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Cette « gentrification » qui chasse les classes populaires de Paris

La maire de Paris Anne Hidalgo est fréquemment accusée de poursuivre l’œuvre entreprise par Bertrand Delanoë, à savoir « chasser les classes populaires parisiennes vers les communes de banlieue ». Et le fait est que ces deux-là n’en ont pas fait suffisamment pour freiner l’exode des plus modestes vers la périphérie. Anne Hidalgo et son prédécesseur ne sont pourtant pas responsables du processsus de « gentrification » de Paris...

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Carte réalisée par Anne Clerval

Accuser les maires de « provoquer le départ des habitants des quartiers populaires » dans les villes dont ils ont la charge pour faciliter l’implantation des classes aisées – et notamment de ceux que l’on nomme les « bobos » – est un classique du web et des réseaux sociaux qui dépasse très largement nos frontières. Dans la presque totalité des capitales européennes et des grandes métropoles régionales, l’on assiste en effet au même type de migration des classes populaires vers les banlieues ou les villes de la périphérie. Un phénomène dont s’emparent principalement les élus des partis minoritaires pour stigmatiser les équipes municipales en place, qu’elles soient estampillées socialistes, centristes ou de droite libérale. C’est de bonne guerre, mais le fait est que c’est en grande partie injustifié comme le montre le cas de Paris.

Les principales causes de la gentrification (qu’en bon français l’on devrait plutôt qualifier d’« embourgeoisement ») sont effectivement à chercher ailleurs que dans la volonté des élus. Et cela même si ce phénomène n’est pas pour déplaire à la majorité des édiles, plus proches au plan sociologique des populations à pouvoir d’achat élevé que des anciennes populations d’ouvriers et d’employés modestes qui habitaient naguère au cœur des villes. Car on oublie trop souvent que la révolution industrielle du 19e siècle a remodelé ces villes en accolant aux quartiers anciens des usines et des ateliers qui, du fait de l’expansion démographique, ont été progressivement intégrés dans l’espace urbain. Dans le même temps, ce sont des populations ouvrières qui se sont installées pour faire vivre ces usines et ces ateliers, ici dans des lotissements créés spécialement pour ces travailleurs, là derrière les façades à mascarons d’un habitat ancien devenu vétuste et abandonné par les classes bourgeoises en raison de nuisances de plus en plus mal supportées.

À Paris, c’est principalement dans les quartiers périphériques du sud et de l’est de la capitale* qu’ont été implantées les infrastructures industrielles : usines automobiles (Citroën dans le 15e, Panhard dans le 13e), raffineries sucrières (Lebaudy dans le 19e, Say dans le 13e), usines métallurgiques, chimiques, et même brasseries. Sans oublier les abattoirs géants (Vaugirard et La Villette), les entrepôts de grands magasins ou de messagerie, les ateliers d’entretien ferroviaire, les minoteries, les chais, ou bien encore les très nombreux ateliers de petite industrie et d’artisanat (mécanique, miroiterie, peinture, maroquinerie, bijouterie, etc.) qui se sont multipliés dans certains quartiers, notamment des 11e et 12e arrondissements. Dans le même temps était créé – au cœur de la capitale ! – le plus grand marché alimentaire de France réparti dans les 12 pavillons Baltard : les légendaires Halles, si souvent dépeintes par les artistes et les romanciers.

À la même époque, le baron Haussmann, préfet de la Seine, initiait un grand programme de rénovation urbaine qui aboutissait à la création de... 175 km de voirie nouvelle, principalement tracée sur des espaces libres – notamment dans l’ouest de la capitale – mais également au détriment de nombreuses constructions anciennes sacrifiées à la modernité du temps. Une voirie haussmannienne en l’occurrence constituée de larges avenues et de rues bordées d’immeubles de rapport appelés à être occupés « bourgeoisement » par les Parisiens aisés fuyant les nuisances du centre-ville, le délabrement des vieux hôtels particuliers – désormais lotis en appartements –, et la vétusté des immeubles des 17e et 18e siècles abandonnés aux classes moyennes et populaires.

L’émergence des « bobos »

La géographie de Paris n’a guère changé durant l’entre deux-guerres, sinon à la périphérie avec la construction d’habitations à loyer bon marché le long des boulevards des maréchaux. De fait, il a fallu attendre les années 60 et 70 pour voir se fermer une à une les usines et les raffineries, de même que les abattoirs de la capitale et de très nombreux ateliers bruyants, malodorants et polluants. Sur les espaces ainsi libérés se sont construits de nouveaux habitats principalement constitués de tours desservies par des centres commerciaux « modernes » (Beaugrenelle dans le 15e, Italie XIII dans le 13e, Orgues de Flandre et Place des Fêtes dans le 19e, pour ne citer que ces programmes immobiliers).

Rien d’aussi spectaculaire en termes d’habitat dans les quartiers historiques du centre de Paris. Là, ce sont le commerce et la culture qui ont triomphé sous la forme de deux réalisations spectaculaires : le Forum des Halles, construit à l’emplacement des anciens marchés transférés à Rungis, et le Centre Pompidou pour l’édification duquel de très nombreux immeubles vétustes et réputés insalubres ont été rasés, au grand dam des amoureux du vieux Paris qui plaidaient pour une réhabilitation de ces quartiers, à l’image de ce qui a été progressivement réalisé dans le 5e arrondissement et le Marais.

Vétusté et insalubrité, voilà les maîtres-mots qui, dans le contexte d’hygiénisme qui s’est progressivement imposé après la guerre, ont conduit à la réhabilitation de tant d’immeubles anciens de la capitale dont le charme – remis en valeur par les effets de la loi Malraux de 1962 – s’est peu à peu imposé dans les classes moyennes supérieures disposant d’un bon pouvoir d’achat et lassées de la froide austérité des quartiers chics de l’ouest parisien. Est en outre venu le temps des lofts dans les ateliers désertés, et celui de la reconquête par ces nouveaux « bourgeois-bohême » – les fameux « bobos » –, amateurs de bars branchés, de restaurants conviviaux et de lieux festifs, des quartiers abandonnés naguère par leurs aînés aux classes populaires. Dans le même temps, de nombreux acquéreurs étrangers sont venus investir dans le centre de Paris, et notamment dans le Marais où l’on a vu s’ouvrir des agences immobilières étrangères.

Encore fallait-il doter ces immeubles vétustes du confort moderne dont la plupart étaient dépourvus (on trouvait encore dans les années 60 des milliers de logements sans salle d’eau avec toilettes sur le palier). Cela s’est fait progressivement au fil des décennies d’après-guerre, ici sous le contrôle de la Mairie de Paris pour le parc social via des régies immobilières comme la RIVP et la SAGI, là sous la houlette d’investisseurs privés mais aussi de sociétés d’économie mixtes comme la SIEMP, chargée tout à la fois de livrer des logements sociaux et d’autres en accession à la propriété, souvent intégrés dans un même programme d’immeubles neufs ou réhabilités destinés notamment aux baby-boomers en âge de s’installer.

On imagine aisément les sommes considérables qu’ont nécessitées ces investissements tant publics que privés dans un contexte d’explosion de la demande et de hausse continue du coût des matériaux de construction et du foncier. Dès lors, les prix de l’immobilier n’ont cessé de croître, que ce soit dans le secteur accessible à la propriété ou dans celui du parc locatif géré par les bailleurs sociaux de la ville de Paris, les investisseurs privés étant en quête de marges lucratives, et les bailleurs sociaux dans l’obligation d’équilibrer leurs comptes. La conséquence de cette rénovation urbaine à grande échelle est allée de soi : plus le nombre d’immeubles réhabilités a augmenté, plus le nombre des locataires protégés par la loi de 1948 a diminué, le coup de grâce ayant été porté par la loi ENL de 2006 qui a mis définitivement fin à la transmission aux héritiers des logements bénéficiaires de cette loi en termes de blocage des loyers. Actuellement, seuls 300 000 logements pour la France entière – le plus souvent sous-équipés – sont encore soumis aux dispositions protectrices de la loi de 1948, dont une minorité dans Paris.

+ 49 % de logements sociaux depuis la défaite de la droite

Dans un article du 5 janvier 2018, le site Se Loger nous indiquait, en se basant sur une étude réalisée par Locservice, qu’en termes de loyer (charges comprises) dans le parc locatif privé de Paris, il fallait débourser 1 054 euros pour une surface moyenne de 31 m², soit un coût moyen au m² de 34,00 euros. On comprend aisément, à la lecture de ces données, pourquoi les classes populaires continuent de fuir la capitale pour migrer vers la « petite couronne » où le prix moyen s’élève à 23,47 euros (pour une surface moyenne de 38 m²), voire vers la « grande couronne » où le prix moyen culmine à 17,69 euros (pour une surface moyenne de 45 m²).

Et cela malgré les quelque 230 285 logements sociaux (donnée ADIL 75 au 1er janvier 2016) de la capitale dont les loyers sont inférieurs de moitié à ceux du parc privé. L’offre des bailleurs sociaux parisiens reste en effet inférieure à la demande. Une situation qui contraint chaque année au départ vers la banlieue de nombreuses personnes issues des classes populaires dont les revenus sont malheureusement insuffisants pour acquitter le coût très élevé d’un loyer dans le parc privé, tout particulièrement après l'abandon de l'encadrement desdits loyers, annulé par le Tribunal administratif de Paris en novembre 2017 pour cause d'inégalité de traitement avec les autres communes de l'agglomération.

Un constat qui nous ramène à la question initiale : Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo ont-ils mis en œuvre une politique visant à « chasser les classes populaires parisiennes vers les communes de banlieue » ? La réponse est objectivement « non ». Depuis que les socialistes ont pris les commandes de la ville de Paris en 2001, le parc des logements sociaux a augmenté de 49 %, nous dit l’ADIL 75. Soit une progression de 75 971 unités qui a porté le taux locatif social des résidences principales de la capitale à 19,9 % contre 13,4 % à la fin de l’ère RPR. Certes, le taux actuel reste inférieur aux 25 % requis par la loi Duflot de 2013 – contre 20 % auparavant –, mais le nouveau taux n’est désormais exigible qu’en 2025, le temps pour la ville de Paris de se mettre à niveau malgré les blocages des élus locaux dans les arrondissements tenus par la droite.

Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo pouvaient-ils faire plus pour empêcher l’inexorable progression de la gentrification, si bien illustrée par la géographe Anne Clerval dans le graphique qui accompagne cet article ? Sans aucun doute, mais encore eût-il fallu que les volontés politiques municipales concomitantes de la régression progressive des industries et de l’arrivée d’une population plus éduquée, plus diplômée, plus intellectualisée, aient freiné plus tôt le processus de « tertiarisation » de la ville. La droite au pouvoir s’y est un temps attelée de manière plus ou moins pertinente avant, sous Jacques Chirac puis Jean Tiberi, de privilégier résolument l’embellissement de la ville au sort des classes populaires. C’est de cette situation, et de l’opacité de gestion du parc social, qu’ont hérité les deux maires socialistes. Eu égard à l’action menée par rapport à leurs prédécesseurs, ils ne méritent pas, loin s’en faut, d’être voués aux gémonies pour leur politique de logement. Même si, à l’image d’un professeur qui se désole des résultats d’un élève doué mais désinvolte, l’on pourrait écrire à propos de la maire actuelle de la capitale « Peut mieux faire ! »

Loin d’être emblématique de la capitale française, le phénomène de gentrification est observable dans quasiment toutes les grandes villes de France et d’Europe, et cela quelle que soit la couleur politique des élus qui les dirigent. Dans le cas de notre pays, il suffit pour s’en convaincre d’établir une comparaison « avant et après réhabilitation » de l’état des lieux et de la sociologie de la population de quartiers de province comme les Chartrons à Bordeaux, Wazemmes à Lille, la Croix-Rousse à Lyon, le Panier à Marseille, Krutenau à Strasbourg ou bien encore Saint-Cyprien à Toulouse : tous ces anciens quartiers populaires sont désormais devenus, ou en voie de devenir, des fiefs de « bobos » !

De nombreux quartiers parisiens de la périphérie sont d’anciennes communes ou parties de communes qui ont été rattachées à cette époque à la capitale.

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97 réactions à cet article    


  • Choucas Choucas 30 janvier 13:27

     
    Eh oui,
     
     
    Mais bobo le gôôôcho, bourgeois snob mondain shiteux anti-raciste écolo, en Prius et Boeing... a aussi besoin d’esclaves migrants pour pédaler Uber et apporter le MacDo végan halal biobio sur un coup d’Iphone...
     
     
    « On pourrait presque dire que le travailleur étranger est à l’industrie du loisir et du plaisir ce que l’esclave était à l’épicurisme. » Clouscard (marxiste)
     


    • Fergus Fergus 30 janvier 13:33

      Bonjour, Choucas

      Un tantinet caricaturale et archétypale, votre vision du « bobo ». Mais tellement conforme à vos commentaires habituels ! smiley


    • Fergus Fergus 30 janvier 13:37

      Du moins pour la première partie, car la seconde est comme toujours empreinte d’un regard xénophobe.

      A cet égard, vous devriez être satisfaite de la « gentrification », vous qui voyez des envahisseurs africains partout dans la capitale !


    • Choukass 30 janvier 14:08

      @Choucas
      C’est choucas, je rime avec Roucas, je suis une merde et j’en suis fier, surtout depuis que le gogochon Montdragon, joue au concon. C’est la baudruche negrière qui le dit. J’aime les animaux plus que les zimbabweens.


    • Choucas Choucas 30 janvier 18:05

      « Shoot-crasse, spermatozoïde du Zimbabwe , ma petite groopie, vient vite lécher le cul du commentaire... » Choucas
       
       

      “Tout ça [le gland remplacement] finira par une partition”
       

      Flamby, ‘Un grand roi gogochon ne devrait pas baver ça’
       
      (Flamby est aussi inspecteur de trous du culs d’escrocs prébendiers des colonies mondialistes...)
       


    • Choukass 30 janvier 20:36

      @Choucas
      Ledrodroichon choucas aime la réflexologie plantaire comme Jorge Etron. Choucas le roi de la rigolade et de lauto pipe à crack.


    • vesjem vesjem 1er février 14:05

      @Fergus

      « Accuser les maires ... est un classique du web et des réseaux sociaux »

      tu fais dans l’anti-conspi, toi aussi ; vos rangs commencent à grossir sur ce site, signe que les taupes étaient là , à l’affut pour sauver le système médiatique « règlementaire »
      cette petite propa glissée en tout début d’article nous montre que la bien-pensance est à l’oeuvre, et que tu ne perds pas une occase pour y participer


    • Fergus Fergus 1er février 16:11

      Bonjour, vesjem

      Rien à voir avec les conspirations !

      Taper sur le gouvernement ou sur les maires des grandes villes (quelle que soit la couleur politique de l’un ou des autres) est effectivement un classique du genre, en France et ailleurs. Dans certains domaines, c’est pleinement justifié, dans d’autres nettement moins, et parfois pas du tout !

      Le problème avec moi, c’est que, n’étant encarté nulle part et donc non soumis à une doctrine ou a une idéologie, je vois rarement les choses en noir ou blanc ! smiley

      Mon article ne vise d’ailleurs pas à soutenir Hidalgo - je ne suis pas du tout un fan de son action à la mairie  ! -, mais en m’appuyant sur ce que je connais de l’histoire de Paris, à montrer que les migrations sociologiques de la capitale ne sont pas, loin s’en faut, la conséquence de la seule politique municipale des dernières décennies.


    • vesjem vesjem 3 février 15:37

      @Fergus
      hors sujet de mon commentaire ; je t’accuse d’essayer de juguler la dissidence du web, en entretenant la bienpensance


    • Fergus Fergus 4 février 16:24

      Bonjour, vesjem

      Ne pas voir des complots ou des magouilles partout - l’une des tares du web - n’est pas entretenir « la bienpensance », ce que je ne fais au demeurant pas !


    • vesjem vesjem 5 février 21:36

      @Fergus
      peux-tu cesser de dire bonjour, je trouve çà plutôt niais


    • Fergus Fergus 6 février 09:13

      Bonjour, vesjem

      J’ai pris, depuis mon enfance, l’habitude de saluer les personnes que je rencontre ou avec qui j’ai des échanges lors de notre premier contact du jour.

      Je crains donc de ne pas déroger à cette habitude de simple courtoisie : niais j’étais, niais je suis, niais je resterai  ! smiley


    • vesjem vesjem 6 février 11:18

      @Fergus
      y’a pas de mal , salut


    • Diogène diogène 30 janvier 13:59

      Jusqu’au milieu du 20ème siècle, à Paris comme à Londres, la ségrégation sociale était verticale : les propriétaires laissaient les rez de chaussée aux concierges, policiers (souvent maris des concierges), artisans et commerçants et habitaient au premier étage (le plus haut de plafond de l’immeuble). Ils logeaient leurs domestiques sous les combles et louaient les étages intermédiaires à de familles d’employés (fonctionnaires de préférence pour garantir le paiement régulier des loyers).


      La contre-partie positive de cette structuration était une mixité sociale très riche dans les quartiers et même une possibilité d’ascension sociale par brassages sentimentaux à la faveur des croisement dans les escaliers.

      Les années 50 ont sonné le glas de ce modèle pour plusieurs raisons :

      - la présence de classes sociales modestes intra-muros était perçue comme d’autant plus dangereuse que ces populations étaient imbriquées géographiquement les-unes dans les autres. Mais 68 a démontré la difficulté à maîtriser une guérilla urbaine quand les rebelles son chez eux.

      - l’automobile a rendu inutile la présence de métiers liés à la présence des chevaux dans la ville (pour les nourrir, les soigner et les utiliser).

      - la spéculation immobilière a poussé les propriétaires à « réhabiliter » leur patrimoine pour le valoriser et améliorer leur rendement économique par une augmentation substantielles des loyers. Dans les quartiers les plus modestes, les immeubles ont été rasés et remplacés par des tours permettant d’exploiter 32 étages là où il n’en avait que 5 ou 6.

      La mutation sociologique des centre-villes est effectivement avant tout une initiative privée destinée à « optimiser » la rentabilité du foncier, et les propriétaires se sont servis des élus pour servir leurs intérêts. C’est une articulation caractéristique du fonctionnement de nos intitutions depuis la fin de la seconde guerre mondiale.



      • Fergus Fergus 30 janvier 17:24

        Bonjour, diogène

        « la ségrégation sociale était verticale ».

        C’est parfaitement exact : il suffit pour s’en convaincre d’observer les hauteur de plafond des différents étages. Et le fait est qu’il en résultait une forme de mixité sociale.

        Pas trop d’accord sur la suite : dans la plupart des quartiers historiques, lors des années 50, les bourgeois avaient depuis longtemps fui les nuisances liées aux activités industrielles et artisanales pour s’installer dans de nouveaux quartiers plus calmes où l’on pouvait de surcroît se pratiquer un entre-soi de bon aloi. Quant aux immeubles délaissés par les bourgeois dans le centre-ville, ils s’étaient progressivement dégradés et avaient perdu l’essentiel de leur valeur locative, au point d’être abandonnés aux classes populaires. (A toutes fins utiles : 1953 vs 2013 : paradoxe des conditions de vie)

        « la spéculation immobilière a poussé les propriétaires à « réhabiliter » leur patrimoine pour le valoriser et améliorer leur rendement économique par une augmentation substantielles des loyers. Dans les quartiers les plus modestes, les immeubles ont été rasés et remplacés par des tours permettant d’exploiter 32 étages là où il n’en avait que 5 ou 6. »

        Spéculation immobilière, oui, mais pas seulement : de nombreux îlots d’habitat étaient tombés dans un état de grande vétusté, voire d’insalubrité qui est de venu inacceptable à partir des années 50 et 60 alors qu’émergaient les premiers HLM dotés d’une salle d’eau et de toilettes.

        A Paris, il y a certes eu des quartiers anciens rasés pour reconstruire des programmes flmabant neufs, mais cela n’a pas, loin s’en fait été la majorité : beaucoup ont de facto été réhabilités. Et la plupart des tours ont été construites sur des emplacements industriels !

        « C’est une articulation caractéristique du fonctionnement de nos intitutions depuis la fin de la seconde guerre mondiale. »

        Nos institutions ? Vraiment ? Comment expliquer dans ce cas que ce schéma se retrouve dans presque tous les pays d’Europe ?


      • foufouille foufouille 30 janvier 14:23

        « le parc des logements sociaux a augmenté de 49 %, nous dit l’ADIL 75. Soit une progression de 75 971 »

        ce qui prend en compte les logements peu sociaux pour les amis du PS, pcf et FI


        • Diogène diogène 30 janvier 14:29

          @foufouille


          ils mangent tous à la gamelle, vos amis aussi :


        • foufouille foufouille 30 janvier 15:15

          @diogène

          c’est gentil mais je ne soutiens aucun parti, note que certains l’ont eu avant la gamelle qui est grosse.

          « Les logements sociaux sont attribués sur critères multiples, dont les revenus. Il existe quatre types de logements sociaux, qu’on peut obtenir avec des ressources annuelles qui vont jusqu’à 41 000 euros pour une personne seule et jusqu’à plus de 100 000 euros avec des personnes à charge. Plusieurs acteurs disposent de droits réservataires, c’est-à-dire d’une quantité de logements attribuables : l’Etat et les collectivités locales, notamment. »


        • Fergus Fergus 30 janvier 17:28

          Bonjour, foufouille

          « ce qui prend en compte les logements peu sociaux pour les amis du PS, pcf et FI »

          Surtout du PS et précédemment du RPR. A cet égard, j’ai connu un type qui dirigeait des colleurs d’affiche du RPR et qui, en échange de ses bons et loyaux services, habitait un très bel appartement du domaine public à la Mouffe. Mais il convient de relativiser, cela ne concernait que quelques milliers de cas. Qui plus est, il faut reconnaître à Delanoë d’avoir du ménage dans le parc social.


        • foufouille foufouille 30 janvier 18:46

          @Fergus

          vu les loyers, c’est pas pour les pauvres en très grande partie. tu défendais ton PS de « gauche » donc je n’ai pas cité les pourris UMP et cie.


        • Fergus Fergus 30 janvier 19:21

          @ foufouille

          Je n’ai jamais défendu le PS, et cela fait belle lurette que je ne considère plus ce parti comme étant de gauche !

          Citer le RPR était important car il ont toujours été aux manettes avant l’arrivée de Delanoë. Et ce sont eux qui ont mis en place les systèmes d’attribution les plus inégalitaires et les plus opaques.


        • bob14 bob14 30 janvier 14:46

          Paris vaut surtout une messe basse...concentration de la majorité de faux culs qui passent leur temps à prendre le pouvoir contre le peuple !


          • Fergus Fergus 30 janvier 17:30

            Bonjour , bob14

            On peut voir les choses comme cela. Mais cela vaut également pour toutes les grandes métropoles provinciales.


          • eddofr eddofr 30 janvier 14:58

            Bonne analyse du phénomène.


            La question qui vient tout de suite après, c’est « Faut-il le déplorer ou s’en réjouir ? ».

            Et là dessus, je suis partagé.

            • eddofr eddofr 30 janvier 15:01

              @eddofr

              En même temps, j’ai jamais été Parisien moi ...

              Je suis un « provincial » devenu banlieusard sans avoir bougé.

              J’habitais en Seine et Marne, à la campagne, au milieu des champs et peu à peu ma « province » c’est transformée en banlieue au fur et à mesure de l’immigration massive des pauvres chassés de Paris et de sa petite couronne.

            • Fergus Fergus 30 janvier 17:42

              Bonjour, eddofr

              « Faut-il le déplorer ou s’en réjouir ? »

              Personnellement, je préfèrerais que soit maintenue une plus grande mixité sociale. Mais on n’en prend pas le chemin en constatant que les prix de l’immobilier ont grimpé de 8 % à Paris en un an.

              Pour ce qui est de l’intégration de l’habitat campagnard dans l’agglomération, vous avez parfaitement raison.

              A cet égard, beaucoup de banlieues actuelles sont constituées ainsi : au centre, le vieux village d’origine qui, autour de l’église, garde ses maisons des 18e, 19e et début du 2e siècle : autour, les maisons en meulière qui ont été accolées à ce centre entre les deux guerres ; enfin, les lotissements post années 50 et les ensembles d’immeubles qui, à compter des années 60, ont achevé de remplir l’espace foncier disponible en chassant les cultures et les fermes résiduelles. Et c’est ainsi que nous avons désormais un tissu urbain continu sur des dizaines de kilomètres de diamètre autour de Paris.


            • eddofr eddofr 30 janvier 18:30

              @eddofr


              Ce qui est « marrant », c’est que maintenant j’en connais un qui paie l’impôt sur la fortune.

              Son terrain agricole et forestier, hérité de son père, qui l’avait hérité de son père, qui ... commençait à sérieusement intéresser les promoteurs de tout poil (privés comme publics).

              Comme il ne l’avait jamais fait viabiliser il était toujours « non constructible » et ne valait donc que quelques Euro (3 ou 4) du mètre carré, soit environ 30000€ (70 ares) et il payait quelques centaines d’euro en taxe foncière.

              Mais il a suffit que la Mairie change le PLU et « Hop », il vaut des millions.

              La grande question est : l’ont-il m’exproprié avant de changer le PLU ou après ?

              S’il l’avaient fait avant, pour 30000€ en prétextant par exemple que c’était pour préserver le dernière espace vert de la commune, il leur suffisait d’attendre cinq ans avant de changer le PLU.

              S’il avaient changer le PLU avant de l’exproprier, ou avant les cinq ans, ou s’ils avaient bêtement laissé une trace indiquant qu’ils l’expropriaient en terrain « agricole » mais qu’ils avaient déjà un projet d’aménagement en attente, ils l’auraient quand même exproprié, mais pour 2 Millions d’Euros.

              Devinez ce qu’ils ont fait ....

              Et devinez qui à touché 2M€ et a vu sa terre transformée en monument à la gloire du béton armé ...




            • mmbbb 31 janvier 21:49

              @Fergus « la mixité sociale tout le monde est d ’accord sur le principe mais les » bobos " dont notamment ceux de Lyon ne voudraient en aucun mettre leurs mioches dans des classes dont la mixite sociale est trop voyante C’est un grand principe du faux cul donc celui qui avance sans ambages ses opinons franches sera taxe de react et la liste est longue . a contrario le faux cul parlera en évoquant des grandes idees sur la tolérance la mixite et j en passe mais evitera evidemment de se frotter a une certaine réalite sociale. Du principe a la realite il y a toujours un pas qui ne sera pas franchi . Bove est dans ce cas, je l avais entendu en exhortant les politiques d ’accueillir les les migrants et clandestins il est comme le Pape il n’est pas payeur Ok on n a qu betonner son Larzac et qu il nous fasse plus chier . Il avait lui et ses copains refuse l installaton d eollliennes C ’est exactement la meme demarche intellectuelle Ce que vous oubliez de dire est que les centres villes sont securises , ce cher Collomb maire de Lyon a implante un maillage de cameras , et il vaut mieux vivre tout de meme a Lyon presqu ile qu a Vaulx en velin Les pompiers avaient manisfeste cet automne en interpellant les pouvoirs publics sur cette violence urbaine Idem ces chers bobos de Lyon Croix Rousse ayant conspue Sarko lors de sa venue a Lyon La Croix Rousse Quartier jadis populaire ne vit que sur un mythe comme tant de quartiers des villes de France désormais. Cette nouvelle urbanisation cree des strates sociales horizontales ou ces classes sociales s ignorent complètement .. Ces memes bobo des villes ne frequenreront pas les memes lieux de loisirs etc


            • Fergus Fergus 31 janvier 22:46

              Bonjour, mmbbb

              Beaucoup de vrai dans ce que vous dites.

              Cela dit, il n’est pas aberrant que chacun défende ses intérêts ou ceux de ses enfants. Ce qui est choquant en revanche est effectivement le décalage entre le discours et les actes, le repliement sur ses propres intérêts et sa propre sécurité n’étant pas assumé.


            • mmbbb 1er février 20:16

              @Fergus certes mais ce que je n accepte moins c est cette morale de faux culs Ces « bo bobos » réagissent comme les Bourgeois d antan pourtant honnis C est ce que je ne peux admettre Donc lors ces gens commencent a critiquer certains electeurs du FN , je leur enjoins de la fermer .


            • Esprit Critique 30 janvier 16:26

              CQFD : Delanoë et Hidalgo ne sont pour rien dans les problèmes des Parigots....

              Pour les emplois fictifs de méme !


              • Fergus Fergus 30 janvier 17:45

                Bonjour, Esprit Critique

                Rassurez-vous, je ne cherche pas à défendre Delanoë et Hidalgo, simplement à mettre les choses en perspective le plus objectivement possible.


              • Esprit Critique 30 janvier 22:51

                @Fergus
                Même si ils ne maitrisent pas tout, les maires de Paris ont des responsabilités dans la politique immobilière globale de la ville, qui influe elle même, sur qui peut y vivre.


              • Fergus Fergus 30 janvier 23:07

                @ Esprit critique

                C’est vrai, mais le pouvoir des politiques est limité en l’occurrence. Pour une raison simple : plus la ville s’embourgeoise, plus les prix montent ; et plus les prix montent, plus la ville s’embourgeoise. Bref, on est là dans un cercle vicieux qui accélère le départ des plus modestes, moins du fait d’une volonté politique que du fait d’une inflation des loyers très difficile à contrôler dans le secteur public dans un contexte d’équilibre des comptes.


              • Esprit Critique 31 janvier 10:40

                @Fergus
                Le Maire de Paris a des pouvoirs sur les proportions entre surfaces de bureaux et surfaces de Logements. Cela constitue un puissant levier.


              • Fergus Fergus 31 janvier 11:20

                @ Esprit Critique

                Effectivement, mais l’organisation de la ville est telle qu’il lui est quasiment impossible d’imposer ses volontés dans les arrondissements d’opposition.

                Qui plus est, il est difficile d’aller au delà des taux déjà élevés de logements sociaux dans les arrondissements de l’est parisien, plus favorables à la majorité en place (dans le 19e, le pourcentage atteint déjà 40 %, et dans le 13e, plus de 37 %).


              • Michel DROUET Michel DROUET 1er février 09:12

                @Esprit Critique
                Je crois que Chirac était un orfèvre en la matière : souvent copié, jamais égalé !


              • Rmanal 30 janvier 16:27

                Le problème de fond est l’explosion des loyers à Paris, qui transforme un choix de savoir où on veut habiter en une obligation.
                Combien de personnes agées ces 30 dernières années se sont faits expulsés de leurs logements à 70 ou 80 ans, car non solvable ? C’est vraiment ca que l’on veut à Paris ? C’est le retour des misérables.


                • Fergus Fergus 30 janvier 18:01

                  Bonjour, Rmanal

                  Vous avez raison, et L’Humanité s’en fait assez régulièrement l’écho. Des expulsions d’autant plus choquantes qu’elles se font parfois au mépris de la loi Dalo.

                  Encore faut-il relativiser : la grande majorité des expulsions (6 703 en 2015 d’après Le Parisien) concerne des « congés vente » (d’un propriétaire à un autre) et des « congés reprise » (le propriétaire s’installe dans le logement en question).

                  A noter qu’il y a environ 1 million de logements locatifs à Paris.

                  « C’est vraiment ca que l’on veut à Paris ? C’est le retour des misérables. »

                  C’est l’inverse qui se passe : les plus modestes n’ont plus les moyens de rester dans Paris, et c’est bien en cela que la « gentrification » pose problème.


                • Ouam Ouam 30 janvier 18:26

                  @Fergus
                  bonjour,

                  ben c’est difficile comme situation.
                  lorsque tu tombes sur un locataire qui ne te paye pas et salope ton appartement,
                  qui sonts inexpulsables (apres des procédures de fous souvent ou l’etat se sert des petits proprios pour pallier à sa tache) qu’ensuite cela aille bien.

                  Tu à quelqun de ton parti et qui est modérateur ici à qui c’est arrivé, moralité...
                  il à vendu.
                  Je te laisse rechercher qui c’est... tu le connais c’est sur.
                  En meme temps, tu lira ce que j’ai écris à ce sujet la bas (enfin si tu veut)
                  vu qu’on est dans « LE » sujet.
                   
                  Apres d’un autre coté tu est pour l’acceuil de la planète entière, sachant que nous ne pouvons déjà plus loger les locauxs d’ici....
                   
                  Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes

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