversion repérée par de nombreux auteurs tels que M. Hurni et G. Stoll : « L’une des premières caractéristiques notées par les psychologues étudiant la perversion relationnelle est l’inversion[9]. » C’est aussi ce que note Christine Rebourg-Roesler dans son article sur les procédés rhétoriques chez des patients présentant une organisation perverse de la personnalité : « Au niveau paradigmatique, toujours dans le but implicite ou explicite de manipuler l’interlocuteur, nombre de figures de rhétorique témoignent d’un jeu habile et maîtrisé avec les catégories et les contraires dans une inversion volontaire du sens[10]. »

Pour le pervers, s’engager dans cette lutte « contre-nominative » en manipulant le sens des mots et des expressions en leur faisant dire le contraire de ce qu’ils signifient dans le contexte de leur énonciation est une question de survie, mais pour celui qui fait sciemment le choix de dénoncer les agissements pervers, il en va tout autrement. Ce dernier a su percevoir la destructivité de telles idéologies et sait par avance quel avenir elle promeut. Il joue donc le rôle ingrat du lanceur d’alerte avec tous les inconvénients adossés à la tâche et possède une conscience aiguë de notre responsabilité sociale qui consiste à prévenir la malignité des individus, des institutions, des États, etc. Malheureusement, il est bien souvent confronté à un mur, car « la perversion ne se laisse reconnaître que dans ce qu’en révèlent ses effets et ses conséquences, mais sa destructivité est le plus souvent soit méconnue dans le vague d’un malaise sans figure, soit l’objet d’une communauté de déni qui la renforce et l’entérine[11]. » Ce qui signifie que l’identification de la perversion intervient la plupart du temps a posteriori, lorsqu’il est trop tard et que l’on ne peut que constater les dégâts. Les totalitarismes du siècle dernier sont là pour en témoigner. Ainsi, « […] rendre impossible l’identification de la perversion : banalisée, généralisée, et dans le même temps, de ce fait, insituable et indicible, » par des techniques confusiogènes de brouillage des limites et d’indifférenciation des territoires psychiques (intime, privée et public) répond à une logique de désubjectivation et d’emprise mise en œuvre par des stratégies perverses dans le but de faire taire, d’annihiler ou d’anéantir tout opposant comme le ferait un régime dictatorial (cf. « L’arme fatale du pervers narcissique : la communication harcelante »).

Il en résulte que pour mettre à jour la perversion, il faut pouvoir en montrer l’expression. « […] dans leurs différentes manifestations et la pluralité de leurs degrés, les mécanismes pervers sont toujours essentiellement réification, instrumentalisation, disqualification, et finalement anéantissement de l’altérité subjective, en même temps que fabrication de ligatures discursives et émotionnelles : ce sont précisément la désaffectation et la désubjectivation qui donnent à l’indifférence émotionnelle et éthique du pervers sa capacité de nuisance et de destruction. Adepte et initiateur des maltraitances familiales comme des crimes de bureau et des procédures technocratiques et technologiques destructrices du lien social, le pervers, exilé de son émotionnalité, trouve dans toutes les formes de totalitarisme les occasions de mettre en œuvre son pouvoir sans foi ni loi et d’externaliser les pulsions, les fantasmes et les conflits qu’il ne peut gérer[12]. » (Nous retrouvons dans cette description, le thème cher à Racamier de l’expulsion psychique qui permet au pervers de ne pas se soumettre à son propre travail psychique et d’en faire porter la charge par autrui.)

Toutefois : « On remarquera tout d’abord que, précisément, l’injonction perverse implique toujours l’interdit de dire et de nommer, qu’elle prenne dans son emprise sur l’autre et les autres, la forme d’une secrète et séduisante complicité d’encryptage, d’un clivage imposé ou de l’arrogance sidérante du cynisme proclamé. Ou, bien entendu, la candide apparence de la vertu outragée[13]. »

Ceci est essentiel à retenir, car le pervers s’octroie toujours le droit de dire, nommer ou faire ce que par ailleurs il vous aura interdit de dire, nommer ou faire et se trouvera tous les prétextes du monde à agir ainsi. C’est en ce lieu même, entre le dire et le faire, que l’on identifie un comportement pervers. À noter qu’il arrive parfois qu’un pervers se donne le droit de nommer la perversion, mais c’est toujours en introduisant des confusions dans les concepts pour mieux en pervertir le sens, d’où la communication floue, indirecte et dénigrante qui en résulte (il ne répond jamais directement aux questions qui lui sont posées, ne communique aucune référence concernant l’origine de son « savoir », s’arroge une connaissance immédiate d’une théorie là où il faut dix ans d’études pour l’assimiler, etc.). Tout l’art de l’érudition du pervers consiste en ce qu’il adopte une attitude convaincante de sincérité en jouant sur tous les registres apparents de l’émotionnel et de l’indignation vécue face à l’outrage subit qu’il n’aura pas manqué, au préalable, d’infliger à autrui. C’est ce qu’Alberto Eiguer nomme l’induction présentée dans l’article cité supra.

Ainsi, l’art du pervers se résume à infliger à autrui ce qu’il ne voudrait surtout pas qu’il lui soit fait. Il est fréquent qu’il défende des idéaux, des valeurs morales, etc. tout en les transgressant pour son propre compte. Cette « mise en scène » souvent théâtrale lui permet lui permet de se faire passer pour ce qu’il n’est pas. Il pourra par exemple s’indigner de la conduite de quelqu’un tout en s’autorisant à agir de même si cela l’arrange. Ce qui se traduit bien souvent au niveau du langage par sa capacité à défendre une idée un jour et son contraire un autre jour en fonction du public auquel il s’adresse.

Si « la perversion ne se laisse reconnaître que dans ce qu’en révèlent ses effets et ses conséquences » et que sa destructivité dont on peine à imaginer l’ampleur est sans commune mesure avec sa dénonciation, c’est avant tout en raison de notre ignorance que tentent parfois de lever les lanceurs d’alertes avec des conséquences délétères exceptionnelles pour leur vie privée. Tels sont par exemple les cas célèbres d’Edward Snowden et de Julian Assange ou en France ceux de Stéphanie Gibaud, du journaliste Édouard Perrin dans l’affaire LuxLeaks. Mais ce sont des centaines de lanceurs d’alerte anonymes qui sont voués aux gémonies dans le seul but de les faire taire afin que les vérités qu’ils dénoncent ne privent pas les pervers de leurs jouissances. Ils en existent dans tous les domaines : Ariane Bilheran sur l’éducation sexuelle dès le plus jeune âge, Aldous Huxley en avait rêvé dans Le meilleur des mondes, nos politiques le réalisent ; Henri joyeux et Philippe Alexandre Jandrok, un auteur à découvrir, sur la vérité concernant les vaccins ; l’association Génération Future sur les pesticides et les perturbateurs endocriniens ; Paul François, l’agriculteur charentais qui a fait condamner Monsanto ; Lidia et Claude Bourguignon pour leur lutte contre l’agriculture conventionnelle ; et tant d’autres encore.

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Le sort des lanceurs d’alerte

Que tous ceux que j’oublie et ne peut citer me pardonnent, la liste est si longue qu’un livre entier ne suffirait pas à les recenser tous, mais le point commun de tous ces lanceurs d’alerte réside dans le fait qu’ils dénoncent tous la perversion d’un système et leurs complices et qu’ils reçoivent en retour des attaques nihilistes (autre indice de perversion) consistant à les interdire de dire et de nommer les crimes commis contre l’intérêt général, les droits de l’homme ou la dignité humaine, etc. Il s’agit bien, comme le précise Ariane Bilheran, de « tuer le clairvoyant[14] » en mettant en œuvre une stratégie par laquelle opère un processus de banalisation du mal très bien décrit par Christophe Dejours dans son livre Souffrance en France, la banalisation de l’injustice sociale auquel je renvoie le lecteur.

Attention tout de même, les comportements pervers, de plus en plus fréquents dans notre société actuelle, ne font pas le pervers pour autant. Seules la fréquence, l’intensité et la durée des actions perverses (qui nient autrui en tant que sujet) peuvent permettre un diagnostic.

En conclusion, tant que notre civilisation prendra le contre-pied de l’impératif catégorique kantien, il y a tout lieu de penser que la perversion et les pervers vivront comme larrons en foire dans notre de société… au détriment des plus démunis, de notre santé, de la biodiversité, de la fraternité, de la solidarité, etc. Cet impératif catégorique que l’on peut résumer ainsi : « Traite toujours autrui comme une fin et jamais seulement comme un moyen », Emmanuel Levinas l’interprète de la façon suivante : « À travers cet impératif catégorique, Kant souligne qu’autrui est avant tout un sujet dont je dois reconnaître et respecter l’humanité. C’est pourquoi il ne faut jamais traiter l’autre comme un moyen en vue d’une fin. Autrui est, comme moi, un sujet doué de raison et libre : je dois donc le traiter comme une fin, c’est-à-dire comme un sujet d’égale dignité[15]. »

Être un sujet aux yeux d’autrui, tel est aujourd’hui le véritable défi de l’humanité en ce début de nouveau millénaire.

Philippe Vergnes


[1] Cf. la métaphore des aveugles et de l’éléphant : « Se comprendre ou s’entretuer : question de logique ? ».

[2] Castel, Pierre-Henri (2014), Pervers, analyse d’un concept suivi de Sade à Rome, Paris : Ithaque, 144 p.

[3] Lopez, Gérard (2004), Le vampirisme au quotidien, Bègles : L’Esprit du Temps, 160 p.
Ce livre actuellement indisponible a été réédité en 2010 sous le titre Comment ne plus être victime, Bègles : L’Esprit du Temps, 200 p.

[4] Labouret, Olivier (201), Le nouvel ordre psychiatrique. Guerre économique et guerre psychologique, Toulouse : Érès, 334 p.
Un chapitre entier de ce livre a été présenté dans sur mon blog avec l’aimable autorisation de son auteur : « La mondialisation de la perversion narcissique – Entre guerre économique et guerre psychologique ».

[5] Bouchoux, Jean-Charles (2009), Le pervers narcissique, Paris : Eyrolles, 159 p.

[6] Diet, Emmanuel (2012), « Aujourd’hui, nommer la perversion… », Connexions n° 98, pp. 93-118.

[7] Ibid.

[8] Ibid.

[9] Hunri, Maurice & Stoll, Giovanna (2002), Saccages psychiques au quotidien, Paris : L’Harmatan, 376 p. (p. 167).

[10] Rebourg Roesler, Christine (2005), « Quand le mot devient acte au Rorschach : procédés rhétoriques chez des patients présentant une organisation perverse de la personnalité », Bulletin de psychologie n° 480, p. 671-683.

[11] Diet, Emmanuel (2012), op. cit.

[12] Ibid.

[13] Ibid.

[14] Bilheran, Ariane (2016), Psychopathologie de la paranoïa, Paris : Armand Colin, 216 p. (p. 178).

[15] Levinas, Emmanuel (1982), Ethique et infini, Paris : Fayard, 143 p.


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137 réactions à cet article    


  • Choucas Choucas 8 janvier 12:33

     
    « César commande aussi à la grammaire » proverbe romain
     
     
    « Qui dit Humanité veut tromper » Proudhon
     
     
    S’en remettre à soi-même, s’est s’en remettre à un seul, le Marché
     

    Kant, avec son universalimse bobo, a pavé le lisier sans-frontièrisme, mondialiste, indifférencié et indifférenciant individualiste, du néo-libéralisme libertaire. => néo-kantiens.
    Hegel et Marx ne s’y sont pas trompé.
     
     


    • Choucas Choucas 8 janvier 12:44

       
      La communauté universelle = communauté factice

       
      Rousseau (on aime les mongols pour ne pas aimer son voisin), Proudhon, Marx, Hegel, 
      Lénine « la haine des nations est l’internationalisme des imbéciles »
      Lukacs, Weil, Harendt, Catoriadis Preve etc...
      Les grecs limitaient la taille des cités , (=> cités filles)
       
      TRAITE NÉGRIÈRE + UE + TAFTA = DISSOUDRE COMMUNAUTÉ VRAIE POUR L’UNIVERSEL FACTICE
       
      Alors la Baudruche négrière à Soros, client préféré de Rothschild, a son prêt électoral
       
      « Tout comme l’homme et la femme ne peuvent être mêmes, à savoir humains, qu’en étant absolument différents l’un de l’autre, ainsi, le national de chaque pays ne peut entrer dans cette histoire universelle de l’humanité qu’en restant ce qu’il est et en s’y tenant obstinément.
      Un citoyen du monde qui vivrait sous la tyrannie d’un empire universel, parlerait et pen­serait dans une sorte de super espéranto ne serait pas moins un monstre qu’un hermaphrodite. »
       Annah Arendt


    • Philippe VERGNES 8 janvier 14:21

      @ Bonjour Choucas,


      Wouawww... je ne sais pas à quoi vous « carburer », mais difficile de vous suivre... et donc de vous répondre. Je me contenterais de vous lire sans me risquer à une quelconque interprétation.

    • Je fus pionnière ayant parfaitement analysé le phénomène dans une Académie de peinture à Bruxelles. J’ai écrit dix lettres pour expliquer ce qui se passait dans certains lieux. Cela peut même revêtir une forme de cabale super-bien organisée par un groupe. C’était en 1988-1989. J’en ai parlé avec un psy qui voyait très clair. Ce qui m’a permet de mieux comprendre le fonctionnement pervers-narcissique. Hélas très fréquent dans le mileu masculin. Certes les Folcoches existent aussi. L’histoire de l’oeuf et de la poule.


      • Philippe VERGNES 8 janvier 13:58

        @ Bonjour Mélusine ou la Robe de Saphir,


        Le fonctionnement « pervers narcissique » n’a malheureusement pas de sexe. C’est un type de défense intrapsychique universel que nous pouvons tous avoir un jour ou l’autre à différentes échelles ou niveaux. Cependant, les organisations perverses narcissiques de la personnalité sont plutôt rares et si la prédominance est masculine, c’est avant tout lié au contexte social et culturel actuel. En outre, ne jamais oublié que ce « mal » se propage en climat incestuel de façon croisée : pour un pervers narcissique, il faut une mère incestueuse et pour une perverse narcissique, il faut un père incestueur (étant entendu que l’incestuel n’est pas l’inceste).

      • @Philippe VERGNES


        Merci, j’ai rêvé de mon père cette nuit,...mais rien de douteux,... :)))) ou alors, c’est que mon interprétation est foireuse. Que pensez-vous d’un père qui coupe devant vous une tête de poulet pour vous montrer que celle-ci court encore après sa mort ???

      • Philippe VERGNES 8 janvier 14:17

        @ Mélusine ou la Robe de Saphir,


        « ... ne jamais oublier... »

        J’en pense que cela n’a rien à voir avec un climat incestuel tel que décrit par la situation.

      • Rincevent Rincevent 8 janvier 14:36

        @Mélusine ou la Robe de Saphir.

        C’est la tête qui court encore ? Intéressant...


      • @Rincevent


        Mon père, c’était Jerry Lewis. Farceur de première.

      • Philippe VERGNES 8 janvier 14:39

        @ Bonjour Rincevent,


        LOL !

        On aura compris quand même... c’est l’essentiel.

      • microf 8 janvier 13:26

        Bravo á l´auteur, votre article est très profond et bon, il décrit la société telle qu´elle est aujourd´hui, rien á ajouter, et dommage qu´il n´y ait pas de commentaires sur ce très bon sujet, ne serait ce que pour apprecier, saurait été sur les banlieux, il y aurait déjá des centaines se rivalisants de haine.


        • Philippe VERGNES 8 janvier 13:46

          @ Bonjour microf,


          Merci pour votre attention et votre appréciation.

          « ... et dommage qu’il n’y ait pas de commentaires sur ce très bon sujet,... »

          C’est ainsi ! Je ne m’en formalise pas pour autant, chacun « captant » les informations qu’il peut en fonction de son niveau de conscience. Or, ce sujet est totalement tabou puisqu’il touche au pouvoir et à la volonté de puissance de quelques privilégiés qui comptent bien garder l’avantage conséquent qu’ils peuvent avoir sur les masses mal informées ou sous-informées. Le seul regret que je pourrais exprimer, c’est simplement le fait que si une majorité de citoyens pouvaient prendre conscience de cela, nous serions bien mieux gouvernés que ce que nous sommes. Mais nous en sommes loin, la plupart d’entre nous n’a pas de formation en sciences humaines et/ou, pire, conchie ces disciplines. Ce qui est fort dommageable puisque nous sommes manipulés depuis près d’un demi siècle par ce que l’on nomme « l’ingénierie sociale ». Il en résulte qu’ignorer ce fait participe à notre avilissement et notre asservissement, car comme l’avait très bien perçue Orwell en son temps : « l’ignorance c’est la force ». 

        • @Philippe VERGNES


          En 1988, le terme de pervers narcissique n’était pas encore clairement défini. On naviguait entre stucture perverse (bannie par le DSM et les homosexuels qui ont mis la pression, Etats-limites (très mauvais pour le pouvoir : les individus, il eut mieux valu qu’ils soient soumis à la LOI du Marché, conformisme du fameux "battant dynamique). Quant à la névrose, ces empêcheurs de penser en rond : classés, phobiques (Toc ou autres dans le DSM). Il fallait faire marcher l’entreprise pharmaceutique.

        • Philippe VERGNES 8 janvier 14:12

          @ Mélusine ou la Robe de Saphir,


          J’ai déjà précisé cela à de multiples reprises : la définition exacte du pervers narcissique date de 1985, la plus aboutie de 1992 (où il est plutôt question du « mouvement pervers narcissique » plutôt que du « pervers narcissique »). Quoi qu’il en soit, l’acception de cette expression dans le langage courant n’a plus grand chose à voir avec sa définition clinique. Ce qui bien évidemment finit par lui nuire et participe de la confusion qui entoure désormais cette expression..

        • @Philippe VERGNES


          Oui, vous avez raison. si je me rappelle le livre de Bergeret, il parlait déjà de caractère pervers qui se retouvait dans les personnalités limites et borderline ;

        • Nommer, définir est capital mais vouloir sauver l’humanité contre son gré relève d’un travail de Sisyphe. Se limiter comme le petit Poucet à poser des cailloux. Moi aussi je suis peu appréciée sur le site. Et alors,....



            • Rincevent Rincevent 8 janvier 15:17

              c’est l’usage courant qui sert à évaluer la pertinence de l’usage scientifique du mot « perversion », et non l’inverse. Pas trop d’accord. Le passage dans le langage courant de termes psy amène souvent à une dérive (voire une perversion…) du sens premier, comme vous le pointez vous-même.

              Purement utilitaire, réduit à un objet de consommation, une simple marchandise…
              Là, on est bien dans le ‘’dur’’ actuel. Au delà de la stricte pathologie, la société libérale/libertaire fonctionne maintenant beaucoup comme ça. L’un des slogans majeurs de mai 68 n’était-il pas ‘’jouissons sans entraves’’ ? A l’époque, on n’en avait vu que le côté festif, libérateur, pas ce qui était derrière : la marchandisation de tout, y compris les relations humaines…

              étant entendu que l’incestuel n’est pas l’inceste.
              Racamier avait bien vu ce glissement inter-générationnel qui, au travers des pères-copains par exemple, allait brouiller les rôles avec les dégâts que l’on constate aujourd’hui.


              • Philippe VERGNES 8 janvier 18:59

                @ Rincevent,


                Sur votre point de désaccord, cela susciterait tout un débat, car je me pose moi-même beaucoup de questions à ce sujet. Je n’ai fait là que reprendre l’assertion de Pierre-Henri Castel dans son excellent essai de philosophie morale sur la question de la perversion.

                Ayant un parti pris pour l’éducation populaire et les sciences populaires, ce qui nécessite de rendre les théories accessibles au grand public, je me demande si ce n’est pas une erreur que commettent les scientifiques lorsqu’ils utilisent un terme issu du langage courant pour désigner une particularité qu’ils souhaitent isoler et étudier, exemple ici la perversion. L’inconvénient de ce procédé, c’est qu’il existe tant de disciplines aujourd’hui qu’un même mot devient de plus en plus polysémique et même les scientifiques entre eux n’arrivent plus à se comprendre, car chacun possède sa propre acception sans forcément que celle-ci s’accorde avec celle de l’interlocuteur auquel on s’adresse.

                Sur la question des pères-copains, ce n’est pas en soi un problème d’incestualité qui lui, fait bel et bien de sacrés ravages dans notre société sans que nous en ayons véritablement conscience.

              • Rincevent Rincevent 8 janvier 20:23

                @Philippe VERGNES

                Logiquement parlant, ce ne sont pas les scientifiques qui se sont appropriés ces termes, ce sont eux qui les ont fourni au départ. Ils n’ont donc pas à s’aligner, sinon on ne sait plus de quoi on parle.

                Si vous avez bien lu Racamier, les ‘’pères-copains’’ font tout à fait partie du processus incestuel. C’est un type de relation qui abolit les rôles, les repères (et donc les interdits) parent/enfant, d’où l’utilisation de la racine incest. Il précise bien qu’il n’est pas question de passage à l’acte incestueux, mais de fusion, voire de confusion des générations. Son pendant féminin existe aussi : par ex. la mère qui s’habille (et se comporte) comme sa fille.

                Un de mes formateurs avait trouvé une définition ‘’robuste’’ de la confusion psychologique, je ne l’ai jamais oubliée ‘’ La confusion n’est jamais qu’une fusion à la con’’…


              • Philippe VERGNES 9 janvier 00:52

                @ Rincevent,


                En fait, concernant l’appropriation des termes, il n’y a pas à proprement parlé de logique : parfois ils sont inventés (néologismes), et d’autres fois ils sont extraits du langage courant et réutilisés dans le langage scientifique avec une acception nouvelle. C’est notamment le cas du mot « perversion ».

                Pour avoir lu et relu Racamier (je l’étudie depuis plus de quinze ans), je n’ai nullement le souvenir qu’il ait pu faire référence aux « pères-copains » (ou un quelconque autre terme tel que celui de père-non-père, par exemple) et ce dans aucun de ses ouvrages ou articles qui porte sur le sujet de l’incestuel qui est tout de même une notion bien précise que j’ai moi-même présentée dans plusieurs articles de vulgarisation en mettant en lien les textes de Racamier. Mais pour connaître également la richesse conceptuelle de cet auteur, il m’est possible d’avoir « zappé » ce détail. Auquel cas, je vous saurais reconnaissant de bien vouloir me l’indiquer avec source à l’appui, car je me répète, je n’en ai nul souvenir.

                Par contre, je me souviens bien que pour Racamier « la coalescence entre elles des séductions respectivement narcissique et sexuelle est bien la condition de toute incestualité ». Autrement dit, il faut qu’un « père-copain » exerce tout en même temps une séduction narcissique et sexuelle pour que leur relation soit qualifiée d’incestuelle (sans passage à l’acte incestueux). Ce qui ne me paraît pas impossible, mais exceptionnellement rare comme configuration.

                Enfin, l’incestuel ne saurait se réduire à une simple confusion des générations. Dans l’incestuel, ce qui prédomine, c’est le climat ou l’atmosphère particulière qui règne au sein de la relation pour laquelle s’il y a bien confusion, c’est bien plus une confusion des limites entre les territoires psychiques de l’intime, du privée et du public que des générations. J’ai bien peur que vous ne recouriez à une acception trop large et extensive du concept d’incestuel et d’incestualité, comme certains le font désormais avec celui de pervers narcissique sans trop comprendre à quoi cela renvoie.

              • Philippe VERGNES 9 janvier 09:20

                « ... il n’y a pas à proprement parler de logique... »


              • Rincevent Rincevent 9 janvier 12:27

                @Philippe VERGNES

                Je n’ai plus, hélas, de référence textuelle précise à vous fournir, c’était il y a longtemps maintenant, à l’occasion d’une formation par un ‘’racamien’’ qui avait pris cet exemple pour illustrer la confusion et ses conséquences dans une famille qui dysfonctionne. En pratique, j’ai pu voir ça à l’œuvre chez un copain qui ne pouvait avoir de relations avec ses deux filles que dans le mode séduction (avec des conséquences sur le couple évidement et sur elles, plus tard, dans leur vie de femme).

                Ma vision de ce concept n’est pas si large que ça. Je dirais même assez balisée, dans la mesure où il s’agissait pour moi d’utiliser Racamier sur le terrain pour y voir plus clair, à l’occasion d’entretiens avec des familles. Et là, on n’était plus dans le conceptuel mais dans le ‘’dur’’ quotidien.

                Bien sûr que que ce sont des notions complexes qui fouillent jusque dans l’intime le plus profond. Mais, pour ceux dont je m’occupais, l’objectif n’était pas d’aller vers une sorte de démarche psychanalysante, plutôt vers un ‘’démontage’’ de la mécanique de ces relations pathogènes (le comment des systémiciens plutôt que le pourquoi des psychanalystes). Je n’avais pas la prétention d’être un ‘’racamien’’ pur et dur, c’était pour moi une grille de lecture supplémentaire en appui d’autres (Rodgers, Berne).


              • Philippe VERGNES 9 janvier 14:41

                @ Rincevent,


                Comme je les connais quasiment tous, les racamiens, et que j’en rencontre régulièrement quelques uns (à l’occasion de colloques), je ne manquerais pas de leur poser la question.

                Maintenant, à vous lire, je comprends qu’il puisse y avoir incestualité lorsqu’un père se comporte comme un copain avec sa/ses fille(s). Je ne voyais cela que du point de vue d’une relation père-fils tant le fait de se comporter comme un père-copain avec ses propres filles me semble effectivement « tordu » sachant que l’incestualité fonctionne principalement de façon croisée père-fille et mère-fils comme indiqué précédemment dans un de mes commentaires. Votre exemple de cas mère-fille m’avait induit en erreur.
                Oui pour le fait d’utiliser Racamier sur le terrain, car effectivement, nous ne sommes plus là dans la doctrine ou le dogme du freudisme, mais dans la réalité du vécu des familles. Ce qui fait que je me réfère souvent à lui plutôt qu’à Freud puisque Racamier a corrigé nombre de conceptions freudiennes à commencer par celle de l’œdipe (et il reste encore pas mal de boulot à faire de ce côté-là, n’en déplaise aux gardiens du temple de cette psychanalyse).

                Pour Rodgers et Berne, etc. je suis totalement pour une approche intégrative des sciences humaines, ce qui semble difficile à mettre en place en France si j’en crois les échanges que j’ai pu avoir avec Maximilien Bachelart l’auteur du livre L’approche intégrative en psychothérapie : anit-manuel à l’usage des thérapeutes.

                Après, il y aurait beaucoup de choses à dire et à faire comprendre au sujet de Racamier, notamment le fait que sa troisième topique psychanalytique intègre tout à la fois le courant psychanalytique intrapsychique et systémique interpsychique. C’est-à-dire qu’elle englobe et dépasse ces théories pour, selon moi, une meilleure compréhension de l’humain. Mais cela, peu de gens sont capables de l’entendre préférant rester dans leur cadre conceptuel acquis, parfois durement, après de nombreuses années d’études. Il est toujours difficile de se remettre en question. Je me prends souvent la tête soit d’un côté avec de purs systémiciens ou de l’autre avec de purs psychanalystes et c’est assez fou en fait de constater l’incapacité des uns et des autres à élargir leur opinion.

              • Rincevent Rincevent 9 janvier 17:32

                @Philippe VERGNES

                Ce véritable mur entre les psychanalystes et disons les systémiciens en général et les thérapies dites brèves (TB) en particulier, est construit aussi sur des contingences bassement matérielles. Le milieu psy, en France, est (était ?) très largement sous la coupe de la doxa psychanalytique. L’arrivée des TB, qui proposaient des cures nettement moins longues, des interprétations moins ‘’intrusives’’ et un certain partage progressif du savoir, a été vue d’un mauvais œil chez les analystes installés. La clientèle risquait d’aller voir par là, plutôt que de continue une analyse, interminable parfois. Ajoutez à ça que ça venait des USA donc ça ne pouvait pas être bon…

                Depuis quelques temps, j’ai pu voir, sur le terrain, une évolution (mais plus chez les jeunes). Des praticiens qui se servent de plusieurs grilles de lecture, en gros Rodgers, Berne, Erickson mais Racamier aussi. Ils arrivent plus à dépasser les querelles de chapelle, au bénéfice du patient et ça n’est pas plus mal.

                Les TB datent des années 60 et nous sommes au XXI ème siècle. Il serait temps que ça avance un peu, tant du point de vue conceptuel que clinique. En psy, les concepts, aussi intéressants soient-ils, sont d’abord là pour déboucher sur des solutions thérapeutiques : au bout de la chaine, il y a des souffrants qui attendent.


              • Philippe VERGNES 9 janvier 19:10

                @ Rincevent,


                Oui... nous sommes bien d’accord. C’est pourquoi parfois l’entêtement de certains « puristes » (qu’ils soient psychanalystes, systémiciens, TCC ou autres) me « gonfle » au plus haut point. J’en fais très souvent l’expérience pour tenter de comprendre un tel aveuglement. Mais je crois bien que cela rejoint une discussion précédente que nous avions eu avec Gollum et alinea sur les caractéristiques des cerveaux droits Vs cerveaux gauches, etc. (il existe de multiples représentations de cette dichotomie qui selon moi doit être dépassée).

                L’historique des sciences humaines évoque bien cette évolution que vous décrivez. Peut-être me faudrait-il en faire un article pour situer la théorie de Racamier, car nous sommes passés d’un tout intrapsychique au début du XXe siècle à un tout systémique (ou TCC) vers les années 1950-1970 pour ensuite entrevoir une alliance intégrative entre ces différents courants (encore peu développée actuellement). C’est ce que propose en partie Racamier et bien d’autre avec lui, mais cette question d’intégration peine encore à pénétrer les milieux psys. Toutefois, je me réjouis que vous puissiez constater que cela avance du côté des jeunes générations.

                Ces querelles de chapelles sont pour moi horripilantes et en bout de chaîne, c’est bien les patients qui trinquent alors que de formidables avancées ont pu être enregistrées à l’étranger avec certaines méthodes. Je pense notamment à la thérapie des schémas de Jeffrey Young qui me semble bien adaptée aux personnalités narcissique et borderline là où justement la plupart des autres thérapies sont en échecs vis-à-vis de ce genre de patients.

                En tout état de cause, nous constatons bel et bien les mêmes choses, mais si j’insiste tant sur Racamier, c’est justement que, comme a pu l’écrire Jean-Claude Maes, systémicien, dans son livre Emprise et manipulation : peut-on guérir des sectes ?, s’il n’y avait qu’un seul concept à retenir de la psychanalyse, se serait celui d’incestuel. Bon, à mon sens, il n’y a pas que celui-là, mais c’est déjà bien qu’un systémicien l’admette, car ce climat incestuel contamine peu à peu toute notre société au travers de la pornographie, de certaines publicités, de l’éducation à la sexualité dès le plus jeune âge, etc.


              • Philippe VERGNES 10 janvier 10:52

                @ Rincevent,


                Conclusion très judicieuse. En attendant mieux, puissions-nous œuvrer dans le sens d’une meilleure intégration des différentes disciplines dans le champ des sciences humaines pour sortir de certains dogmes totalement abscons de nos jours.

              • Jason Jason 14 janvier 11:16

                @Rincevent

                « L’un des slogans majeurs de mai 68 n’était-il pas ‘’jouissons sans entraves’’ ? A l’époque, on n’en avait vu que le côté festif, libérateur, pas ce qui était derrière : la marchandisation de tout, y compris les relations humaines… »

                Cette citation est prise hors de son contexte pour fustiger le côté hédoniste de ceux qui proclamaient ce slogan. Et pour beaucoup mai 68 ne se résume qu’à ça. Mai 68 a été (et est encore) frappé de ce cliché réductionniste.

                Quant à la marchandisation de tout, elle est l’effet du capitalisme, opportunisme de classe. Un exemple qui m’a frappé à l’époque : me trouvant aux USA, le mouvement « peace and love », tourné contre la guerre du Vietnam, avait créé un logo en forme de Y inversé. Quelques mois parès, les banques ne trouvaient rien de mieux que de l’utiliser sur leurs chèques. La perversion, c’est ça. C’est la transformation d’un message en son contraire pour le détruire, le dissoudre.


              • JC_Lavau JC_Lavau 14 janvier 17:35

                @Rincevent. 
                Ivan Böszörmenyi-Nagy, Geraldine M. Spark : Invisible Loyalties. Brunner/Mazel, Publishers, New-York.

                 
                Honnête adaptation française par Pierre Michard : La thérapie contextuelle de Boszormenyi-Nagy - Enfant, dette et don en thérapie familiale

              • Philippe VERGNES 14 janvier 18:22

                @ JC_Lavau,


                Depuis le temps que tu m’en as parlé, l’as-tu lu finalement ? Et si oui, alors ?

                J’ai pas encore eu le temps de m’y pencher dessus personnellement, mais nul doute que ce problème de conflit de loyauté a de grandes importances dans la construction psychique de l’enfant. A rapprocher selon moi de la théorie de l’attachement de John Bowlby et des suites que Mary Ainsworth lui a données.

              • colibri 17 mars 16:35
                @Rincevent
                « Purement utilitaire, réduit à un objet de consommation, une simple marchandise… Là, on est bien dans le ‘’dur’’ actuel. Au delà de la stricte pathologie, la société libérale/libertaire fonctionne maintenant beaucoup comme ça. L’un des slogans majeurs de mai 68 n’était-il pas ‘’jouissons sans entraves’’ ? A l’époque, on n’en avait vu que le côté festif, libérateur, pas ce qui était derrière : la marchandisation de tout, y compris les relations humaines… »

                c’est le coté «  avoir droit » surtout qui est pervertissant car non conforme à la nature ontologique de l’être humain 
                , mai 68 le droit de jouir sans entraves , 
                suivi du droit à l’enfant 
                l’OMS reconnaît « le droit à la sexualité » 

                cette notion de droit (qui tire son origine des « droits de l’homme » ) implique qu’il suffirait de naître pour avoir droit à tout sans devoirs , et réduit l’homme à une machine à exiger niant sa dimension spirituelle .
                tout le monde exige « parce qu’ils y ont droit » et c’est à la société de combler tous les droits (désirs égotiques ) ..

              • Gollum Gollum 8 janvier 15:31

                Article avec lequel je me sens en phase.



                La problématique est bien celle du Mal en effet.


                Le gros problème vient de ce que la dimension métaphysique de celui-ci est niée dans notre monde moderne. On en fait un sous-phénomène résultat de malencontreux hasards. Bref, c’est la faute à pas de chance. La source de ce malentendu vient du rationalisme des Lumières qui n’a voulu comme seules lumières précisément, celles de la Raison.


                Or celle-ci n’est efficace que dans le domaine matériel, les sciences et tout ce qui tourne autour de l’utile.


                Mais d’autres esprits, brillants, ont adhéré à une vision métaphysique du Mal. Parmi eux, Baudelaire qui nous a prévenu que le diable cherchait à nous faire croire qu’il n’existe pas. Façon de fustiger le rationalisme montant de son époque. Le même Baudelaire se montrera très critique sur la nouvelle religion, celle du Progrès. Il en fut de même de Poe, Villiers de l’Isle Adam et bien d’autres.


                Plus près de nous Tolkien, à travers sa célèbre saga, fit de Sauron, une entité d’une malignité quasi absolue. Et présenta une mythologie d’une rectitude traditionnelle, au sens de Guénon, forte.

                La saga fut portée de façon magistrale sur nos écrans, seule façon de faire connaitre aux masses, la possibilité que le Mal fut bien autre chose que la seule absence de Bien pour paraphraser Saint Augustin. Avant cette série, la trilogie des Star Wars avaient quelque peu été dans la même direction (cette série étant critiquable car la lumière est assimilée à la démocratie, et donc aux US ; il apparait plutôt de plus en plus que les US sont l’image du côté obscur).


                CG Jung fut aussi partisan de donner aux forces obscures une densité, une présence vraie. Critiquant l’optimisme d’Augustin.


                Guénon, enfin, prétendit que nous étions dans les derniers temps du Kali Yuga, âge des Ténèbres et qu’en conséquence il fallait s’attendre à une catastrophe finale fruit d’une entropie spirituelle et psychique qui contaminerait tous les domaines. Cette entropie étant masquée, cachée par un non moins réel progrès des sciences, du confort.


                Mais même ces progrès vont finir par être touchés par l’entropie. Le vent va tourner, il tourne déjà. La perversité, l’inversion des valeurs, le mensonge, la corruption, l’effronterie et le mépris deviennent la norme. L’incompétence aussi. Inutile de rappeler les maux qui menacent. Ils sont légion (terme employé à dessein). De l’inflation considérable de la masse monétaire (des $ et des € en veux-tu en voilà) menaçant de faire exploser le système financier, à l’appauvrissement considérable du vivant (perte de biodiversité), des sols, empoisonnés de produits divers, des océans souillés de plastique, de la menace du transhumanisme, d’une informatique devenue folle incapable d’assurer une sécurité véritable, de l’abrutissement généralisé des masses, soumises à la politique spectacle, à la télé-réalité (avec du sexe de préférence), à une information qui n’informe plus d’où la montée des fake-news, que le Système se promet de bientôt mettre au pas, d’où une montée d’un totalitarisme rampant renvoyant bientôt aux oubliettes les idéaux du XVIIIème siècle. Abrutissement des masses qui fait que de moins en moins de personnes sont capables de penser, se contentant des réseaux sociaux où l’on balance son indignation dans des tweets courts, se contentant d’une rebellitude (merci à Ségolène qui m’a fourni le mot) de façade.


                Bref, comment ne pas voir derrière tout cela une profonde Unité qui fait sens, celle d’un Mal qui progresse comme le Mordor de Tolkien.


                Le remède n’est donc pas à échelle humaine. Tant qu’on en restera au niveau humain, avec ce qui le caractérise, sa raison, incapable de sonder les profondeurs des abysses, aucun espoir ne viendra.


                Le Mal va donc croître. Et vous le verrez face à face. Démasqué, celui-ci laissera la place à ce qui se trouve juste en amont. Fuyez pauvres fous ! (si vous le pouvez)


                • @Gollum


                  Le mal commence toujours quand nous perdons notre part d’humanité. Celle dont j’ai amputé ma galette des Rois.

                • Philippe VERGNES 9 janvier 01:20

                  @ Bonsoir Gollum,


                  Je n’ai strictement rien à redire de votre long paragraphe recensant tous les maux qui semblent s’abattre actuellement sur la terre et ses habitants. J’en suis également arrivé à la même conclusion que vous concernant cette unité qui fait sens. Cela ne peut être le fait du hasard d’autant qu’il faudrait encore rajouter le problème de la vaccination, de l’éducation à la sexualité dès la naissance (si, si... c’est l’OMS qui l’écrit sur son site), etc. Bref, il faut être aveugle... et bon Dieu que nous le sommes, pour ne pas voir que tout ceci n’émane pas d’une « intentionnalité ».

                  Là où je diffère dans votre évaluation sur la problématique du mal, c’est quant à son origine. Je manque sérieusement de références en ce qui concerne certaines connaissances métaphysiques, mais je suis intéressé par les études sur la civilisation sumérienne depuis pas mal de temps et ce qu’on y lit est assez troublant je dois dire. De nombreux et récents ouvrages qui font des traductions de la bible (cf. le philologue Mauro Biglino qui n’est pas un farfelu) ainsi que les traductions de certaines tablettes sumériennes désignent un « mal » qui répond à une vague impression que j’ai depuis un certain temps déjà : celui d’une humanité, lorsque l’on prend en compte tous les phénomènes que vous évoquez, gérée comme du bétail. Et ce n’est probablement pas un hasard non plus si après tous les maux que vous avez cités, nous sommes aussi gouvernés par des psychopathes.

                  Bref, lorsqu’on rassemble les pièces du puzzle, sans pouvoir les posséder toutes, ça commence à faire beaucoup quand même.

                • Gollum Gollum 9 janvier 11:45

                  @Philippe VERGNES

                  Là où je diffère dans votre évaluation sur la problématique du mal, c’est quant à son origine.

                  Apparemment oui on diffère quelque peu. Je connais les thèses de Biglino.

                  Pour moi elles se rajoutent à ce que je dis sans véritablement remettre en question mon analyse. Qui n’est pas la mienne d’ailleurs. Il s’agit du point de vue de la Tradition. Qui a toujours affirmé que l’écoulement du temps est qualifié.

                  Qu’est-ce que cela veut dire qualifié ? Cela signifie que le temps qui passe de façon cyclique amène toujours plus d’entropie spirituelle, entropie compensée par un progrès matériel.

                  Qu’il y ait donc des humanités supérieures, ou parallèles, issues des étoiles, ou non, ou issues de civilisations antérieures, ne change pour moi rien à l’affaire.

                  Que ces humanités parallèles soient bénéfiques ou pas.

                  Je vise donc bien un Mal originel, bien plus haut que cela. À mettre en parallèle avec l’image de Dieu que CG Jung a essayé, sans succès, de faire partager.

                  Mais sinon je suis bien d’accord qu’il y a, à côté de l’humain banal, de l’infra-humain comme du surhumain.

                  Pour ce qui est de la pathologie de nos dirigeants, ils sont le produit, sélectionné (non pas forcément par des groupes occultes mais par de la dynamique même du Système) et terminal de toutes les caractéristiques modernes. Ils en cumulent donc les tares comme une espèce d’huile essentielle invertie.

                  Ils sont donc marqués par : la suffisance, la prétention, l’orgueil, l’utilisation abusive de la raison, du mental, des chiffres, du quantitatif, et pour reprendre un peu vos façons de dire ils ne fonctionnent qu’avec l’hémisphère cérébral gauche. Ils sont borgnes. La mythologie grecque connaissait ce monstre à œil unique le cyclope. On retrouve cet œil unique chez Sauron, dans la saga de Tolkien.

                  Sinon, effectivement l’humanité se scinde en deux, une élite ploutocratique qui cumule les richesses, et en accentuant l’écart, de plus en plus, entre possédants et les autres, et une masse aveugle, qui risque d’avoir de moins en moins les moyens de la révolte vu l’emprise totalitaire (financière, informatique et autres) qui se met en place.

                  Mais il faut voir plus haut. Ce Mal originel est partie intégrante du Bien originel. Il fait partie du plan cosmique. Là encore la saga de Tolkien le montre bien. C’est au moment où les forces des Ténèbres semblent l’emporter que tout d’un coup, tout bascule.

                  Et comme le disait Gandalf : tout ne va pas si mal… smiley

                • Philippe VERGNES 9 janvier 23:29

                  @ Gollum,


                  Je comprends bien ce que vous dites même si de mon côté mon approche est essentiellement psychologique. Je m’intéresse à la mythologie et au symbolisme au travers de certains auteurs qui ont étudié ces disciplines, mais je n’ai pas encore suffisamment de culture sur le sujet pour me forger ma propre opinion. De fait, j’apprécie de vous lire. Cependant, d’un point de vue psychologique, j’en arrive également aux mêmes conclusions le Mal originel est partie intégrante du Bien originel. Cela se comprends lorsque l’on essaie d’adopter un point de vue plus « holistique » comme celui d’entrevoir le fait que nous puissions servir une conscience universelle par exemple. Dans cette perspective, on peut comprendre le mal comme un fervent moteur de notre évolution sachant que l’homme est par nature paresseuse et qu’il a tendance à s’endormir sur ses lauriers. Il aime donc se faire peur en flirtant avec les limites.

                  De fait, comme le disait Stephan Sweig : « Puisque la violence réapparaît à chaque époque sous de nouvelles formes, il faut constamment reprendre la lutte contre elle. »

                • velosolex velosolex 14 janvier 17:00

                  @Gollum
                  Bonne analyse de la scène du crime. On ne parle plus guère du génèse du mal, de la conscience, de la culpabilité , qui étaient au cœur de l’oeuvre d’écrivains tels que Mauriac, Bernanos, ou Graham Greene, écrivains catholiques. Le mal est il culturel, un apprentissage que certains n’ont pu faire, ou la résultante d’une éducation sans affects, délivrant des messages contradictoires, donnant naissance à la psychopathie ?

                   Il semble que les notions de bien et de mal soient ancrés dans chaque individu dés la naissance, de même que certains modèles d’identification, liés à la nature de votre sexe, ce qui les féministes bien sûr rejettent totalement, affirmant que tout est culturel. 
                  Sans aucun doute le disjoncteur des valeurs morales lui, est bien culturel !
                  Il suffit de regarder comment certains peuples abdiquent leur part d’humanité pour se mettre avec jouissance sous la férule et les paroles les plus primaires d’un dictateur, les amenant à tuer leurs semblables, avec la justification du progrès, donc de la culture. 
                  Celle ci n’étant absolument donc pas un moyen de nous protéger du mal absolu, mais au contraire le permettant, de sophismes en constructions intellectuelles aberrants, jusqu’aux certitudes d’appartenir aux élus. Voir le cas Heidegger. Quand un un pervers narcissique dort au cœur d’un philosophe, il passe de l’existentialisme à la délectation des pogroms, et s’accroche une croix de fer. 
                   Actuellement les compteurs sont dans le rouge : Perte des valeurs, non représentation de la voix des pères qui ne transmettent plus, perte du sens de l’histoire, hédonisation d’une société déstabilisante ancrée dans le narcissisme...Les affects manquent à beaucoup et la capacité d’empathie de beaucoup, ne connaissant du monde qu’une illusion lisse, en 3 D, nous amène doucement vers le pire : A la rencontre de celui d’Orwell et d’Huxley. 1984 et le meilleur des mondes.Avec soi disant les meilleurs intentions du monde, sous l’égide bien sûr du profit, le totalitarisme économique étant une des tête de la pieuvre. 

                • velosolex velosolex 14 janvier 19:38

                  @Philippe VERGNES

                  Le film extraordinaire « La nuit du chasseur » , pose d’une façon admirable, à la façon d’un conte biblique, la juxtaposition du bien et du mal, la rencontre de l’innocence et de la perversion...
                  ≡ HD ≡ La Nuit du chasseur en Streaming | Film Complet
                  .Le pasteur, ogre gothique prend des accents démagogiques en utilisant à son profit les concepts du bien et du mal, mais à seul fin de séduction, face à deux enfants semblant sortis d’un conte de fées. La lutte du bien et du mal qu’il transforme en spectacle de marionnettes, quand il se transforme en tribun évangélique sont transcendés par la qualité exceptionnelle de la réalisation et de la prise de vue. Le panthéisme de cette oeuvre immortelle, compréhensible pour tous, le met au panthéon du cinéma
                  A peu près à la même époque, Carol Reed, en 48 réalise lui aussi un chef d’oeuvre, qui n’a rien perdu de sa modernité...
                  Le Troisième homme - Film Complet en Streaming VF - Stream Complet
                  .. Les dialogues et le personnage d Orson Wells transparaissent eux aussi dans ce Vienne non divisés en quatre, comme Berlin plus tard, mas en deux : Le camp du bien et celui du mal. Le personnage du trafiquant et ses indécentes propositions de s’extraire de la loi commune, et de n’avoir aucune pitié pour les fourmis, prennent un accent vertigineux, quand ils prononce ce discours manipulateur en haut d’une grande roue foraine. La manipulation et la culture du faux, l’apprentissage du discours biaisé est au centre là aussi des enjeux : Là aussi, jouissance de domination, de manipulation sont les moteurs du psychopathe. Faire basculer la raison commune aux forceps, pour tenter de vaincre la culpabilité, et même faire adhérer les gens au pire, tout en leur faisant croire qu’il ne s’agit que de normalité, et même d’adaptation au temps ! En d’autres termes, d’être moderne. La grande supercherie qui fait divorcer certains des lois millénaires. 
                  Il semble que les traumatismes de la seconde guerre, ont alors donné la volonté aux écrivains à cette époque de donner du sens, et de se dégager de cette notion d’absurdité, qui prédomine, au lendemain de la guerre chez beaucoup d’’auteurs, après les années de cynisme et de folie.

                • Philippe VERGNES 14 janvier 20:10

                  @ velosolex,


                  Merci pour ce commentaire et vos liens qui me permettront de m’organiser une séance de ciné loin des programmes officiels (en ce sens, vive Internet).

                  Vision très juste que je partage à tous les points de vue, comme vous pouvez vous en douter en lisant mes articles. C’est ce que j’appelle être réaliste. smiley

                  Bien à vous et bonne soirée.

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